Au secours des plages
Carnet Hebdo
Par Nita Chicooree-Mercier
Depuis le début de l’année, une scène insolite se déroule devant nos yeux ébahis. Des engins de construction s’activent à combler une petite plage publique, menacée par la montée des eaux, à Grand Baie. Cette mesure, pour refouler l’avancée de la mer si d’aventure l’envie lui prenait de traverser la route, est contredite de la manière la plus outrancière : juste à côté, à peine à dix mètres de la plage, il y a une construction d’une résidence de luxe avec appartements haut de gamme offrant une vue magnifique sur la baie. La construction en bord de mer est strictement interdite dans n’importe quel pays soucieux de préserver l’environnement et, surtout, dans les petits États insulaires menacés de disparaître à long terme…

Une des grosses compagnies locales, associée à des partenaires étrangers et soutenue par un fonds d’investissement important d’une banque commerciale est certainement à l’origine de ce projet. Les ONG, si bruyantes à manifester leur indignation à la moindre atteinte à l’environnement, brillent par leur silence. Et pourtant, cette verrue sortie du sable avec insolence aurait dû apporter du grain à moudre aux plus agressifs défenseurs de l’environnement. Même silence du côté de la presse et des médias qui n’ont pas pipé mot.
Étonnant ? Non… On les a connus très remontés lorsqu’un pandit de Triolet fit construire un petit local en béton pour ouvrir un snack sur la plage publique de Trou aux Biches en 2012. ONG et médias sortirent becs et griffes en faisant monter l’adrénaline du public mouton par l’intermédiaire des radios tonitruantes et réussirent à faire capoter le projet de construction d’un snack. Cette crise épidermique força le pandit à plier bagage. L’indignation se mesure selon l’identité du promoteur, de sa faiblesse de petit poisson ou de son statut de requin de l’immobilier. Mais là, il s’agit de grosses pointures du secteur privé qui assurent la fiche de paie de quelques plumitifs des médias qui veillent au grain, promettent des rentes foncières à l’État et empochent d’énormes profits pour eux-mêmes, paraît-il…
Dans ce contexte, les dés sont-ils pipés d’avance ? Le soi-disant quatrième pouvoir, si prompt à s’enorgueillir de faire tomber un gouvernement en joignant ses forces dans l’arène politique, détourne-t-il le regard volontairement et garde-t-il l’œil uniquement sur son fonds de commerce ?
Quant au ministère de l’Environnement, certains estiment qu’il peine à jouer pleinement son rôle. L’impression demeure que les mêmes influences continuent de prévaloir, tandis que les représentants du peuple élus démocratiquement ont du mal à faire entendre leur voix ou continuent de jouer les fidèles serviteurs.
Au ministère du Tourisme, on pourrait croire qu’en bétonnant à tout-va l’île maintiendra son atout touristique. C’est cependant une vision à courte vue. Un environnement naturel et sain est en effet de plus en plus prisé par les voyageurs d’aujourd’hui, et sa préservation est un atout essentiel pour le tourisme durable.
Sempiternelle rengaine : Qui dispose réellement des Crown Lands ?
Nous avons attiré l’attention sur deux terrains du Crown Land situés sur le front de mer de la Pointe aux Canonniers à deux reprises l’an dernier. Ces terrains pourraient être aménagés en jardin d’enfants et mis à la disposition du public, principalement des habitants de la localité. En fait, un jardin d’enfants est indispensable dans chaque localité du pays. C’est un endroit où les parents emmènent leurs enfants en basâge se défouler sur balançoire, toboggan, etc., après une journée de travail. Un endroit en plein air où il fait bon de prendre l’air.
Un de ces terrains était fermé par un portail cadenassé, installé par le propriétaire d’un bungalow. De l’autre côté du terrain se trouve un autre campement. Il semble que des tentatives de construction sur cet espace aient eu lieu par le passé, mais auraient été abandonnées suite à des protestations des résidents du quartier.
En octobre 2024, des discussions ont eu lieu pour lancer une pétition afin d’alerter les autorités sur la possibilité de transformer cet espace en un petit parc. Quelques mois plus tard, en janvier 2025, le propriétaire a entrepris la construction d’un deuxième bungalow. Cette construction aurait été réalisée avec l’approbation des autorités concernées (les élus). Ce second bungalow est destiné à des proches qui bénéficient déjà d’une résidence au bord de la mer.
Cette utilisation de l’espace vacant soulève des questions sur l’appropriation du domaine public et les processus d’obtention de permis de construire.
Il y a bel et bien un ministère des Terres et du Logement qui est censé répertorier la disponibilité des terrains et de veiller à leur bon usage dans les quartiers spécifiques. Est-ce que le ministère de la Femme et de la Famille prend l’initiative de coordonner ses efforts avec celui des Terres dans le but de créer des espaces récréatifs afin d’améliorer le bien-être des familles ? Si telle est leur fonction, est-ce qu’il nous incombe d’alerter et de monter au créneau pour les conscientiser à ce sujet ?
Par conséquent, ne serait-il pas urgent de signaler aux autorités concernées qu’il reste un deuxième terrain vague dans ce quartier qu’il convient de préserver d’urgence pour l’intérêt public et éviter ainsi un accaparement prédateur ? D’autres endroits similaires à travers l’île nécessitent une intervention urgente des autorités dans le même but de promouvoir le bien-être du public.
Depuis plus de deux ans, le front de mer de Mont Choisy a été joliment aménagé avec coins parking, kiosques et bancs pour pique-nique, et un espace pour sportifs avec barres pour étirement, etc. Il faut rappeler aux concepteurs de ce type de projet que le coin sport ne doit pas être orienté qu’à l’avantage de la gent masculine ; il faut aussi penser aux femmes et aux jeunes. Un espace de 60 mètres carrés réservé aux enfants en bas âge et aux jeunes parents, avec l’équipement nécessaire, aurait été parfait. On se demande parfois s’il ne manquerait pas une présence féminine dans certaines prises de décision au niveau du District Council et des ministères…
Si dès 2015 un parc boisé a été créé pour éviter l’érosion de la plage – initiative qui a embelli la page – il faudrait signaler aux autorités que la mer avance inéluctablement et grignote de plus en plus d’espace, dénudant les racines des filaos qui s’accrochent au sable. La chute de ces arbres n’est qu’une question de temps. Et le temps n’attend pas. L’hôtel du coin, soutenu par ses actionnaires politiques, a réussi à fermer la voie publique en 2012 et la transformer en plage pour l’usage unique des clients de l’établissement hôtelier.
Pour conclure
Le ministère des Terres et du Logement gagnerait beaucoup à travailler en synergie avec d’autres ministères comme le ministère de la Femme et de la Famille et le ministère de l’Environnement. Une collaboration avec le « Ministry of Local Government » pourrait-elle aider ?
Selon les informations disponibles sur son site web, ce ministère administre la Loi de 2011 sur les Collectivités locales : il élabore des règlements nécessaires à sa bonne mise en œuvre et fournit des orientations politiques générales aux autorités locales. (“The Ministry administers the Local Government Act 2011 and makes such regulations for the smooth implementation thereof and provides general policy guidance to Local Authorities.”) De plus, ce ministère est responsable du nettoyage, de l’aménagement paysager et de l’embellissement des lieux publics (« Cleaning, landscaping and embellishment of public places »).
Et qu’en est-il des liens avec le ministère du Tourisme ? Cette institution pense-t-elle que la stratégie de bétonner à tout-va l’île maintiendra son atout touristique ? Pourtant, c’est un environnement naturel et sain qui est de plus en plus prisé par les voyageurs aujourd’hui !
Par ailleurs, les filaos lancent un appel au secours mais où sont ses défenseurs ? Admettons que personne n’était au courant de la situation mais y aura-t-il un écho rapidement auprès des ONG militantes et des autorités responsables maintenant ? L’avenir nous le dira.
Aujourd’hui, force est de constater que la phase de l’implémentation des règlements et des stratégies pour le développement durable continue de faire défaut… ou tout simplement, y aurait-il une disparition progressive d’hommes et de femmes engagés pour le bien commun et le bien-être des citoyens ?
Mauritius Times ePaper Friday 14 November 2025
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