Nita Chicooree-Mercier

Carnet Hebdo

Le tout plastique, le mimétisme folklorique carnavalesque et la logique linguistique du pundit

— Nita Chicooree-Mercier

Disposant de peu de ressources et ayant introduit le principe de consommation comme moteur de l’économie, que comptons-nous faire des déchets et des excédents de tout ce que nous importons en masse ? A première vue, nous avons l’image d’un énorme gâchis. N’importe quelle personne qui applique la rigueur dans la gestion de ses ressources matérielles au niveau personnel et familial se rend vite compte des pertes énormes en termes d’utilité et de rentabilité de tout ce que les camions acheminent vers la déchetterie tous les jours. Le tri des déchets n‘est pas rentré dans les habitudes pour la bonne raison qu’une directive venant des autorités et adressée à toute la population fait cruellement défaut. Le compostage fait ses premiers pas alors que ceci aurait pu contribuer à une production bio des engrais pour les petites et moyennes exploitations agricoles. Le recyclage du papier reste limité, sinon, comme en Inde, les supermarchés – ayant le souci de l’écologie – auraient pu proposer les sacs en papier recyclés, ce qui aurait diminué l’envahissement quotidien des ménages par du plastique. Force est de constater que l’on ne nous propose nulle part des papiers à lettre et des enveloppes recyclés.

Dans les pays qui ont mis en place une stratégie d’information sur les enjeux écologiques auprès du grand public, les consommateurs se présentent devant les caisses des grandes surfaces avec leur sac personnel fait de papier, de tissu, de jute ou d’osier. Lorsqu’on en parle, ici, les gens n’ont pas l’air d’être conscients de l’importance de préserver l’environnement au quotidien. On vous regarde comme si vous prêchiez les paroles entendues sur une autre planète ! Le sens même de l’esthétique, de l’authenticité et du naturel semble absent. Rien que dans la capitale, les uns et les autres déambulent avec un sac en plastique à la main, nullement conscients de l’inélégance et de la vulgarité du spectacle.

Il faut dire que depuis que nous avons troqué la vaisselle en cuivre pour de l’émail et des bols en plastique, éblouis par les couleurs, la vulgarité s’est installée dans nos habitudes sans rencontrer beaucoup de résistance et a chassé chez de nombreuses personnes, toute notion de l’authenticité, du noble et du beau. Telle est la force du marketing des produits de masse qui renforce le comportement suiviste des moutons de Panurge chez le consommateur. Ainsi continue le règne du tout plastique.

On peut aussi mettre sur pied une politique de développement de l’artisanat à partir des déchets. Dans la région touristique du nord de l’île, les magasins déco commencent à proposer des produits fabriqués à partir des sacs de ciment recyclés convertis en cadre pour miroir, par exemple. Le tout s’apparente au cuir. Quand on a une idée exacte du volume de sacs de ciment engloutis par le secteur de la construction à longueur d’année ! D’autres sont faits avec du papier journal et papier magazine recyclés. Le tout importé d’Indonésie. On ne jette rien là-bas. De même, le bois en teck des vieux bateaux sont travaillés et transformés en véritables objets déco de qualité. Aux Seychelles, le peu de ressources naturelles disponibles sont utilisées au maximum. En revanche, il y a encore beaucoup d’efforts à faire pour éviter le gaspillage, promouvoir la créativité et diversifier l’artisanat local.

Quant aux produits de qualité importés, hormis ceux provenant de Bali, de l’Indonésie et de l’Europe, l’importation de quelques objets de qualité provenant de l’Inde est assurée par deux ou trois commerçants indiens dans l’île. Manifestement, les Mauriciens ne font pas preuve d’une quelconque volonté pour dénicher de belles choses de la Grande Péninsule. C’est un peu comme les cours de civilisation indienne, on en dispense en France et à la Réunion mais pas à Maurice.

Quant à la Chine, sa production de produits à l’échelle industrielle s’étale à tous les coins des rues. Les objets de qualité en belle porcelaine ou autres matières nobles sont quasi-inexistants. On serait tenté de penser que par notre héritage multiculturel, ces deux pays devraient aussi influer sur notre sens de l’esthétique. Ou alors, c’est la clientèle qui fait défaut. Il est vrai que la population sino-mauricienne s’est rétrécie en peau de chagrin. Et il sera difficile de faire revivre un China Town sans les Sino-Mauriciens, la jeune génération préférant d’autres cieux plus cléments.

Vu l’amabilité ambiante de ceux qui ont l’air d’avoir avalé un nid de guêpes aux environs de la Rue Royale, la nécessité d’un sursaut et d’un nouveau dynamisme s’avèrent nécessaires si tant est que nous ayons l’ambition d’enrichir notre diversité culturelle et d’accroître l’attrait touristique de ce quartier.

* * *

Pour quelqu’un qui n’est que de passage dans l’île à intervalles réguliers comme l’auteur de ces quelques lignes, il y a forcément un regard extérieur qui ne peut rendre compte que de quelques aspects qui sautent aux yeux et devraient nous interpeller. Ainsi, en zappant sur le programme de la MBC l’autre jour, nous pensions avoir affaire à une blague. Avec tout le sérieux du monde, deux apôtres anti-corruption expédiés par l’ICAC tentent de prêcher la bonne parole au peuple quant à la manière d’identifier ce qui relève de la corruption dans le comportement du fonctionnaire. Ah bon ? C’est vrai que dans le contact avec le citoyen lambda au quotidien, c’est ahurissant de constater combien le sens de ce qui est moral et immoral s’est effrité.

Mais nous, nous nous intéressons surtout à la corruption qui gangrène le milieu de ceux qui siègent à l’auguste Assemblée, garante de la bonne santé de nos institutions. Est-ce que les deux émissaires de l’ICAC voudraient bien décrire au grand public les moult façons dont les élus contournent le principe de transparence, d’équité, de justice et de gestion des fonds publics dans des conflits d’intérêts et des actes de corruption de tous genres ? Et pourraient-ils décrire tout le cynisme et le manque d’éthique qui caractérisent les représentants du peuple ? Nous en doutons fort.

Tandis que les jérémiades qui accompagnent la baisse des entrées touristiques vont bon train, nous avons quelques solutions à proposer.

1/ Construisez quelques hôtels de plus.

2/ Augmentez le nombre de centres commerciaux. Couvrez l’île de béton. 3/ Importez des danseuses de Brésil.

Nous nous posons des questions sur l’identité de ceux qui donnent ces conseils au ministre du Tourisme et le poussent à commettre cette bêtise monumentale. Résultat des courses, il paraît que c’était surtout les mâles du pays, probablement profondément atteints du refoulement sexuel et d’inhibition, qui se sont rués vers le dit carnaval pour mater l’anatomie dénudée des danseuses. Il faut être vraiment naïf pour croire que les touristes, ayant fait des kilomètres pour passer les vacances ici, s’empresseront pour assister au carnaval brésilien importé !

Maldives est côté pour son environnement naturel préservé ; Bali et Thaïlande pour leur culture authentique influencée par l’animisme, l’hindouisme et le bouddhisme respectivement et exprimée dans une langue qui leur est propre.

Dans un contexte où le cerveau du pays est colonisé et déculturé, essayez de préserver l’authentique. Exemple éloquent : la célébration en l’honneur de Manilal Doctor l’autre jour au jardin de la Compagnie. Tout à fait par hasard, l’auteur de cet article passe dans les environs à ce moment-là. En présence des invités de la diaspora indienne venus de loin, les ‘personnalités’ locales se sont exprimées en anglais pour rappeler le colonialisme anglais ! Le pundit s’est même exprimé en kreol. Toute l’assistance était composée des Mauriciens d’origine indienne. Ce galimatias linguistique n’a manifestement dérangé personne.

Entre le tout plastique, le mimétisme folklorique carnavalesque, la logique linguistique d’un pundit, cherchez le fil conducteur.

Nita Chicooree-Mercier

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