A Jane « qui fait son petit bonhomme de chemin »

Dans son acceptation moderne, un petit bonhomme est un personnage griffonné ou un enfant. Mais ce n’est pas dans ce sens qu’il faut entendre cette expression : il s’agit ici d’une démarche empreinte de bonhomie, c’est-à-dire caractérisée par le bon cœur, la sérénité, la gentillesse. Ces attributs s’opposent à un cheminement brillant, bruyant ou rapide.

— ‘Passez-moi l’expression en anglais’, Editions Belin

La victoire de la jeune Mauricienne, Jane Constance, au concours de The Voice Kids en France représente l’une de ces occasions de bonheur collectif que le peuple mauricien semble appeler de tous ses vœux à chaque fois qu’une opportunité se présente.

C’est surtout dans le domaine sportif qu’il nous a été donné de vivre de telles expériences de manière plutôt régulière ces dernières années. Il ne fait pas de doute que ce genre d’évènements constitue un élixir essentiel qui nourrit à la racine le fondement de la nation mauricienne. Pendant quelques jours la nation mauricienne vibre en communion avec ces jeunes athlètes et leur entourage lorsqu’ils ont tenu haut le flambeau de la nation dans diverses disciplines lors de compétitions internationales.

Ainsi en a-t-il été avec Jane et ses parents, sauf que sans vouloir diminuer en rien le mérite de tous ceux qui par leur courage et leur dévouement nous ont procuré ces instants magiques jusqu’ici, il est certain que la victoire de Jane constitue un cas très particulier sinon hors du commun au vu des circonstances qui l’entourent. L’émotion soulevée par la réussite de Jane et son cheminement tout à fait exceptionnel aura donc été à la mesure de l’exploit qu’elle a réalisé.

Ceci étant dit, nous pensons avoir respecté un temps de grâce nécessaire avant de profiter de cet évènement pour partager quelques réflexions tout en rendant hommage à Jane Constance.

JANE : Un vent de fraîcheur dans une atmosphère qui devient par moment irrespirable, une lueur qui vient à point pour éclaircir un ciel qui ne cesse de s’alourdir. La nouvelle de la victoire de la jeune représentante mauricienne a contribué à ramener le sourire sur des visages plutôt tendus ces temps derniers. L’espace de quelques jours, les « scandales » ont cédé la Une à la « réussite ».

JANE : Une leçon donnée par un petit bout de jeune fille qui démontre encore une fois qu’à force d’efforts, de persévérance et de courage, mais aussi avec le soutien et la compréhension de son entourage, on peut réaliser ses plus beaux rêves. Même s’il est vrai que n’est pas Jane qui veut, il n’empêche que le degré de civilisation d’une République pourrait être jugé à l’aune de sa capacité à permettre à chaque citoyen de réaliser ses potentialités créatrices.

JANE : Une grande victoire, dans un concours international où ses talents ont brillé de mille feux, aura contribué à consolider cette image de Maurice, petit paradis où les miracles peuvent être accomplis, pas forcément par une quelconque intervention divine mais certainement par un leadership éclairé et une volonté féroce de surmonter les contraintes qui semblent de prime abord insurmontables – à titre d’exemple Maurice réalisant son premier « miracle économique » malgré toutes les contraintes naturelles et géographiques de notre pays.

JANE : Démonstration vivante qui vient nous rappeler qu’il y a du vrai dans le dicton selon lequel les obstacles qui se dressent sur notre route nous paraissent quelques fois infranchissables sur le moment. Or, ce qui fait la différence, c’est la détermination de ne pas en faire une fatalité insurmontable.

JANE : Celle qui n’a de cesse de proclamer qu’elle ne désire qu’une chose – rester humble après avoir eu le mérite de réaliser un parcours exceptionnel et hors du commun. Contraste saisissant dans un pays où les dirigeants, très souvent moins méritoires, ont pour habitude de proclamer le droit à l’excès et le droit à une considération exceptionnelle due à leur « rang ».

JANE : Un devoir de rappel par rapport à tous ces autres « Mozart assassinés » Que de talents perdus parce qu’ils n’ont jamais été « détectés », correctement guidés et soutenus. Les quelques trop rares occasions qui se présentent donnent, par ailleurs, une indication nette de la somme de talents artistiques à l’état brut qui ne demandent qu’à être « encadrés ». A quand une politique visant à valoriser cette formidable richesse ?

Pour conclure, on ne peut que souhaiter à Jane que tous ses rêves puissent se matérialiser et la remercier pour ces moments de bonheur qu’elle a su procurer à toute la nation mauricienne pendant ces quelques jours.

  • Published in print edition on 6 November 2015

Add a Comment

Your email address will not be published.