Identité nationale

Identité nationale

 

— Rajiv ROY

 

Le débat sur l’identité nationale qui déclenche les passions en France est préjudiciable à l’harmonie sociale car il est parsemé de sous-entendus et de discours opportunistes. Le fait que se pointent à l’horizon les élections régionales de 2010 n’est certes pas étranger à cette situation. Car il est clair qu’encore une fois Nicolas Sarkozy veut damer le pion au Front National en allant braconner sur leur terre.

 

 

Depuis l’arrivée surprise du candidat de ce parti, Le Pen, au second tour des élections présidentielles en France en devançant le socialiste Lionel Jospin, la droite classique a réévalué sa stratégie politique et prône un discours valorisant l’identité nationale pour amadouer l’électorat de l’extrême droite. Au passage, il faut rappeler que ce résultat avait poussé Lionel Jospin à annoncer sa retraite politique, ce qu’il avait amèrement regretté par la suite, d’où sa tentative un peu rocambolesque de revenir aux affaires par des chemins incongrus, sans succès toutefois.

Dans cette nouvelle approche, la droite reprend le discours des extrémistes et cible leur bouc émissaire de prédilection, à savoir les Français issus de l’immigration, en les opposant aux Français de souche. Ainsi, on débite un discours très sectaire, en pérorant sur l’intégration, en comparant la France à un lève tôt par rapport aux fainéants, en parlant de préférence nationale et en donnant l’impression que les enfants d’immigrés ne sont pas Français. Toute cette stratégie a pour but de toucher des cordes sensibles chez les Français en favorisant un mélange des genres.

Les Français d’origine étrangère, quant à eux, considèrent l’expression « intégration » comme condescendant. La vérité c’est que ces Français sont victimes d’une double injustice. Primo, ils ne sont pas considérés comme Français à part entière et secundo à qualification égale, ils subissent un taux de chômage nettement supérieur et rien n’est fait pour corriger cette discrimination. Il est bon de rappeler que le taux de réussite au baccalauréat en est le même pour les deux groupes. D’où l’impression d’une supercherie bien entretenue pour des raisons politiques et qui ne sert en définitive qu’à attiser les tensions pour encourager une politique de méfiance entre les communautés.

Pour exacerber davantage les débats, on essaie de les porter sur le champ religieux. Tout d’abord cela a commencé par la polémique sur la Burka. Les filles qui n’obtempèrent pas étaient tout simplement exclues des écoles de la République. Au lieu d’engager un débat, cette réponse sans appel peut produire l’effet contraire de celui recherché en jetant ces jeunes dans les bras des extrémistes. Surtout que le port du voile intégral n’est pas obligatoire selon les specialistes de l’Islam. C’est pour cela que dans les pays arabes mais surtout musulmans, à partir du moment où l’on n’impose pas une tenue vestimentaire pour les femmes, celles-ci s’habillent en suivant leur état d’esprit, leur état d’âme. Ce faisant, elles se sentent libres de décider de leur destinée et c’est en cela qu’elles ont la sensation, l’impression de compter.

Pour enfoncer le clou, la droite a introduit un nouvel élément, à savoir la question de minarets dans les mosquées, alors qu’il n’y a qu’une poignée de ces minarets en France. Aujourd’hui, on remet en cause la nécessité d’ajouter des minarets dans la construction des mosquées. Cela rappelle une démarche qui a illustré les heures sombres de l’histoire de l’Europe. On ne peut accueillir des gens dans son pays sans leur laisser une certaine marge de liberté pour pratiquer leur culte.

Le brassage des cultures est enrichissant pour le bien commun en même temps qu’il féconde le regard des uns et des autres. Cela nous rappelle le principe de Le Chatelier en chimie et donc si on fait preuve d’esprit d’ouverture, ce qui est supposé être une de nos caractéristiques, l’humanité se hisse toujours vers des niveaux d’équilibre plus élevés.

Du point de vue philosophique, un pays ne peut prétendre rester immuable et ne pas subir les influences, les interférences des événements, des personnes, des faits de son temps. Le contraire serait ridicule et farfelu. Pour cela il faudrait se retrouver dans la situation de Tom Hanks dans « Seul au Monde ». Même dans le cas de Robinson Crusoé, à partir du moment où il rencontre Vendredi, il y a une socialisation à deux sens qui est enclenchée et personne ne sera le même à partir de ce moment.

Dans le débat sur la laïcité, le paradoxe, c’est que c’est Sarkozy qui avait remis en cause le principe sacro-saint de la laïcité de l’Etat, en associant la religion catholique à l’Etat français, ce qui avait fait froncer pas mal de sourcils parmi la classe politique et parmi les intellectuels. Aujourd’hui, en parlant du concept d’identité nationale, beaucoup lui reprochent d’avoir rouvert les blessures, d’avoir ranimé la fracture sociale, ce qui a donné lieu à des dérapages.

Sarkozy doit maintenant refermer cette boîte de Pandore, qui lui échappe. D’autant plus que cette polémique commence à déstabiliser son camp. En s’appuyant sur le ‘non’ Suisse aux minarets, très vite on a fait l’amalgame entre identité et immigration, une initiative aux accents xénophobes. Cette démarche est d’ailleurs contraire à l’ensemble des valeurs fondatrices de la société française.

Dans le même ordre d’idées, il faudrait aussi faire ressortir que pendant la colonisation, ceux responsables de ce drame humain avaient prôné une politique à la fois de mainmise sur les richesses des pays assujettis mais aussi sur les esprits en convertissant sans ménagement les autochtones. Les religieux qui croyaient pourtant en Dieu, considéraient ces hommes comme inférieurs et donc n’avaient pas de scrupule à les soumettre à l’esclavage.

Ces pays conquis ont été, au fil des ans, dépouillés de leur population, surtout les plus forts et capables. Cette ponction en capital humain les a marqués pendant des générations. Et aujourd’hui lorsqu’ils viennent chercher un peu d’espoir, on joue aux amnésiques. Surtout que les patrons recrutent à tour de bras des travailleurs clandestins pour des salaires de misère afin de doper les profits et réduire les coûts d’opération. Cette situation est connue des autorités. Mais ce n’est pas pour autant que ces employeurs sont inquiétés. Et comble d’injustice ces « illégaux » s’acquittent de leurs impôts. Ah ! hypocrisie quand tu nous tiens !

 

Rajiv ROY

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