« Un MMM éclaté ne peut pas gagner les municipales. Nous en saurons plus le 15 juin »

Interview : Syndey Selvon, Journaliste

 “Avec Ramgoolam, le PTr n’a aucune chance de revenir au pouvoir et cela se dit d’ailleurs au sein de ce parti même”
 “Démocratisation de l’economie : « Souhaitons que d’autres capitalistes importants sur l’échiquier des affaires puissent également entrer en lice. On aura alors les premiers des ‘200 autres Rawat’ »

Les élections municipales approchent et, comme d’habitude, les médias jouent un rôle important à ce moment crucial dans une démocratie. Outre la manière dont certains dossiers sont traités au nom de la bonne gouvernance, d’autres questions comme le leadership au sein de chaque parti et l’effritement de certains blocs politiques intéressent nos lecteurs. Syndey Selvon, journaliste et présentement attaché de presse de Raj Dayal, ministre de l’Environnement, nous en parle.

Mauritius Times : L’actualité continue à être dominée par l’affaire BAI depuis le début de l’année, et ce que nous livre la presse dans ses éditions quotidiennes – en format papier et sur les ondes — donne l’impression que les responsables du Groupe auraient pu croire qu’ils pouvaient faire n’importe quoi. Si tel est effectivement le cas, comment expliquer le silence des autorités concernées, mais aussi de la presse, durant toutes ces années?

Sydney Selvon : Je suis rentré au pays en 2010 après de longues années passées à l’étranger, notamment comme rédacteur en chef, successivement, dans trois journaux régionaux du plus grand groupe de presse canadien, Bowes Publishers, filiale du groupe multinational très connu Quebecor. Après mon retour, j’étais surpris par ce qui me semblait être un affaiblissement de la BAI sur le plan financier. Cependant, comme beaucoup de Mauriciens, j’avais entendu parler de difficultés sur le plan liquidités de certaines compagnies associées à la BAI, mais jamais d’escroquerie et de fraudes.

Vous parlez de silence des autorités d’alors avant le changement de gouvernement.

Cela signifie, si les allégations actuelles qui seront présentées devant la justice sont avérées, que quelque chose n’a pas fonctionné comme il le fallait avant le changement de gouvernement et les changements que cela a entraînés à la tête des institutions de contrôle. Il n’y aurait peut-être pas eu d’affaire BAI si Ramgoolam n’était pas resté au pouvoir si longtemps et probablement si son régime n’avait pas fait de l’ombre à certaines institutions régulatrices. Le nouveau gouvernement a relancé les mécanismes de contrôle et de vérification.

En fait, la chute de la BAI est, dans une grande mesure, attribuable au dysfonctionnement du système de contrôle du paysage financier sous le régime Ramgoolam et ne peut être imputé au nouveau gouvernement. Cela, on ne le dit pas assez.

* Sur la base de votre longue carrière dans la presse, qu’est-ce que votre flair journalistique vous informe concernant la couverture médiatique de cette affaire ? Y voyez-vous des éléments constitutifs d’un lynchage médiatique, comme l’affirment certains observateurs, un autre cas de ‘trial by the press’ ?

Les avocats de la défense parleront certainement en Cour de justice de ‘trial by the press’. En fait, ils le font déjà, suivis par des Travaillistes pro-Ramgoolam, en se référant sans doute à certains articles rédigés de manière peu professionnelle. La mission ultime de prononcer une condamnation, sinon un acquittement, en bonne et due forme est celle de la justice : elle incombe donc aux juges et aux magistrats.

Personnellement, je ne vois pas de ‘trial by the press.’ Globalement, il y a une majorité d’articles sobres et factuels dans au moins trois quotidiens importants du matin qui s’attachent aux faits et où il n’y a aucunement de ‘trial by the press’ ou quelque ‘lynchage médiatique’.

Donc, la justice mauricienne, que ce soit le DPP, les juges et les magistrats, sauront faire la part des choses et ne vont pas, du moins, c’est mon avis, conclure à un ‘mistrial’ ou ‘trial by the press’ à tort et à travers. Certes, les maladresses journalistiques existent mais elles ne suffisent pas à justifier l’argument de ‘trial by the press’.

* Qu’il y ait ‘trial by the press’ ou non, le problème de l’instrumentalisation de la presse à des fins politiques pourrait toutefois se poser. Comment pouvons savoir ce que rapporte la presse par rapport « aux instructions venues d’en haut » par rapport à cette affaire et aux autres cas qui font l’objet d’enquêtes policières (allocations de certains contrats, etc.,), comment savoir si les détails refilés à la presse sont vraies ou si c’est de la désinformation ?

Je ne crois pas qu’il y ait quelque ‘instrumentalisation’ de la presse au niveau gouvernemental. Je suis bien placé pour le savoir parce que je m’occupe des relations du ministre Raj Dayal avec les médias. Tous ceux qui font ce travail dans le présent gouvernement n’ont « instrumentalisé » aucun journaliste pour reprendre votre mot.

Cela étant dit, il faut se rendre compte que les journaux appartiennent à des compagnies privées. Il y a de nouveaux acteurs et des intérêts divers dans les milieux des compagnies privées qui opèrent dans les médias.

A chacun sa conception de l’éthique professionnelle. A chaque lecteur, en son âme et conscience, de tirer ses propres conclusions.

* Vous avez connu Dawood Rawat dans le temps pour avoir dirigé un projet de son Groupe visant à agrandir l’offre médiatique sur le marché local. Son parcours dans le business vous a dû impressionner, comme beaucoup d’autres, non ?

Oui. Je ne suis pas le seul, comme vous le dites, à avoir été impressionné par lui en d’autres temps. Il a impressionné depuis plus de trois décennies l’ensemble de la classe politique et comptait de nombreux amis parmi tous les gouvernements et toutes les oppositions depuis plusieurs décennies. Il a créé beaucoup d’emplois à Maurice.

Il est le petit-fils d’un grand homme politique, GMD Atchia, dont une photo illustre mon Histoire de Maurice en deux très gros volumes. Récemment sir Anerood Jugnauth, a déclaré qu’il le comptait à un moment parmi ses amis.

Les choses ont évolué depuis. Il y a maintenant une pluie d’allégations très graves soutenues par divers enquêteurs, dont des institutions financières et la police, à son égard. Cela m’a beaucoup surpris et peiné du fait que Dawood Rawat est un ‘self-made man’, parvenu par la force de ses poignets, à la tête d’une multinationale basée à New York après avoir commencé au plus bas de l’échelle dans les années 70.

Avec la brusque évolution déclenchée par les divers enquêteurs dont les autorités financières et policières et les liens allégués avec des affaires concernant Navin Ramgoolam, il reviendra à ses avocats de prouver le contraire de ces allégations. Tout se jouera et se conclura devant les instances judiciaires, Maurice étant un Etat de droit.

Entre-temps, ce qu’on appelait l’empire Rawat est démantelé jour après jour. Il est important, à ce stade, de préserver les emplois et, autant que faire se peut, les clients de la BAI et de ses compagnies affiliées. Le gouvernement fait tout pour limiter la casse.

* Au fait, en ce qui concerne ses admirateurs au sein de la classe politique, même certains dirigeants de l’Alliance de l’Avenir disaient à l’époque que cette alliance n’avaient pas de « valets du gros capital » en son sein et que « Maurice avait besoin de 200 Rawat », cela sans doute afin de promouvoir l’agenda de démocratisation de l’économie de cette alliance…

Oui, Rawat représentait, aux yeux de beaucoup dans la classe politique, une diversification du gros capital. Il ne faut pas donc imputer à l’Alliance gouvernementale une volonté maléfique de détruire l’homme et ses compagnies.

Dans tous les cercles politiques importants, il a joui d’un grand prestige. Tel n’est plus le cas, depuis la cascade d’allégations qui ne cesse de pleuvoir depuis la chute de la Banque Bramer. Il y a des membres, des députés, et aussi des partisans de l’Alliance gouvernementale qui souffrent de pertes dues à la chute de Bramer et de BAI. Les employés et clients de l’Empire Rawat se trouvaient dans tous les camps politiques.

Il ne faut donc pas diaboliser l’Alliance gouvernementale et tenter de faire croire que cette chute est motivée par un quelconque règlement de comptes de nature politicienne, voire sectaire. Tout le monde y perd quelque chose et, pour le pays, une première diversification du gros capital s’en va en fumée. C’est dommage, mais c’était inévitable du fait de ce blocage subi sous l’ancien régime concernant par les mécanismes de contrôle du paysage financier.

* Clairement, c’est l’opposé de la démocratisation qui va s’opérer avec la reprise de divers pôles commerciaux de l’ex-BAI, dont Courts, Iframac, Appollo Bramwell… On fonce droit vers davantage de concentration ?

Démocratisation du gros capital ou non, le développement du secteur privé doit s’accompagner d’un contrôle sévère et équitable pour protéger investisseurs, consommateurs de biens et services et le grand public.

Les ténors du gros capital traditionnel vont profiter de l’aubaine, bien sûr. Mais souhaitons que d’autres capitalistes importants sur l’échiquier des affaires puissent également entrer en lice. On aura alors les premiers des ‘200 autres Rawat’…

C’est sans aucun doute le souhait exprimé par le nouveau gouvernement. Il faudra d’autres créateurs de richesses et il y en aura sans doute avec la politique gouvernementale énoncée dans le récent budget national par Vishnu Lutchmeenaraidoo.

* En tout cas, la gestion de ce dossier par l’actuel gouvernement va faire débat durant des années, surtout la révocation de la ‘banking licence’ de la Bramer Bank après que certains dépôts des institutions gouvernementales de quelques Rs 1,5 milliards ont été retirés, ce qui a eu pour conséquence la fragilisation de cette banque et a déclenché ensuite – et prématurément – l’effet domino entraînant dans son sillage l’ensemble du groupe BAI. Espérons que les analystes financiers indépendants viendront nous éclairer un de ces jours sur ce débâcle, puisqu’on n’écoute plus ni les régulateurs ni les décideurs politiques, non ?

Le gouvernement n’a pas provoqué la révocation de la ‘Banking Licence’ de Bramer. La banque a été imprudente au-delà des limites permises par les lois. Une banque privée ne peut dépendre uniquement des fonds de l’Etat pour s’accrocher à sa licence d’opération. La sous-capitalisation de la banque était arrivée à son extrême limite et c’est cela qui a provoqué sa chute. Les autres banques qui n’ont pas beaucoup de dépôts en fonds publics survivent autrement, par le jeu du marché libre.

Dawood Rawat, en d’autres temps, n’avait jamais eu besoin de tels soutiens des fonds publics pour créer les fondements de son Empire et parvenir au sommet des affaires au niveau national. Plusieurs de ses lieutenants – à mon avis, il était très mal entouré par rapport aux années 80-90 – ont laissé les choses se détériorer et certaines institutions de contrôle ont fermé les yeux.

La chute de l’Empire Rawat, je tiens à le répéter, n’est pas imputable au nouveau gouvernement qui aurait aimé se passer d’une telle catastrophe.

* Une commission d’enquête aurait été plus rassurante pour démontrer qu’il n’y a pas eu de parti-pris ou de vendetta politique. Qu’en pensez-vous ?

Non, une commission d’enquête n’est pas nécessaire car une vendetta politique aurait été tout de suite détectée.

Tout sera décidé par la justice et je fais confiance aux juges et aux magistrats, éventuellement au Conseil Privé, s’il est sollicité. Les enquêtes avancent, les avocats de la défense se préparent, et le DPP, les juges et les magistrats vont se prononcer sur les divers aspects de l’affaire.

Il ne faut pas croire ou faire croire comme certains tentent de le faire, qu’il n’y a pas de justice à Maurice. J’ai le plus grand respect pour nos juges.

* En tout cas, les amis de l’adversaire, tout comme l’adversaire principal lui-même, sont en train de passer un mauvais quart d’heure aux mains des ‘investigating bodies’ du pays par rapport à leur implication, directement ou indirectement, dans toutes les affaires qui défraient la chronique de « nettoyage » du pays depuis le début de l’année. Comme quoi, ce n’est pas toujours souhaitable de lier amitié avec les hommes politiques…

Oui, ce n’est pas toujours souhaitable lorsqu’on est dans les affaires… Dawood Rawat était plus puissant que jamais jadis, du temps qu’il ne côtoyait pas le pouvoir. On lui reprochait de soutenir le MMM, mais c’était différent avec un régime tel que nous avons eu sous Ramgoolam depuis près de 10 ans et qui a fini dans la honte.

* Mais même des professionnels du barreau se plaignent du traitement obtenu aux mains du CCID ces derniers temps, et le Président du Bar Council a dû monter au créneau pour défendre les membres de la profession dans les affaires concernant l’avoué Tandrayen, l’avocat Varma contre ce qu’il qualifie d’abus des enquêteurs et des ministres-Inquisiteurs. Ce qui a amené Me Domingue à parler du danger du totalitarisme en cas de répétition de ce genre d’incidents…

Il aurait dû parler de totalitarisme sous Ramgoolam qui avait institué un régime abolissant le Parlement en 2014 avec la complicité du MMM.

Pour avoir renvoyé le Parlement pratiquement tout le temps pour échapper au contrôle populaire, le roi Charles 1er eut la tête tranchée par jugement du Parlement qui avait envoyé une armée pour le capturer avant de le juger.

Me Domingue devrait mesurer l’ampleur du crime qu’a été l’abolition du système parlementaire en 2014 par Ramgoolam avant qu’il ne conforte, volontairement ou involontairement, ceux qui utilisent, dans l’opposition travailliste, des expressions comme ‘Inquisition’ ou ‘totalitarisme’.

Cela dit, on n’aurait pas dû traiter l’avoué en question de la manière qu’il a été traité, mais j’ai aussi entendu un avocat dire à la radio que cet avoué aurait pu résister à la demande de renseignements et s’en remettre à la justice.

D’ailleurs, Me Domingue n’a pas eu l’aval du Bar Council pour aller de l’avant avec une action en Cour, ce qui en dit long sur certaines réactions exagérées.

* Qu’en est-il de l’instrumentalisation de la police à des fins politiques ? SAJ, dit-on, est très légaliste et respectueux des procédures légales et constitutionnelles. Voyez-vous le rule of law céder la place au rule des Inquisiteurs sous son mandat?

Non, parce que je connais bien SAJ pour avoir suivi sa carrière de près comme historien et journaliste pendant des décennies. Il occupe les devants de la scène politique depuis 1963 sauf pour une très brève carrière dans la fonction publique au sein du judiciaire.

Je suis bien placé pour savoir qu’il ne s’est jamais départi de son approche légaliste et constitutionnaliste en toute chose. En la matière, il est pur et dur, ce qui pourrait donner l’impression d’une franchise ferme, voire brutale, lorsqu’il émet une opinion.

Il ne passera pas par quatre chemins même avec ses proches. Cela relève du ‘rule of law’ et n’est pas de nature inquisitoriale. C’est, là, tout Jugnauth. Je ne vois aucunement une dérive inquisitoriale du régime, constitué d’ailleurs de beaucoup de membres du barreau, jeunes comme anciens, tels SAJ ou Ivan Collendavelloo.

* Ce sont toujours les apprentis-sorciers en herbe qui agissent, en fin de compte, comme les meilleurs agents de l’adversaire, car c’est toujours les faux-pas et autres abus qui facilitent la tâche de l’adversaire dans sa démarche de reconquérir son électorat — et sa place dans son parti… Vous en avez vu durant votre carrière de journaliste – et les signes de leur fin de carrière, n’est-ce pas ?

Apprentis-sorciers ? Encore une fois, je réponds par la négative. Je crois comprendre que d’aucuns croient que les arrestations de Navin Ramgoolam pourraient constituer des faux pas. Mais c’est vite oublier que la démocratie parlementaire avait été abolie par ce même Navin Ramgoolam en 2014.

C’est le crime le plus grave qu’un Premier ministre peut commettre dans le système westministérien selon les légistes canadiens qui avaient sévèrement condamné le PM canadien pour avoir renvoyé le Parlement lorsqu’il fut menacé d’être mis en minorité au Parlement il y a quelques années, comme le craignait aussi Navin Ramgoolam.

De grands légistes lui avaient même rappelé que Charles Ier d’Angleterre en eut la tête tranchée… Abolir le Parlement toute une année avait été une décision infâme. D’ailleurs, Ramgoolam l’a payée très cher.

L’arrestation de Pravind Jugnauth, et de plusieurs syndicalistes et militants politiques, dont Yogi Sawminaden par le régime de Navin Ramgoolam, et ensuite, jetés en prison pour des broutilles, leur maison fouillée pour les humilier, leurs familles et eux : c’étaient des arrestations totalement injustifiées.

En comparaison, l’octroi ou l’appropriation de manière illégale des terres de l’Etat, accusation dont Ramgoolam fait aujourd’hui l’objet ne sont pas des prétextes futiles. N’y a-t-il pas là bel et bien un ‘prima facie case’ ? Bien sûr, il reviendra à la justice de trancher. Je ne vois pas de travail d’apprentis sorciers.

Il y a l’affaire de Nandanee Soornack et il prétend maintenant se repentir, tentant de faire oublier que des journalistes ont été traduits en Cour avec des ‘gagging’ orders’ et autres menaces de condamnation et d’emprisonnement pour avoir révélé les relations intimes Ramgoolam-Soornack, et leur complicité dans certaines affaires.

N’est-il pas important que cette dame vienne s’expliquer elle aussi sur ces affaires qui touchent souvent au domaine public pour les octrois de contrats ?

Je crois qu’un sens de la mesure s’impose lorsqu’on entend certains arguments que Ramgoolam et les siens avancent dans leurs conférences de presse et qui sont répercutés par la presse.

* Le ‘calife’ a démontré, lui, qu’il a nullement l’intention de jeter l’éponge – pas de fin de carrière pour lui. En fait, il a mis fin à son “congé politique”, et c’est le porte-parole du parti qui, apprend-on, prendra l’avion pour Burundi pour assumer la poste de représentant spécial de l’union africaine pour la région des Grands lacs. Ce dernier a-t-il été maladroit ou “trop pressé”, selon vous?

J’ai été choqué par le traitement infligé par Ramgoolam à Arvin Boolell. Je crois que ce dernier ne méritait pas une telle humiliation. Il est l’un des très rares Travaillistes authentiques du PTr.

Le reste du parti est toujours sous le contrôle de ceux qui ont causé ses nombreux scandales et son humiliante défaite. Ils sont les éléments les plus impopulaires de ce que fut le régime Ramgoolam et ils contrôlent toujours étroitement le parti.

Pour les adversaires du parti, c’est mieux que Ramgoolam continue de s’accrocher. Boolell n’était pas trop pressé, mais était plutôt en retard d’une à trois années. Il a donné le temps à Ramgoolam d’éliminer presque tous les vrais Travaillistes du PTr pour les remplacer par une véritable armée de transfuges qui n’ont jamais partagé l’idéal travailliste.

L’électorat travailliste s’est effondré et est passé au MSM dans la majorité des cas. La grogne qui provient de la garde rapprochée de Ramgoolam n’émane pas du grand public. Si je prête foi à certains sondages confirmant une confiance prononcée en faveur du gouvernement de SAJ, surtout en milieu rural et au niveau des affaires, je ne vois pas le PTr capable même d’avoir des chances de gagner les élections générales en 2019.

Rappelez-vous, j’étais le premier journaliste du pays à prédire, dans le Mauritius Times en 2014, la victoire de SAJ et d’en expliquer en détail les causes exactes.

Au MSM, beaucoup d’amis avaient beaucoup apprécié le sérieux de cette analyse qui tranchait avec celles qu’on lisait ailleurs dans la presse ou que l’on entendait sur les radios, et qui donnaient l’impression que l’alliance PTr-MMM était imbattable.

Avec Ramgoolam, je le dis, au risque de me répéter, le PTr n’a aucune chance de revenir au pouvoir et cela se dit d’ailleurs au sein de ce parti même…

* L’autre ‘calife’ — le « leader historique » — ne se laisse pas faire lui aussi. Qu’il ait raison ou tort, c’est une autre question — il se peut qu’il soit d’avis — avis partagé par la majorité des militants — qu’il représente à ce jour “the best bet” pour le MMM… Qu’en pensez-vous ?

Dans le cas de Paul Bérenger, il est difficile de se prononcer sur ce que l’avenir réserve à son parti. Il a payé lui aussi très cher la trahison d’un homme qu’il est allé chercher au Réduit pour lui proposer à nouveau le poste de Premier ministre avant de le trahir d’une manière qui continue de faire scandale et qui continue de faire éclater un MMM qui, hier encore, avait un électorat d’au moins 40 pourcent au niveau national.

L’avantage de Bérenger sur Ramgoolam, c’est qu’il occupe les devants de la scène parlementaire en tant que leader de l’Opposition, poste constitutionnel qui fait de lui le vis-à-vis du Premier ministre et un interlocuteur privilégié de ce dernier dans certaines situations constitutionnelles.

S’il arrivait à perdre ce poste, il serait en chute libre. La meilleure des choses, c’est de désigner le leader qui lui succèdera le plus tôt possible. Autrement, l’exode risque de continuer de plus belle après une nouvelle défaite aux municipales.

* Les Collendavelloo et Duval auront intérêt à démontrer qu’ils peuvent contenir ou même neutraliser l’effet Bérenger dans les régions urbaines ? Ce sera leur ‘litmus test’, selon vous?

Effectivement, ils font de leur mieux pour conquérir des parts des électorats MMM. C’est légitime de recruter des partisans, voire des futurs activistes dans les rangs des vaincus. Dans les régions urbaines, l’électorat mauve intéresse les partis du gouvernement et il n’y a rien de plus normal. Depuis les élections générales, il y a des mouvements dans trois directions, soit vers le MSM, le PMSD et le ML.

Théoriquement, le camp gouvernemental s’est renforcé. Les résultats des municipales devraient, à mon avis, confirmer cela. Sur papier, un MMM éclaté ne peut pas gagner les municipales. Nous en saurons plus le 15 juin.

Quant à l’affaire BAI, je souhaite que les Mauriciens résistent aux tentatives de communalisation, surtout du côté des Travaillistes, mais aussi de certains activistes du MMM. C’est une démarche dangereuse et mal inspirée.

 

* Published in print edition on 29 May  2015

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