Année du singe de feu : Année des tensions politiques et des imprévus

L’année 2016, imprévisible à souhait, se termine donc dans un feu d’artifice qui présage d’autres développements.

Souhaitons qu’ils aillent dans le sens d’une consolidation des forces et des valeurs démocratiques de la société

Même ceux qui y attachent une importance toute relative ne pourront s’empêcher de méditer sur les caractéristiques dominantes que les spécialistes accordent à l’année du singe de feu, laquelle s’achève dans environ deux mois ! Cette année facétieuse et imprévisible ouvrirait la porte, nous assuraient les spécialistes, au non-conventionnel, aux conflits, aux dissensions et même à des explosions sociales et politiques. Malgré notre part de cartésianisme, il y a là de quoi alimenter notre imaginaire quand on repense au Brexit imprévisible, à l’élection totalement inattendue de Donald Trump, à la démission forcée de Matteo Renzi en Italie ou encore, en France, au naufrage du grand favori Alain Juppé aux primaires de la droite…

De David Cameron en passant par Hillary Clinton ils pourraient tous reprendre à leur compte la formule de Renzi après sa cuisante défaite lors de ce référendum qu’il avait tant voulu: «Nous avons joué gros et nous n’avons pas simplement perdu, nous avons été balayés !». En fin de compte, ils avaient tous mal lu le «mood» de l’électorat, plus tenté dans chaque cas par une rébellion entièrement assumée et imprévisible plutôt qu’une soumission benoîte.

Pour reprendre quelques idées forces de Camus, la révolte du peuple ou du citoyen contre ce qu’on veut lui imposer «pour son bien» ou «pour le bien du pays» est un droit démocratique inaliénable, réprimé uniquement par des régimes autocratiques ou totalitaires. Hier, avec la clarté rétrospective, on voit bien qu’il s’était manifesté contre une aventure constitutionnelle mal ficelée et dangereuse entre deux partenaires (PTr et MMM), incertains de leurs propres intentions et de leur capacité d’actions communes et concertées.

Aujourd’hui, alors que l’Alliance Lepep, oubliant les sérénades d’un «miracle», réclame à tout bout de champ de la patience, on sent que c’est un droit de refus du citoyen qui naît précisément de la perte de patience ! Les observateurs se départagent sur le mix détonnant justifiant cette impatience énervée du peuple : trop d’abus, trop d’amateurisme sinon même de médiocrité, trop de suffisance ou d’arrogance princière, trop d’affaires suspectes ou louches, trop de reniements, trop de coups bas et de coups tordus internes…

On a vu en Europe un droit grandissant d’indignation contre tous les abus et toutes les dérives. Il pourrait se conjuguer ici avec un haut-le-cœur face à des basses manœuvres dont on ne pressent que trop la raison d’être. Si habiles dans l’Opposition à manœuvrer le ressenti du «peuple», les mêmes au pouvoir semblent déboussolés que la compensation salariale qu’ils jugeaient généreuse (de Rs 125 à Rs 200), compte tenu du taux officiel de l’inflation, ait été vécue comme une véritable provocation…

Ce droit de refus ou d’indignation ne s’inspire ni du ressentiment ou du mépris, mais ne fait que réclamer un retour vers des valeurs, une quête inassouvie, restée lettre morte. Chacun est sûrement loisible de se choisir ses valeurs humanistes et personnelles, mais comme citoyens électeurs, nous ne pouvons que nous référer à celles que l’alliance au pouvoir nous promettait fin 2014 dans le catalogue de monts et merveilles à venir ! Et c’est là où la déception est grande, jusqu’à ronger quelques esprits encore indépendants au sein même de l’Alliance Lepep et dont on se demandait déjà s’il suffirait d’un strapontin ministériel ou d’un poste de PPS à venir, pour les faire rentrer dans les rangs.

Mais revenons plutôt à cette extraordinaire série d’événements de l’année 2016 et qui n’ont pour seul point commun qu’une suite de déconvenues majeures pour l’Alliance Lepep voulant de gré ou de force, continuer sur sa lancée 2015 d’imposer sa loi numérique et ses priorités.

Oublions un instant les promesses de croissance, d’emplois productifs, de gestion avisée d’une économie nationale secouée tant par les retombées post-Rawat que post-Brexit.

Oublions les milliards d’exemptions fiscales généreuses à ceux qui en avaient le moins besoin et qui n’en demandaient pas tant à ce qu’on sache.

Oublions les nominations des intimes, les pigeons-voyageurs dorlotés, les repas cinq-étoiles gratuits et le parfum d’affairisme entourant beaucoup de dossiers et dont certains des plus virulents accusateurs sont des « backbenchers » au sein même du gouvernement.

Oublions les déprédations galopantes de la criminalité et du trafic de drogue, synthétique ou non, et qui n’émeuvent pas outre-mesure certains ministres en vue du gouvernement.

Oublions la saga pathétique des «charges provisoires» qui s’éternisent sans que les dossiers ne recèlent, au final, le moindre délit.

Oublions aussi les facultés des uns et des autres de ne pas savoir ce qui se passe dans le pays, dans des institutions ou dans les Boards tombant sous leurs responsabilités.

Ceci n’est pas un cahier de charges ni un réquisitoire, car les autorités ont leur version des choses sans doute, mais on comprendra que l’impatience du citoyen lambda est grandissante. C’est sur ce fond que se greffent les déboires de l’année 2016 pour l’Alliance Lepep.

Trois séries d’événements ont conféré à l’année 2016 son auréole hors de l’ordinaire et sa capacité de surprendre. D’abord la série de charges provisoires contre l’ancien PM Navin Ramgoolam et d’autres opposants politiques, sont toutes, une à une, rayées en Cour. Dans la lecture du bureau du procureur public (DPP), soit une bonne cinquantaine de légistes expérimentés, et en Cour de justice plutôt que sur la caisse de savon, quelles que soient le poids des pages noircies par les enquêteurs, celles-ci se révèlent plutôt faibles. Dès lors, le sentiment d’injustice, de dérives du pouvoir et de vendetta politique prend de l’ampleur.

Sur ces entrefaites, se dessine la transition de pouvoir entre le père et le fils, une transition qui s’annonce même accélérée pour SAJ. Les formules de SAJ, style «très bientôt» et «pena lot choix !» font mouche ! Dans le charivari et le remue-ménage des entrants et des partants politiques qui s’ensuit, on ne nous voudra pas d’associer cette lamentable mise-à-pied de Megh Pillay comme DG du transporteur national. Le public gronde sa colère qu’on se prépare à lui faire un enfant dynastique dans le dos, sans préavis et sans son consentement ! En vieux routier, SAJ sent le boulet et bat en retraite, en attendant peut-être des circonstances plus favorables, mais la survie politique reste obsédante.

Elle se traduira par ce projet de loi qui débarque à l’improviste à l’Assemblée nationale avec un certificat d’urgence et la nécessité d’amender la Constitution, avec la volonté de se défaire de l’indépendance du Bureau du Procureur tout en faisant d’une pierre trois coups.

D’abord, rendre le DPP et tout son bureau de professionnels redevable à un comité administratif de trois retraités, puisqu’on sent bien que la voie normale de contestation des décisions judiciaires de l’oDPP est autrement plus délicate en Cour.

Ensuite, la rétroactivité du questionnement des décisions de ce Bureau, rendrait la justice chaotique selon la plupart des grands légistes mais la période de trois ans est suspecte. Certains pensent qu’elle pourrait clairement remettre en jeu deux affaires ultra-sensibles pour le pouvoir.

Enfin, la proposition de loi permettrait de toute évidence au fameux Comité de retraités de rouvrir les dossiers classés sans suite concernant Navin Ramgoolam et d’autres opposants politiques.

La manœuvre intempestive était cousue de grosses cordes. Xavier Duval et le PMSD, sur cette question des modifications de la Constitution attentatoires à l’indépendance d’une des rares institutions clefs de la République, claquent la porte du pouvoir, privant Lepep de la majorité des trois quarts. On ne peut que saluer le panache de la deuxième force numérique au Parlement qui, au lieu de profiter ou de guetter des prébendes, des strapontins et des maroquins, font d’autres choix. La fin ne justifie pas tous les moyens.

L’année 2016, imprévisible à souhait, se termine donc dans un feu d’artifice qui présage d’autres développements. Souhaitons qu’ils aillent dans le sens d’une consolidation des forces et des valeurs démocratiques de la société.

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