Politique au féminin et le défi du logement
Par Nita Chicooree-Mercier
Que l’administration des villes par l’élection des maires se féminise davantage est une bonne nouvelle en soi. Elle a le mérite de rectifier la forte disproportion en matière de représentation des femmes dans le paysage politique, un fait illustré par l’image que renvoie chaque séance parlementaire.
Que la mairie de la capitale soit confiée à une femme constitue une première à forte valeur symbolique. Les symboles sont importants aussi dans la représentation politique de la population. Quand bien même les responsabilités sont moindres à l’échelle municipale, ce nouveau statut est un tremplin qui ouvre la voie à la possibilité de viser plus haut dans la sphère politique, si tant est que certaines élues se découvrent un potentiel et une ambition plus prononcée au cours de leur mandat.
‘L’accès à la propriété est un défi majeur qui ronge la jeune génération à travers l’île aussi bien qu’à l’échelle internationale : prix prohibitifs des terrains, émancipation par le logement retardée et prison de l’endettement. Autant de freins à toute volonté de fonder une famille, d’où le déclin démographique. C’est un fardeau pour la majorité de la classe moyenne, malgré les Rs 500 000 d’aide à la construction proposées…’
Cependant, il conviendrait de se garder de tout romantisme fondé sur le genre et de se rappeler que la fonction publique est avant tout une question de responsabilité et d’efficacité dans la gestion des affaires, des projets et des comptes à rendre. C’est une réalité qui doit primer une fois passées la séance photo, les félicitations et les embrassades. Villes et villages sont dotés d’un budget provenant des fonds publics et, il faut l’espérer aussi, les élus et conseillers de l’opposition veilleront à la transparence dans la gestion de ce budget.
La présence quasi inexistante des femmes dans les débats et interviews que propose la télévision nationale devrait susciter des interrogations. D’ordinaire, la gent masculine se partage le plateau entre observateurs, experts et spécialistes face à l’animateur, dans un échange qui ressemble plus à une explication de texte sur des sujets divers qu’à un véritable débat.
Parfois, comme ce fut le cas à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, à notre grand étonnement, aucun historien n’était présent, ni aucune figure historique britannique ne fut évoquée. Le thème choisi fut le pasteur Martin Luther King qui, lui, émergea comme la figure de proue dans le combat pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis dans les années 1960-1965.
Les invités de la MBC étaient tous d’accord pour énumérer les qualités du grand leader, ce que tout Mauricien moyennement instruit sait déjà. C’est ce qu’on appelle enfoncer une porte ouverte. Rappelons d’ailleurs que l’esclavage fut aboli aux États-Unis en 1865, soit un siècle plus tôt ! Une telle bizarrerie fait froncer les sourcils. Quant aux médias mainstream, ils se gardent bien de s’étendre sur ce sujet. De grâce, peut-on demander à la MBC de varier le choix de ses invités, et d’inclure des femmes et des universitaires ?
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Devenir propriétaire d’un logement : Un combat contemporain
Commencée il y a trois ans, la construction de logements pour la population à bas salaires est arrivée à terme dans certains villages. Le ministère de l’Intégration sociale, émanation d’un parti qui se définit comme étant de gauche, voire d’extrême gauche, s’est vu attribuer le rôle de remettre les clés aux nouveaux propriétaires — des gens simples qui se sont répandus en remerciements envers ceux qui président à leur destin, enfin soulagés d’avoir un toit au-dessus de la tête.
C’est une satisfaction partagée et exprimée par le sourire de deux représentants du ministère, dans un rôle qui sied à leur engagement idéologique. Il faut leur reconnaître l’honnêteté de ne pas s’arroger la paternité du projet de la NHDC devant les caméras. Exécutant au lieu de maître d’œuvre, ce n’est pas très flatteur pour l’image.
La construction des logements sociaux à Arsenal fut suspendue net au lendemain des élections de novembre 2024. Reprise depuis, elle serait prête à servir de logis à une longue file de demandeurs qui ont logé leur requête depuis des années. Des interrogations émergent au sein de cette localité habituellement paisible concernant les critères d’attribution des nouveaux logements. Des discussions locales évoquent l’éventualité que ces habitations soient destinées à des personnes issues d’autres régions urbaines, ce qui suscite certaines appréhensions quant au maintien de la tranquillité et de la cohésion actuelles du village.
Dans un contexte plus large, l’accès à la propriété est un défi majeur qui ronge la jeune génération à travers l’île aussi bien qu’à l’échelle internationale : prix prohibitifs des terrains, émancipation par le logement retardée et prison de l’endettement. Autant de freins à toute volonté de fonder une famille, d’où le déclin démographique. C’est un fardeau pour la majorité de la classe moyenne, malgré les Rs 500 000 d’aide à la construction proposées il y a quelques années à ceux qui étaient déjà propriétaires d’un terrain.
D’autres se soucient peu de ces inconvénients, se contentent de l’espace restreint du logement familial pour devenir parents à leur tour, persuadés qu’un jour ou l’autre l’État s’occupera du reste. Ici, comme à Rome, Paris, Londres, Beijing ou New York, les jeunes de la classe moyenne se trouvent dans l’impossibilité de se loger dans les villes où ils ont grandi.
Le système capitaliste et son corollaire, l’économie de marché, sont bien acceptés, mais la marchandisation des terres pose un problème éthique. Les résistants idéologiques s’alignent malgré eux sur le système dominant, se plient à une politique d’austérité si besoin est, et ne semblent guère avoir de solution alternative à proposer. Les petits États insulaires sont confrontés à un double handicap sur cette question précise : le rapport asymétrique hérité de la décolonialité, qui dicte aux gouvernants l’usage des terrains en leur possession, et la valeur marchande des terres, qui agit comme un rouleau compresseur sur les aspirants à la propriété.
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Idéologie de gauche : Un mirage
Peut-on avoir des précisions sur ce que les fondateurs du nouveau parti entendent par « progressiste » ? Dans les grands pays, le progressisme englobe l’idéologie de la gauche avec toute sa gamme d’utopies, et trouve de farouches détracteurs chez les conservateurs pour le démolir. Qu’en est-il localement ? On patauge dans l’à-peu-près, le manque de précision passe pour une qualité et la confusion qui en découle se répand à l’air libre. Ou faut-il se contenter d’assister au monologue à huis clos de ceux qui prétendent proposer une énième voie et rentrer chez soi avec ses interrogations légitimes ?
Soulignons que partout, les élites politiques, économiques et médiatiques continuent de répéter les mêmes références vidées de sens, creusant ainsi l’écart avec le peuple. Ce dernier ne se retrouve ni ne se reconnaît dans un discours et des termes qui semblent totalement déconnectés de ses préoccupations et de ses attentes. Dans les cas extrêmes, ce décalage trop tendu entre le peuple et les élites rompt le fil qui les relie, et mène à des soulèvements tels qu’au Sri Lanka et au Népal.
Mauritius Times ePaper Friday 5 June 2026
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