Jean-Baptiste Placca

Chronique de Jean-Baptiste Placca

En finir avec les « erreurs de jeunesse »

 

On l’a dit et répété : la plupart des Etats africains concernés ont peu d’arguments solides pour justifier les grandes réjouissances prévues à l’occasion de ce cinquantenaire de l’indépendance. Aucun motif sérieux de fierté, ni dans l’état dans lequel se trouvent ces pays, ni dans l’usage qu’ils ont fait d’un demi-siècle de souveraineté. Au Niger, le gouvernement a décidé de renoncer à tous les aspects festifs du cinquantenaire de l’indépendance, le 3 août prochain. Dans ce pays frappé par une grave crise alimentaire – qui toucherait près de la moitié de la population, soit quelque 7 millions de personnes – c’est là une décision qui relève de la décence.

On l’a dit et répété : la plupart des Etats concernés ont peu d’arguments solides pour justifier les grandes réjouissances prévues à l’occasion de ce cinquantenaire. Aucun motif sérieux de fierté, ni dans l’état dans lequel se trouvent ces pays, ni dans l’usage qu’ils ont fait d’un demi-siècle de souveraineté.

C’est dire que les dépenses fastueuses annoncées ou engagées pour ces festivités relèvent, elles aussi, de l’indécence, même là où il n’y a pas de famine. Tant de chantiers en jachère, tant d’urgences ignorées…

Faut-il pour autant renoncer à marquer, d’une manière ou d’une autre, cet événement, somme toute important dans la vie d’une jeune nation ? Non. Mais il y a mille et une manières de commémorer l’Histoire. Il faudra d’ailleurs, le moment venu, apprécier ce que chaque Etat aura fait de son cinquantenaire.

Penser l’avenir, c’est tirer de rigoureuses leçons du passé

En attendant, on observe. Avec, de temps à autre, une agréable surprise. Comme au Burkina, où, à tour de rôle, différentes localités du pays accueillent des conférences visant à revisiter l’histoire coloniale de l’ex-Haute-Volta. Les meilleurs universitaires sont mis à contribution, et il y a foule à chaque rendez-vous. Mieux, ces conférences sont retransmises à la radio et à la télévision, afin qu’aucun Burkinabè ne soit tenu à l’écart de cette introspection nationale.

Vous aurez sans doute observé que le Burkina, par la voix de Felipe Savadogo, son ministre de la Culture et de la Communication, est un des rares pays à avoir réclamé ouvertement à la France ses archives encore détenues par l’ancienne métropole. Démarche indispensable, pour une écriture rigoureuse de sa propre histoire. Démarche d’autant moins étonnante que ce pays est aussi celui du regretté Joseph Ki-Zerbo, un des plus grands historiens que l’Afrique ait produit.

Sans doute fera-t-on un peu la fête à Ouaga, à Bobo et ailleurs, le 4 août. Mais là n’est pas l’essentiel. La réflexion en cours dans les conférences est bien plus importante, car ce cinquantenaire n’a d’intérêt que s’il permet de penser l’avenir. Et penser l’avenir, c’est tirer de rigoureuses leçons du passé, des incuries et de toutes les défaillances que l’on mettra, par indulgence, sur le compte des erreurs de jeunesse.

Jean-Baptiste Placca
MFI

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