Thai Poosam Cavadee et symbolisme des offrandes

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Thai Poosam ! Voici revenu le jour solennel ! Le jour qui fait briller d’un éclat plus vif dans le cœur des Tamouls leur amour et leur dévotion pour le seigneur Mourougan ! Ablutions faites, proprement vêtus, nous voilà une fois encore dans la procession des cavadees, dont la vue nous inspire une ferveur plus grande pendant qu’en route pour le temple, nous chantons les louanges du Seigneur.

Comme à l’occasion des autres fêtes religieuses, le coco et la banane tiennent la première place dans nos offrandes à Dieu, mais aujourd’hui ils jouent, ainsi que le lait, un rôle beaucoup plus important. Quelle signification particulière peuvent avoir des choses en apparence aussi banales pour que les Tamouls leur accordent une si grande importance ?

Pour le Tamoul, et pour l’Hindou en général, les trois péchés capitaux sont : la luxure, la haine et l’avarice, qui sont considérées comme les sources des autres péchés. Ensemble, elles forment pour le Tamoul le ‘moumalaam’ (les trois souillures). Aussi longtemps qu’elles subsistent dans le cœur, le salut de l’âme n’est pas possible, malgré toutes les prières, les austérités, les sacrifices et les mortifications. Au fur et à mesure qu’elles diminuent, l’âme progresse sur le chemin du salut. Leur extinction complète amène la libération de l’âme.

« Mais quel rapport a tout cela avec le coco et la banane ? », me diriez-vous. Un rapport étroit. Le coco est renfermé dans trois enveloppes superposées : une peau mince et lisse, une couche de paille et une coque dure. La peau lisse symbolise la luxure, la paille symbolise la haine, qui étouffe toutes les bonnes qualités que l’humain doit posséder, et la coque l’avarice, car que peut-il y avoir de plus dur que le cœur de l’avare ? Il peut voir son frère mourir de faim sans lui donner le moindre morceau de pain.

La noix de coco, qui a plus ou moins la forme d’un cœur, a trois yeux, dont deux sont durs et seul le troisième peut être ouvert. Les deux yeux durs symbolisent nos yeux physiques, qui ne voient pas les choses spirituelles et le troisième, notre œil de sagesse, que nous devons, par la pratique des vertus et les pratiques religieuses, nous efforcer d’ouvrir et de rendre semblable à l’œil frontal de Siva. Cassez maintenant cette noix de coco et vous constatez que l’intérieur est d’une blancheur immaculée, ce qui symbolise la pureté. La philosophie en est que nous devons demander à Dieu de purifier notre âme, afin qu’elle puisse retourner à sa source, c’est-à-dire à Dieu lui-même. C’est une leçon pour les avares surtout.

Autrefois, au cours de la procession du Cavadee, on brisait des centaines de cocos sur la route. Les gens ramassaient pieusement les morceaux éparpillés comme une chose sacrée. C’était peut-être une façon très philosophique de dire aux assistants :

« O, vous, qui en ce jour observez tant d’actes religieux, n’oubliez pas que tous ces actes ne servent à rien, si votre cœur est le moindrement impur. Demandez donc à Mourougan sa grâce, lui seul peut vous aider à rendre votre âme aussi pure et votre langage aussi doux que le coco que vous ramassez. »

La banane nous rappelle que nous devons donner à notre caractère et à notre langage la douceur de ce fruit. Mais il y a des fruits qui sont aussi doux que les bananes, par exemple la mangue et le jacques. Pourquoi donc préférons-nous la banane ? C’est parce que ces fruits-là sont saisonniers, tandis que la banane, comme le coco, est disponible d’un bout de l’année à l’autre. Le coco et la banane nous font comprendre que notre douceur ne doit pas être périodique, mais constante pendant toute la durée de notre existence.

Nous voyons donc que le coco est rare et a une valeur plus philosophique que religieuse. Si donc le coco est rare ou est vendu à un prix élevé, il n’est plus nécessaire d’en offrir un grand nombre à Dieu. On peut, sans inquiétude, en offrir un seul. Il n’est nullement nécessaire de faire des dépenses inutiles pour plaire à Dieu.

Aussi important que le coco et la banane est le lait pour le Cavadee. Quand on fait une offrande à Dieu, on doit choisir quelque chose de pur et de sacré. Le lait tient une place très importante dans les cérémonies religieuses parce qu’il provient de la vache, qui est, avec raison, considérée comme sacrée par les Hindous. Elle nous donne du lait, nourriture complète, qui sauve la vie de millions de bébés et de malades. C’est aussi un des meilleurs contrepoisons. Et puisque presque tout le monde consomme du lait depuis la naissance jusqu’à la mort, on peut dire que la vache est une seconde maman pour l’humanité. Le proverbe tamoul suivant met en relief la nature sacrée de la vie. « Il n’y a point de temple plus sacré qu’une mère. »

Le vaccin, qui a aidé à maîtriser la variole, est préparé avec de la lymphe provenant de la vache. Cette maladie emportait autrefois des centaines de milliers de gens chaque année, laissant son empreinte sur le visage de ceux qui avaient la chance d’en être guéris. L’excrément même de la vache, est un puissant microbicide, alors que l’excrément des autres animaux est un terrain fertile au développement des microbes.

Son parent, le bœuf, n’est pas moins utile. En effet, sans le bœuf, la nation indienne n’existerait plus, car sans lui l’agriculture en Inde ne serait pas possible. Dans certaines parties de ce pays, dans le sud surtout, la charrue millénaire, tirée par des bœufs, ne peut aujourd’hui pas encore être remplacée par le tracteur, la nature du sol ne le permettant pas. C’est pourquoi la mythologie hindoue a fait du bœuf la monture de Siva. Le mot ‘djiva’ signifie vie. Le bœuf portant Siva (le nandi) signifie que le bœuf supporte la vie de la nation indienne.

Sa fiente sert de fumier pour engraisser la terre. Séchée, elle sert aussi de combustible. C’est le bœuf qui tire la charrue ; c’est lui qui rend la terre meuble en marchant dans les champs labourés et recouverts d’eau ; c’est lui qui transporte le paddy (riz non décortiqué) du champ à la grange ; c’est lui qui transporte le riz de la grange à la boutique. Pour toutes ces raisons, la vache et la race bovine en général, sont considérées comme sacrées par les Hindous.

Une autre offrande à Mourougan le jour du cavadee est le ‘tinxi-ma’, préparé avec de la farine de millet et du miel. C’est surtout en l’honneur de Valli, une des épouses de Mourougan. D’après la légende, Valli est née dans une famille de Kuruvars considérée comme une des castes inférieures. Le millet est la nourriture de base de cette caste. Le miel fait aussi partie de leur alimentation. Dans certaines de leurs cérémonies, le miel est abondamment consommé. Jeune fille, Valli s’occupait à éloigner les oiseaux du champ de millet de sa famille. C’est là que Mourougan l’a rencontrée pour la première fois avant leur mariage.

Il y a une grande leçon à tirer de ce mariage de Mourougan avec Valli. En épousant une fille d’une caste supposée inférieure, Mourougan nous enseigne que la supériorité ou l’infériorité de caste n’existent pas, que nous sommes tous égaux sur cette Terre et que nous ne devons considérer personne comme étant inférieur à cause de sa naissance :

Avvéyar nous dit:

‘Il n’existe sur la terre que deux castes.

Ceux qui observent les lois morales

Et font la charité sont de la caste supérieure.

Les autres sont de la caste inférieure.’

Et Suddhananda Bharati dit:

‘Parler de castes est illusion

Nul n’est caste inférieure ici-bas.

Les humains n’appartiennent tous

Qu’à une seule caste. Sachez-le.’

 

L’autre épouse de Mourougan est Deivayanei. Ces deux épouses de Mourougan représentent la volonté et la présence de Dieu, personnifiées.

Comme ornement au cavadee, on attache aux quatre coins une gerbe de vétiver, plante originaire du sud de l’inde. « Vétiver » provient du mot tamoul : ‘ vettr-verr’.

Autrefois, on se servait de plumes de paon au lieu de vétiver. Certains commerçants tamouls en importaient en grandes quantités de l’Inde à l’approche du Cavadee.

Feu Mootocoomaren Sangeelee (1901-1996), inspecteur des écoles était l’auteur de plusieurs ouvrages, dont des manuels scolaires en français et en anglais, utilisés dans toutes les écoles de Maurice. Il avait traduit beaucoup de textes en français. Ceux-ci traitaient de la littérature tamoule et dispensaient un enseignement universel. Il œuvra jusqu’à un âge fort avancé en faveur de l’épanouissement de la langue et de la culture tamoules à Maurice et à la Réunion. — Kavinien Karupudayyan

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* Published in print edition on 30 January  2015

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