Interview : Jayen Cuttaree

Interview : Jayen Cuttaree

« Une alliance PTr-MMM est ce qu’il faut…
pour permettre au pays de faire face aux défis des nouvelles donnes internationales »

* « Ni le Parti travailliste ni le MMM n’ont d’intérêts ethniques ou économiques particuliers. Leurs différences résident peut-être dans leur façon de gérer le pays »  Actualité oblige : la proximité non-dissimulée entre le Premier ministre Navin Ramgoolam et le Leader de l’Opposition Paul Bérenger donne lieu à des commentaires divers. Aussi, cette semaine, nous avons demandé à Jayen Cuttaree, de nous parler de la nature des relations entretenues par les politiciens dans ce milieu. Il aborde aussi la question des alliances politiques et des difficultés auxquelles font face les leaders au moment d’effectuer des choix stratégiques. L’avenir des partis politiques, notamment en termes de renouvellement de leurs membres, est aussi posé. 

Mauritius Times : L’acte d’écrire une biographie politique avec le recul des années vous a-t-il permis de mettre les événements politiques du passé dans une nouvelle perspective ? Lesquels en particulier ?

Jayen Cuttaree : J’ai voulu raconter les événements politiques tels que je les ai vécus, laissant au lecteur le soin de tirer ses propres conclusions. Je pense que mon livre devrait aider à comprendre, au-delà des événements, la relation entre les hommes politiques et leurs réactions, à différents moments, à l’égard des mêmes personnalités dans des situations similaires.

* La cassure de 83 semble toujours vous marquer. Là-dessus vous n’avez pas changé d’avis, semble-t-il ?

N’importe quelle personne qui avait cru dans l’alliance MMM-PSM ne peut oublier les trahisons, les calomnies, les attaques racistes et la division qui ont marqué cette élection. En 1982, Paul Bérenger était le héros national que certains appelaient Moïse. Neuf mois plus tard, certains de ses amis les plus proches l’ont diabolisé et ont trouvé en lui quelqu’un qui voulait ramener le pays à l’époque de l’esclavage. Le soir des résultats des élections, Jugnauth et Boodhoo trouvaient que le communalisme et le castéisme avaient été éliminés. Depuis 1983, chaque élection générale a été un champ de bataille où le communalisme a été utilisé pour abattre Paul Bérenger et le MMM.

* Le MMM et le MSM partagent la même culture politique… Cette cassure de 83 vous a beaucoup marqué ?

Le MMM et le MSM ont bien travaillé ensemble pendant la période 2000 à 2005. Si j’ai pardonné beaucoup de choses, il y a certaines blessures qui arrivent difficilement à se cicatriser.

* Même s’il n’est pas encore passé à l’écriture, Navin Ramgoolam semble déjà avoir fait ces derniers temps une autre lecture des hommes et des événements du passé. Qu’est-ce que cela vous fait de l’entendre dire en 2011 que Bérenger et le PTr, c’est le même combat ? Le pensez-vous également ?

Navin Ramgoolam parlait probablement de la période de Curé, Anquetil, Rozemont, Seeneevassen et du Pandit Sahadeo. C’est vrai que Paul Bérenger a toujours affirmé que c’est le MMM qui a repris la lutte de ces tribuns du Parti travailliste.

* Par contre, lorsque Navin Ramgoolam affirme qu’il aurait été le No. 2 si Bérenger avait rejoint le PTr à l’époque, ça devient presque époustouflant, n’est-ce pas ?

Je crois que c’était une boutade de sa part !

* Si Paul Bérenger et le PTr, c’est le même combat – comme le soutient Navin Ramgoolam –, c’est que Gaëtan Duval a eu tort d’affirmer des années de cela que Bérenger serait son « héritier politique ». Qu’en pensez-vous ?

C’était à un moment où il était en conflit public avec son fils. Peut-être l’a-t-il fait pour embarrasser ce dernier.

* On ne sait pas si c’est le plus beau compliment qu’on a fait à Paul Bérenger, mais comment avait-t-on réagi au sein du MMM lorsque Duval avait parlé de son héritier politique ?

Quand on connaît l’histoire politique du PMSD de Duval et le MMM de Paul Bérenger, comment pensez-vous qu’on puisse accorder quelque importance à cette déclaration de Gaëtan Duval ?

* « Même combat », ou « même lutte », mais pourtant entre le MMM et le PTr, cela a toujours été la guéguerre mais aussi parfois de grands conflits. Ne s’agit-il pas en fin de compte de conflits plus profonds par rapport au partage du pouvoir et aux intérêts divers – sociaux, ethniques, économiques, etc., que représentent les deux partis ?

Je crois que ni le Parti travailliste ni le MMM n’ont d’intérêts ethniques ou économiques particuliers. Leurs différences résident peut-être dans leur façon de gérer le pays.

* Lorsqu’on vous pose la question, à savoir qu’est-ce qu’un ‘remake’ MMM/MSM vous inspire, votre réponse indique clairement que vous pencherez plutôt en faveur d’une alliance avec les Travaillistes.C’est ça ?

Disons que j’ai toujours pensé qu’une alliance entre le MMM et le PTr est ce qu’il faut pour assurer l’unité nationale et provoquer le grand élan national qu’il nous faut pour permettre au pays de faire face aux défis des nouvelles donnes internationales. Malheureusement, comme je l’ai expliqué dans mon livre, la coalition de 1995 a échoué parce qu’il n’y avait qu’un ‘railway track’ pour deux locomotives. Il faut une très grande maturité pour que les ‘leaders’ de ces deux grands partis comme le MMM et le PTr puissent trouver un consensus et travailler ensemble dans la sérénité. Cela n’a pas été possible dans le passé.

* On affirme que les leaders politiques sont souvent tiraillés par des sentiments contraires face aux options d’alliances politiques ; il y a l’intérêt personnel et celui du pays. Qu’attendez-vous de Bérenger et de Ramgoolam présentement ?

Votre question présuppose qu’il y a des négociations actuellement entre le MMM et le PTr. Paul Bérenger a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y en a pas. Attendons le rapport du Professeur Carcassone et de son équipe pour voir s’il y aura des négociations sur la réforme électorale ou sur la deuxième République.

* At the end of the day, à force de donner dans des zigzags politiques avec leurs alliances et mésalliances, il se pourrait que la classe politique perde énormément de sa crédibilité auprès d’une bonne partie des Mauriciens. Vous savez ce que disent les gens de plus en plus : c’est du blanc bonnet, bonnet blanc… Comment réagissez-vous à cela ?

Je ne crois pas que ce soit correct de dire que la classe politique a perdu de sa crédibilité. Le pourcentage de votants à chaque élection prouve que les Mauriciens ne considèrent pas les partis politiques comme « du blanc bonnet et du bonnet blanc ».

Ce qui est vrai, c’est que les enjeux nationaux et internationaux n’offrent pas de grands choix quand il s’agit des options économiques du pays. Mais la différence réside dans la façon que chaque grand parti gère ces options économiques.

* Par ailleurs, il y a ce que Jack Bizlall appelle « l’accaparement » de la chose politique par certaines familles et quelques dirigeants depuis un bon nombre d’années. La réforme électorale devra aussi s’y intéresser, n’est-ce pas, en vue de démocratiser l’accès à la politique ?

Je ne crois pas que ce soit juste de faire une telle affirmation. Il est vrai que les enfants des politiciens sont souvent engagés en politique, et ce, dans les partis où leur(s) parent(s) ont été actifs. Dans beaucoup de pays, en Inde comme en Angleterre, on retrouve le même phénomène : les jeunes empruntent la même voie politique que leur(s) parent(s). Est-ce qu’on va maintenant légiférer pour les en empêcher ?

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