« Il n’y a pas de MMM « post-Bérenger » ou « avec Bérenger », il y a le MMM, tout court »
Interview: Rajesh Bhagwan – Secrétaire général du MMM
Pic – Defi Media
* ‘L’influence d’un parti du MMM au sein de l’alliance se mesure à la force de ses idées et à sa capacité d’action, non à son poids numérique’
* ‘Avant 1986, le MMM n’avait pas de leader. Comme le rappelle Jack Bizlall, figure respectée du militantisme, le parti peut très bien se passer d’un chef unique’
À l’occasion de son 57ᵉ anniversaire, célébré sous le thème « Le MMM hier, aujourd’hui et demain : Devoir et Responsabilité », le Mouvement Militant Mauricien (MMM) aborde une étape clé de son histoire. Entre le défi de la succession de Paul Bérenger, la mise en place d’une direction collégiale et son rôle pivot au sein de l’Alliance du Changement au Gouvernement, le parti s’interroge sur son avenir et sa capacité à séduire les nouvelles générations. Dans cet entretien accordé au Mauritius Times, Rajesh Bhagwan revient sur la résilience du militantisme mauricien, l’actualité de ses valeurs fondamentales et les priorités nationales du parti.
Mauritius Times : Le MMM célèbre son 57e anniversaire sous le thème : “Le MMM hier, aujourd’hui et demain : Devoir et Responsabilité”. Ce congrès anniversaire doit-il être considéré comme le point de départ d’un nouveau chapitre pour le parti ?
Rajesh Bhagwan : Depuis la création du MMM en 1969, le parti a connu un long combat, jalonné de moments forts, de douleurs et d’épreuves.
Aujourd’hui, lorsqu’un militant regarde en arrière, il a de quoi être fier de l’histoire et du parcours de son parti. Fier de la contribution du MMM à la construction nationale.
La force du MMM réside dans ses instances présentes dans chaque région, rurale comme urbaine, ainsi que dans son bureau politique, son comité central et son assemblée des délégués.
C’est ce lien organique, constamment entretenu avec sa base, qui explique la résilience du parti à travers les différents cyclones. Le nouveau chapitre qui s’écrit aujourd’hui dans l’histoire du MMM, s’inscrit dans la continuité du combat mené par le parti depuis sa création.
* Après 57 ans d’existence et des décennies marquées par la personnalité de Paul Bérenger, le MMM doit-il repenser son identité et son discours face aux réalités actuelles, et qu’est-ce que ce MMM post-Bérenger cherche aujourd’hui à devenir?
Nous devons reconnaitre la contribution de Paul Bérenger ainsi que celle de nombreux autres militants, dans ce qu’est devenu le MMM aujourd’hui. Nous ne le nions pas ; beaucoup ont contribué à faire du MMM le parti qu’il est dans la société mauricienne.
D’ailleurs, notre congrès-anniversaire, ce dimanche à l’auditorium Octave Wiehé à Réduit, sera également l’occasion de rendre hommage non seulement aux nombreux tribuns qui ont façonné l’histoire du MMM mais également aux milliers de militants, à travers le pays, toujours fidèles aux principes du parti.
Le discours que porte le MMM depuis sa création n’est pas lié à une personne. Il est ancré dans la Constitution du parti. Des personnes vont et viennent mais la philosophie, elle, reste la même.
Il n’y a pas de MMM « post-Bérenger » ou « avec Bérenger », il y a le MMM, tout court.
La politique étant ce qu’elle est, le parti doit constamment s’adapter aux réalités du moment, aux nouveaux défis économiques et sociaux, pour continuer à proposer des solutions appropriées dont le pays a besoin.
* L’électorat des partis traditionnels comme le PTr ou le MMM a probablement profondément évolué. L’idéologie historique et les valeurs militantes des années 1960 ou 1970 parlent-elles encore aux Mauriciens aujourd’hui, ou doivent-elles être réinventées pour répondre aux défis contemporains ?
Ce n’est pas seulement l’électorat des partis traditionnels qui évolue, mais la société dans son ensemble.
Les valeurs que prône le MMM, telles que l’unité nationale, la liberté d’expression, le respect de la démocratie ou la justice sociale, sont au contraire plus que jamais d’actualité dans le monde d’aujourd’hui.
Il suffit de voir le nombre de victimes que font les dictatures à travers le monde, le nombre de peuples encore opprimés, pour comprendre que ces valeurs sont immuables.
Sans vouloir revenir sur le passé, je sais que les Mauriciens n’ont pas oublié comment, ici même, il a suffi de peu pour qu’un parti au pouvoir instrumentalise les institutions et opprime la population.
C’est pour vous dire que le MMM, lui, est resté constant dans ses combats et que nos valeurs demeurent fondamentalement essentielles.
Certes, nous devons les adapter au fil du temps face, par exemple, aux défis environnementaux comme le changement climatique, où la société est confrontée à de nouveaux enjeux.
* Qu’en est-il du choix d’une direction collégiale qui paraît, d’une certaine manière, être une rupture avec le modèle de leadership très centralisé ayant prévalu au MMM pendant de nombreuses années ? Certains pourraient aussi voir dans cette nouvelle formule une volonté d’éviter qu’un seul dirigeant ne concentre trop de pouvoir au sein du parti. Est-ce effectivement l’une des leçons que le MMM tire de son passé récent ?
Il est bon de rappeler qu’avant 1986, le MMM n’avait pas de leader. A un moment de son histoire, le MMM fonctionnait avec un président et un secrétaire général.
D’ailleurs, Jack Bizlall, qui reste une personne respectée pour ses valeurs militantes, est d’avis que le MMM n’a pas besoin de leader.
Le MMM est dirigé par son comité central, entre deux assemblées des délégués, et par son bureau politique, qui se réunit chaque semaine.
Ceux qui ne connaissent pas le MMM, l’imaginent comme un parti avec une direction centralisée, mais ceux qui fréquentent ses différentes structures savent qu’il y est question de débats d’idées, et que chacun peut y faire entendre sa voix.
Il est vrai que depuis le départ de Paul Bérenger, la question de leadership se pose ; et une réflexion est en cours au sein du parti.
Un courant estime qu’un leader n’est pas la priorité, tandis qu’un autre considère qu’au regard des réalités mauriciennes, un leadership sera nécessaire.
Le débat se poursuit. Laissons le temps au temps.
Ce n’est, de toutes les façons, pas la priorité du MMM qui fonctionne bien avec une direction collégiale.
Nos priorités sont d’abord d’ordre national, notamment le combat contre la drogue, la hausse des accidents de la route et la lutte contre la corruption.
* Toutefois, la question demeure : qui incarne aujourd’hui le MMM et porte de manière claire la voix du parti auprès des Mauriciens ?
Les valeurs du MMM s’incarnent à chaque fois qu’un travailleur mauricien reçoit son dû à la fin du mois, chaque fois que ses droits sont respectés, que ses conditions de travail s’améliorent, qu’il reçoit les équipements nécessaires pour exercer son métier.
Les valeurs du MMM s’incarnent aussi chaque fois qu’une personne peut s’exprimer librement, y compris sur les ondes des radios privées.
Elles s’incarnent chaque fois que flotte le drapeau national pour « enn sel lepep enn sel nation ».
Le MMM n’incarne pas une seule personne, mais une mouvance.
Le parti est aujourd’hui au Gouvernement avec Arianne Navarre Marie comme Deputy Prime Minister, et elle a aussi assuré l’intérim au poste de Premier ministre.
Le MMM est aussi présent au sein des collectivités locales avec trois maires, deux adjointes au maire et un président de conseil de district.
* Le MMM est-il confronté aujourd’hui à un problème de renouvellement générationnel ? Comment comptez-vous attirer les jeunes qui ne se reconnaissent plus nécessairement dans les anciennes références politiques du parti ?
La société mauricienne, comme beaucoup de pays à travers le monde, traverse de grandes mutations. Force est de constater qu’aujourd’hui, le monde évolue, avec de nouveaux champs d’intérêt qui intéressent et mobilisent la jeunesse. Les jeunes trouvent d’autres formes d’engagement, pas nécessairement à travers un parti politique.
Ils s’engagent notamment pour l’environnement, pour la protection animale, un engagement multiforme, qui ne se limite pas au seul champ politique.
Le fait qu’un jeune ne soit pas engagé en politique ne signifie pas qu’il n’est pas engagé tout court. Son engagement, aujourd’hui, se décline sur plusieurs volets.
Le MMM dispose d’une aile jeune qui continue d’organiser des activités; et je suis convaincu que les jeunes ont un rôle plus prépondérant à jouer dans le processus de prise de décision, et ce, à tous les niveaux. C’est d’ailleurs dans cet esprit que l’un de nos projets est d’abaisser l’âge de vote à 16 ans, pour mieux impliquer la jeunesse.
Les jeunes et les femmes actifs sur le terrain seront au cœur du nouveau chapitre du MMM.
* Passons au rôle du MMM au Gouvernement. Alors que le Parti travailliste dispose d’un plus grand nombre d’élus et de ministres, ce déséquilibre numérique ne fragilise-t-il pas le rapport de forces, au risque pour le MMM de perdre son identité distincte et de se fondre dans l’Alliance du Changement ?
Quand nous étions en train de négocier l’Alliance, nous savions parfaitement combien de tickets allaient nous être accordés. Ne faisons pas d’un faux débat un débat. C’était connu, dès le départ.
L’influence d’un parti au sein d’une alliance ne se mesure pas en force numérique. Elle se mesure à la force de ses idées, à sa capacité à peser sur les décisions qui engagent le pays. C’est cela qui fait la différence.
La pertinence du MMM se juge à ses propositions, à sa capacité de conviction, pas à son nombre de sièges qu’il occupe au Parlement.
Nous sommes élus sur la base d’un programme gouvernemental, un programme que nous avons négocié, discuté et validé ensemble avec nos partenaires. Un comité, présidé par le ministre Shakeel Mohamed, a été mis en place et est déjà au travail pour assurer le suivi et la mise en œuvre du programme.
Nous, au MMM, nous nous engageons pleinement à l’honorer.
* À mi-parcours du mandat, quels sont, selon vous, les principaux engagements du Gouvernement qui restent encore à réaliser ?
Nous avons été élus sur la base d’un programme qui a pour objectif d’assainir les finances publiques, de rétablir les libertés bafouées, et de mener un combat sans merci contre le fléau de la drogue.
Sur ce dernier dossier qui suscite beaucoup d’attentes et de préoccupations, et c’est compréhensible, la National Agency for Drug Control (NADC) a déjà commencé son travail. Il est vrai que les résultats ne se mesurent pas du jour au lendemain.
Mais le plus important, c’est que ce sont des engagements que nous avons pris devant le peuple mauricien et que nous devons honorer jusqu’au bout durant notre mandat. Nous avons été élus pour cela et nous sommes là pour les tenir. C’est notre devoir et notre responsabilité.
Mauritius Times ePaper Friday 25 September 2026
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