“Navin Ramgoolam a le choix entre la démagogie qui a conduit le pays à la perte sous le MSM, ou redresser ce qui peut l’être”

Interview : Yvan Martial

* ‘Tant que notre électorat persistera majoritairement à faire confiance à des démagogues, pensant parti et poche avant pays, le Bal des Voleurs se poursuivra’

 * ‘Nous ne pouvons vaincre la Mafia de la drogue. Mais nous pouvons détruire son trafic tellement juteux’


Justice, administration publique, fléau de la drogue et impunité chronique : Yvan Martial, journaliste et historien, dresse un état des lieux sans concession de la situation politique et institutionnelle à Maurice. Dans cet entretien, il revient sur les poursuites judiciaires visant plusieurs personnalités, l’efficacité du gouvernement de l’Alliance du Changement et les maux profonds qui gangrènent la société mauricienne, insistant sur la nécessité impérative de moraliser la vie publique et de restaurer la confiance des citoyens.


Mauritius Times : Un développement majeur est intervenu hier : le DPP a engagé des poursuites formelles contre cinq personnalités dans plusieurs affaires, notamment le scandale du « Reward Money », l’affaire Saint-Louis, celle de l’Eco Deer Park Association, ainsi que le « MIC/Appavou Deal ». Toutes les personnes concernées sont, bien entendu, présumées innocentes jusqu’à ce qu’un tribunal en décide autrement. Mais peut-on voir dans ces poursuites le début d’une nouvelle phase dans la lutte contre la corruption et les malversations financières à Maurice ?

Yvan Martial : « Développement majeur » pourrait paraître exagéré. Il s’agit, après tout, de quatre procès semblables aux dizaines, voire aux centaines, logés, jour après jour, devant nos instances judiciaires. Pour juges, magistrats et collaborateurs, c’est « business as usual », comme pour n’importe quel autre procès. Nous, opinion publique et médias, corsons l’affaire outre mesure. Nous ne sommes, d’ailleurs, qu’au début d’un processus pouvant prendre des années, voire des lustres. À moins que les accusés ne plaident coupables.

Arrêtons de rêver. Le public peut avoir une perception différente, sous prétexte que, parmi ces accusés, se trouvent des politiciens, dont d’anciens ministres, leurs proches, quelques personnalités mais de vertu suspecte. Pour le Judiciaire, ce sera un procès comme tant d’autres, avec peut-être une tension plus grande, en raison d’une éventuelle couverture médiatique plus importante. Il faut que le journal se vende. Mais les verdicts respectifs ne sont pas pour demain.

Nouvelle phase dans la lutte anticorruption ? Oui, peut-être, mais si ces procès avaient été logés avant les législatives du 10 novembre 2024. Accusés et ministres actuels ne sont pas du même bord politique. Comment donner tort aux putois criant à la vendetta politique ?

Demeure le tribunal populaire, plus expéditif mais pas forcément juste ou équitable. Rançon de la popularité multiforme, bonne ou mauvaise. Nous l’acceptons quand elle nous honore. Nous ne pouvons pas la récuser quand elle nous dessert. Heureux ceux qui n’ont pas à juger autrui. Laissons ce travail à celui qui scrute les reins et les cœurs. Il sait mieux que nous le bien que nous délaissons et le mal que nous faisons allègrement. Puisse-t-il prendre pitié des pauvres pécheurs que nous sommes…

* Par ailleurs, le fait que plusieurs affaires distinctes aboutissent aujourd’hui à des poursuites formelles révèle-t-il des failles plus profondes dans la gestion des fonds publics et dans le fonctionnement de certaines institutions de l’État ?

Ce sont en effet des « affaires distinctes ». D’un côté, la Justice doit juger d’innombrables procès, souvent dans l’indifférence générale. Les coupables ne sont pas toujours “Honorables”, hier ou aujourd’hui. De l’autre, il y a la saine gestion des fonds publics, puisés dans nos poches de contribuables et de consommateurs. C’est notre argent, et jamais celui du gouvernement. Seuls les nigauds gobent la gratuité mensongère des services publics. Nous avons le cœur « cassé » quand notre argent est outrageusement gaspillé.

Pouvoir et Opposition sont en quête de responsabilité fiscale. Mettraient-ils « la tête ensemble » en quête d’une formule consensuelle qu’elle serait trouvée plus rapidement. Elle aurait surtout davantage de chances de survivre à la prochaine alternance du pouvoir.

Toutefois, un autre danger menace. Plus impitoyables seront les sanctions anti-gaspi, plus tarderont des fonctionnaires à apposer signature ou cachet, feu vert pouvant leur valoir, en cas d’enquête, un transfert punitif ou pire. Retour alors à la vitesse Grand V de la bureaucratie la plus paralysante. Nous sauverons quelques sous pour perdre parfois des milliards. En tout régime, surtout politique, ce ne sont jamais les peaux de banane qui manquent. Notre secteur privé connaît-il ces problèmes de gaspillage des fonds de l’entreprise ? Et si le privé connaît moins de gaspillage, quelle est sa recette ?

* Pour revenir aux décisions du DPP, pensez-vous que le gouvernement devrait aller plus loin et procéder à un examen systématique des décisions et transactions controversées prises sous l’ancien régime, afin de déterminer si les cinq dossiers actuellement devant la justice ne constituent que la partie émergée de l’iceberg ?

Quand un véhicule zigzague dangereusement sur la route, quelle est l’utilité d’analyser ses zigzags les uns après les autres ? Le plus simple et le plus sécurisant est de changer immédiatement de chauffeur. Le remplaçant va-t-il droit, sans zigzaguer ? Satisfaisons-nous de notre recrutement. Si les zigzags continuent, c’est que le recruteur — peut-être notre électorat — a fait le mauvais choix.

Les moniteurs d’auto-école ne manquent pas. Nos meilleurs experts-comptables non plus. Mais si le propriétaire du véhicule préfère un chauffeur zigzagueur, ayant eu son permis dans l’enveloppe, que peuvent faire des moniteurs d’auto-école compétents ? Mais si nous pouvons réellement interdire de volant un accro aux zigzags, gageons que tous les fous du volant deviendront sages. L’impunité est l’ennemi N° 1 de notre population.

* Enfin, comment garantir que ces poursuites soient perçues non pas comme une opération politique de « nettoyage » après un changement de gouvernement, mais comme l’application impartiale de la justice, indépendamment de l’identité ou de l’appartenance politique des personnes concernées ?

L’électorat mauricien doit d’abord et avant tout savoir voter pour les candidats, partisans ou indépendants, ayant amplement prouvé leur compétence en gérant excellemment leur entreprise ou les responsabilités publiques qui leur ont été confiées.

Où les trouver ? Comment jauger leur compétence ? Voyons-les à l’œuvre, à la tête de leur entreprise, d’associations, de services sociaux et caritatifs, de forces vives, de lutte contre les fléaux et, plus particulièrement, à l’œuvre dans la saine gestion des collectivités locales (villages, quartiers urbains, municipalités, conseils de district). S’ils excellent dans la gestion de petites institutions, ils sauront faire de même à l’Assemblée nationale ou à l’Hôtel du Gouvernement.

Mais tant que notre électorat persistera majoritairement à faire confiance à des démagogues, pensant parti et poche avant pays, le Bal des Voleurs se poursuivra, au bénéfice de requins pouvant marcher sur le cadavre de leur mère pour mieux exploiter notre population, probablement trop naïve.

* Durant cette même semaine, le Premier ministre a publiquement dénoncé les blocages administratifs dans le secteur de la santé. Il est rare — voire inédit — qu’un chef de gouvernement s’en prenne aussi ouvertement au fonctionnement d’un service public. Cette dénonciation publique traduit-elle une volonté réelle de réformer le fonctionnement de la fonction publique ou risque-t-elle de rester au stade d’une déclaration politique ?

Au lendemain de l’Indépendance, notre fonction publique, heureux legs d’un système colonial, injustement décrié car il comptait autant de réussites que d’abus de pouvoir de British-born au détriment des indigènes que nous étions alors. Dans son incontestable sagesse, Seewoosagur Ramgoolam, Premier ministre incontesté même des 44 % de Mauriciens ayant voté contre l’Indépendance, avait davantage confiance en nos secrétaires permanents d’alors qu’en ses ministres, pourtant non des moindres.

Jamais ne l’a effleuré l’envie de transférer un Dayendranath Burrenchobay du Bureau du Premier ministre pour l’expédier à la Pêche, ou de catapulter un Frank Richard de l’Éducation aux Coopératives. Les ministres demandaient à leur Permanent Secretary s’ils pouvaient faire ceci ou cela. En cas de conflit, porté devant SSR, le ministre avait rarement raison. Si un Permanent Secretary se plaignait à SSR de son ministre, les jours de ce dernier au Cabinet étaient comptés.

À un certain seuil de toute hiérarchie ministérielle, les hauts fonctionnaires se savaient attachés à leur ministère jusqu’à leur départ à la retraite. Ils se retiraient en sachant que leur successeur, formé par eux-mêmes, resterait irréprochable et performant pour le plus grand bien du ministère. Les journalistes d’alors préféraient consulter les secrétaires permanents plutôt que leur ministre, afin d’avoir une meilleure information.

Depuis, tout a viré sens dessus dessous. Voilà pourquoi le pays va à vau-l’eau et que deux ophtalmologues de la diaspora mauricienne ne peuvent mettre bénévolement leurs compétences au service de l’île Maurice souffrante. Trop de fonctionnaires s’emploient à se constituer une zone de confort, dans laquelle ils squattent sous prétexte qu’ils sont proches d’une petite cousine d’un parent éloigné du chauffeur d’un garde du corps d’un ministre !

Le meilleur ministre demeure celui qui parvient à redonner confiance à tous les fonctionnaires de son ministère. Il redeviendra le maître de tous en se mettant à l’écoute de tout un chacun, avec le souci de ressusciter l’ambition initiale de ce dernier en entrant dans la fonction publique : ambition d’offrir le meilleur service possible à notre population.

* Peut-on se contenter de dénoncer publiquement des dysfonctionnements sans en identifier les responsables ni prendre les mesures correctives qui s’imposent ? Et si, après une dénonciation aussi explicite du Premier ministre, aucune mesure disciplinaire n’est prise, quel message cela risque-t-il d’envoyer aux fonctionnaires et, plus largement, à l’ensemble de la population ?

Quitte à me répéter, je reviens à ce directeur british-born de l’Éducation de la fin des années 1940. Peut-être un certain Nichols. Dès son entrée en fonction, il réclame la loi régissant le système éducatif colonial d’alors. Il en dégage les points disciplinaires majeurs. Il réunit le corps enseignant au théâtre de Port-Louis (n’ayant pas besoin de rénovation car quotidiennement entretenu par quelques ouvriers). Il se présente à l’assistance et promet sa détermination à appliquer à la lettre la législation existante et en vigueur. D’autres auraient, erreur impardonnable, promis une réforme du système éducatif et de sa législation.

Il détaille les principales infractions à propos desquelles il sera intransigeant et appliquera impitoyablement la loi. Quelque temps après, on lui signale le cas d’un enseignant désinvolte, s’absentant fréquemment, souvent en retard. Il le convoque, s’assure de sa présence à sa convocation initiale. Le fautif est forcé de reconnaître ses torts. Il est immédiatement limogé. À la fin de son mandat, ce directeur de l’Éducation avouera avec satisfaction n’avoir pas eu à prendre d’autres sanctions.

L’impunité est l’ennemi N° 1 de la population mauricienne. Et si l’impunité sévit, c’est parce que nous, électeurs, prêtons trop l’oreille à des démagogues invétérés, pensant parti ou syndicat avant de penser pays.

* Ne faudrait-il pas, parallèlement aux sanctions éventuelles, revoir les procédures administratives qui permettent à de tels blocages de se prolonger ?

Dernière chose à faire. Il y a forcément une loi en vigueur régissant chaque sphère de nos activités publiques ou privées. Bonne ou mauvaise, la loi existe, fait autorité et tous, à commencer par le Premier ministre, doivent s’y soumettre. S’il y a délit, infraction, plainte, doléance, accusation, enquêtons, appelons les témoins pouvant faire progresser l’enquête, trouvons les coupables, les commanditaires ayant permis ou ordonné le délit, le blocage, le boycott, la négligence professionnelle mais coupable.

Sanctionnons et faisons confiance à l’effet pédagogique, à l’effet dissuasif qui en résultera. Vainquons l’impunité, cas après cas, et elle finira par lâcher prise, car chat échaudé craint l’eau froide. Si, au cours d’une enquête, un besoin de réforme se fait sentir, confions-la à l’institution chargée de réformer ce qui va de travers dans notre jungle administrative. Au besoin, confions cette tâche à une personnalité ou à une équipe restreinte (pas plus de quatre personnes, quitte à coopter d’autres compétences pour des tâches précises). Que cet oiseau rare ou l’équipe ad hoc vienne avec un projet de réforme qui sera soumis à l’expertise d’autres spécialistes pour le peaufiner.

Il sera toujours temps, après, de consulter les parties prenantes, y compris politiciens et syndicalistes de tous bords. Si un consensus se pointe à l’horizon, alors pourra-t-on avertir la population que telle ou telle réforme modifiera, dans un délai raisonnable, tel ou tel secteur de nos activités, à partir de telle ou telle date.

Réformer, oui, car nous devons tenir compte d’une inévitable évolution. Consulter, oui, mais toujours à partir d’un texte de base, préparé par des techniciens compétents et peaufiné par des spécialistes encore plus expérimentés. Réformer, oui, mais sérieusement, méthodiquement. Jamais dans le vide. Ce dernier ne peut engendrer qu’un néant encore plus nocif.

* L’arrestation du mari de l’ancienne Junior Minister Véronique Leu-Govind, soupçonné de trafic de drogue, a une nouvelle fois mis en lumière la proximité présumée entre le milieu de la drogue et certains proches du pouvoir. Les personnes concernées sont, bien entendu, présumées innocentes jusqu’à preuve du contraire. Mais au-delà de cette affaire, le phénomène n’est pas nouveau et révèle un problème plus profond, qui perdure depuis des décennies. Pourquoi, malgré les saisies, les arrestations et les opérations policières, le trafic de drogue continue-t-il de prospérer et de s’enraciner à Maurice ?

Je me refuse obstinément, à partir d’un seul cas que je connais mal, à extrapoler pour soutenir que notre classe politique serait de mèche avec une quelconque mafia. Je préfère passer pour un naïf impénitent plutôt que de commettre le moindre jugement téméraire, simplement pour paraître plus konn tou que d’autres.

En revanche, ceux détenant des preuves incontestables que tel ou tel politicien ou parti serait proche d’une quelconque mafia, avec un quelconque gang, avec une quelconque vermine, et qui se taisent ou qui n’osent pas fournir leurs preuves à la Police, sinon au public, sont encore plus coupables que les pires de nos politicards et autres gangsters.

* On parle beaucoup de consommateurs, de passeurs et de petits trafiquants arrêtés. Mais où sont les gros trafiquants, les commanditaires et surtout les financiers qui se trouvent derrière ces réseaux ? Avons-nous aujourd’hui une véritable stratégie nationale contre la drogue, ou sommes-nous essentiellement dans une politique de réaction au cas par cas ?

Je n’ai aucune compétence en matière de lutte antidrogue. Je ne connais aucun gros trafiquant de drogue (ni petit, d’ailleurs). Encore moins les commanditaires et les financiers derrière ces réseaux. N’étant d’aucun secours à celles et ceux risquant, jour après jour, leur vie et celle de leurs proches pour combattre le commerce de la mort, je leur fais pleinement confiance. Je sais que leur tâche herculéenne est pleine de risques.

Je déplore toutefois que de graves dénonciations aient été faites publiquement et reprises par nos valeureux journaux, mais en pure perte. Je me souviens plus particulièrement, dans les années 1980-90, de l’affichage, dans le centre de Port-Louis, des noms de hauts gradés de la police, accusés de complicité avec la mafia de la drogue. Il n’y eut aucune suite à cela. Indifférence générale, à commencer par l’Hôtel du Gouvernement et les « cavernes centrales ». Un travailleur social a, depuis, pris le risque, au XXe siècle, de publier dans au moins un journal une liste de dealers avec leurs coordonnées et lieux de travail, sinon de vente de drogue, dans des rues de Port-Louis. Même coup d’épée dans l’eau. L’impunité est l’ennemi N° 1 des Mauriciens.

Le seul et dernier article sur la drogue à Maurice que j’ai écrit, au XXe siècle, sinon lors d’un précédent millénaire, disait ceci : je n’ai aucune suggestion à faire en matière de lutte antidrogue. En revanche, je proposais de couper l’herbe sous les pieds du trafic de la drogue, du commerce de la mort, en permettant à notre Police d’offrir gratuitement à nos toxicomanes leur ration quotidienne narcotique, à condition que cette consommation gratuite de drogue se fasse sous contrôle médical, et que ces consommateurs de drogue attendent, dans un endroit sécurisé, sous vigilance policière, que l’effet hallucinogène se dissipe et qu’ils puissent reprendre normalement leurs activités ordinaires.

J’ai par la suite appris, non sans réconfort, qu’un ancien commissaire de prison et l’éminent et combien regretté Claude Michel étaient du même avis. Tous les drogués ne se seraient pas pointés aux portes de cette distribution gratuite. Mais des mères et grand-mères éplorées auraient eu la vie sauve, au lieu d’être trucidées par un enfant ou un petit-enfant venu leur extorquer quelques centaines de roupies pour satisfaire ses pulsions narcotiques.

Satan peut dormir sur ses deux oreilles. Certains Mauriciens sont devenus assez démoniaques pour vouloir enfermer dans le pire esclavage qui soit leur semblable, leur frère. Où trouver pire esclave qu’un zombie ambulant, jeune Mauricien de 2026 de surcroît, emprisonné dans les chaînes de la drogue synthétique ? Le prix coûtant de ce poison est de quelques piécettes. Le commerce de la mort multiplie ce prix par milliers avec la complicité de notre indifférence criminelle.

Nous ne pouvons vaincre la Mafia de la drogue. Mais nous pouvons détruire son trafic tellement juteux. N’oublions pas : la Prohibition puritaine américaine des années 1920 a surtout inventé le mythe d’Al Capone. L’alcool et le tabac sont aussi meurtriers. Ils sont en vente libre ou presque. Gratuite ou vendue à prix d’or, si quelqu’un, un jeune de surcroît, veut s’empoisonner avec la drogue, il saura trouver son poison préféré et se l’offrir.

Avec quelle tristesse nos ancêtres contemplent ce pays nommé Maurice qu’ils nous ont légué et que nous devrons léguer aux enfants de nos enfants…

* La révocation de Sydney Pierre et la controverse entourant l’arrestation du mari de l’ancienne Junior Minister Véronique Leu-Govind, suivie de la démission de cette dernière, ont indéniablement été embarrassantes pour le gouvernement. Considérez-vous ces développements comme des incidents isolés, ou pourraient-ils être le signe de problèmes politiques plus profonds pour le gouvernement et l’Alliance du Changement ?

Si j’étais politicien et qu’un Premier ministre m’offrait un poste de ministre ou de ministre délégué, après m’avoir accordé le ticket électoral triomphateur, faisant enfin de moi un… Honorable, la première chose que je ferais, ce serait de rédiger, séance tenante, ma lettre de démission non datée, que je remettrais au Premier ministre, en lui faisant comprendre qu’il n’aura qu’à la dater pour que ma lettre de démission prenne effet immédiatement.

Mgr Michael Durhône m’accusera peut-être de plagiat. Mais je tiens à mon principe : un Premier ministre m’offre gratuitement une quelconque nomination. Le moins que je puisse faire, c’est de lui offrir gratuitement ma démission sur papier. Libre à lui, par la suite, de la rendre publique si l’électron libre que j’entends demeurer lui cause un quelconque embarras.

Nos petites libertés ou autres problèmes conjugaux ne sont pas de taille à contrecarrer une quelconque tâche gouvernementale. Avec un gouvernement disposant d’une majorité de 60 sièges, il serait difficile de parler d’une véritable gêne gouvernementale après quelques incidents ou difficultés individuelles.

J’ai connu Seewoosagur Ramgoolam dirigeant le pays après la double dévaluation de la roupie de 50 %, avec, au départ, seulement deux voix de majorité, auxquelles devait s’ajouter la dissidence d’Harish Boodhoo. J’ai connu Sir Anerood Jugnauth devant compter sur les quatre voix parlementaires d’Amsterdam Boys pour sauver une misérable majorité parlementaire.

Navin Ramgoolam n’a aucune excuse, pour l’instant, de ne pas faire ce qui doit se faire pour le bien du pays que nous devrons léguer aux enfants de nos enfants, même si, pour cela, il doit piétiner ses promesses électorales, surenchérissant une démagogie adverse ne pouvant conduire notre pays qu’à sa perte.

* Après plusieurs mois au pouvoir, quel bilan faites-vous de la performance du gouvernement de l’Alliance du Changement ? L’impression qui se dégage actuellement est celle d’un gouvernement qui doit encore trouver son rythme et ses marques. Est-ce une perception injuste ou y a-t-il effectivement un problème d’efficacité gouvernementale ?

Laissons à l’Histoire et à la postérité le soin de porter un jugement sur la performance du présent gouvernement 60-0. Navin Ramgoolam a le choix entre une démagogie aussi facile que celle qui a tristement conduit le pays à sa perte entre 2014 et 2024, sous la férule du MSM et de Pravind Jugnauth, ou redresser ce qui peut l’être et restaurer la confiance des décideurs étrangers, dont le FMI et Moody’s, pouvant nous aider ou nous laisser périr si nous persistons dans nos erreurs économiques démagogiques.

Corriger, non pas le gaspillage, mais le pillage des fonds publics, de notre argent nous, contribuables, odieusement pratiqué par le MSM entre 2014 et 2024, est une tâche herculéenne. L’opinion publique, tellement à l’écoute de démagogues de bas étage, médias compris, ne lui saura peut-être aucun gré. Cela pourrait même lui coûter sa réélection en 2029, si notre électorat ne sait pas se ressaisir.

Mais il vaut mieux entrer dans l’Histoire comme celui qui a courageusement essayé de réparer la criminelle gabegie du MSM de 2014-2024, plutôt que d’ambitionner des lauriers aussi flétris.


Mauritius Times ePaper Friday 14 August 2026

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