Avoir simplement la décence de s’éclipser 

Chronique de Jean-Baptiste Placca

Que valent donc les institutions conçues pour servir les desseins autocratiques d’un seul homme ? Au bout d’un long mois de mobilisation, les Tunisiens croyaient être venus à bout du régime Ben Ali. Il va leur falloir retrouver un second souffle, pour ne pas subir les hommes imposés, de fait, par le dictateur déchu. Aux postes-clés du « nouveau » gouvernement, on retrouve ceux-là mêmes qui détenaient ces portefeuilles jusqu’à la fuite de l’ex-président. Le Premier ministre demeure à son poste ; les Finances, l’Intérieur, les Affaires étrangères, notamment, n’ont pas eu besoin de passation de services.

Prenant la défense des ministres en question, le Premier ministre a cru devoir affirmer que tous sont des personnes honorables et compétentes. Là est tout le problème, justement. Aucune de ces respectables personnalités n’a démissionné pendant que la police tirait à balles réelles sur les manifestants. Pas un mot ! Aucune protestation ! L’ancien chef de l’Etat ne serait pas tombé que tous seraient exactement aux mêmes responsabilités, dans une confortable docilité. Et dans un contexte comme celui qui a conduit à la chute de Ben Ali, la docilité – qui n’est déjà pas une qualité en temps ordinaire – devient tout simplement une faute grave.

Comme autrefois Carthage

Alors, s’agripper au pouvoir comme le font certains aujourd’hui à la faveur d’attristantes contorsions, laisse quelque peu circonspect. Pathétique, l’annonce, au compte-gouttes, de leur démission du RCD, ce parti qui a fait la carrière de la plupart d’entre eux ! Comme s’il suffisait de prendre congé de l’appareil pour se retrouver tout recyclé, neuf, prêt à servir une nouvelle cause, toujours et surtout aux commandes de l’Etat ! En attendant d’être détruit, anéanti, comme autrefois Carthage, le RCD se démantèle. Par compartiments. Ils ont même exclu Ben Ali du parti. Quel courage !

On voudrait nous faire croire que ces hommes ont des compétences tellement rares que la Tunisie s’effondrerait à vouloir s’en priver dans l’immédiat. Mais que fait-on de ces milliers de compétences tenues à l’écart par ce régime depuis vingt-trois ans, et dont certaines brillent dans des firmes multinationales, dans des universités et des institutions prestigieuses à travers le monde ?

Ce régime Ben Ali demeure décidément un piège infernal pour la Tunisie. Et ceux qui l’ont servi, même avec un zèle modéré, auront du mal à persuader leurs concitoyens de la sincérité de leur soudaine et totale conversion à l’ouverture démocratique.

Plutôt que de troublants reniements et d’interminables contorsions, l’honorabilité et la dignité commandent parfois de savoir simplement se faire discret, d’avoir la décence de s’éclipser. 

Jean-Baptiste Placca
MFI


* Published in print edition on 28 January 2011

An Appeal

Dear Reader

65 years ago Mauritius Times was founded with a resolve to fight for justice and fairness and the advancement of the public good. It has never deviated from this principle no matter how daunting the challenges and how costly the price it has had to pay at different times of our history.

With print journalism struggling to keep afloat due to falling advertising revenues and the wide availability of free sources of information, it is crucially important for the Mauritius Times to survive and prosper. We can only continue doing it with the support of our readers.

The best way you can support our efforts is to take a subscription or by making a recurring donation through a Standing Order to our non-profit Foundation.
Thank you.

Add a Comment

Your email address will not be published.