Moi President, Toi Premier Ministre…

Le déferlement de scandales les uns plus scabreux que les autres vontils finir par rendre la population de Maurice totalement blasée?

Déjà, l’actualité pré-électorale de l’année 2014 était dominée par les « mamours » entre les leaders des deux plus grands partis politiques du pays, ceux-là même qui nous concoctaient la formule « imbattable » qui devait constituer la rampe de lancement d’un pays « phare ».

Entre les sautes d’humeur et les déclarations fracassantes qui parsemaient un cheminement caractérisé par des « on and off » quasi-hebdomadaires, le bon peuple était convié à un spectacle des plus affligeants. Le Parlement, souvenez-vous, avait été quasiment suspendu durant toute la durée de ces fameux « coze coze », tellement cruciaux pour l’avenir du pays que tous les neurones de nos dirigeants devaient se focaliser sur cette œuvre gigantesque qui devait accoucher d’un accord « historique » et déterminant pour l’avenir de notre pays.

La formule gagnante et taillée sur mesure pour faire avancer les intérêts de la nation était enfin annoncée avec grande pompe par les dirigeants envers lesquels le peuple devait, semble-t-il, dès lors, être éternellement reconnaissant pour les efforts consentis pendant quasiment une année au prix de grands sacrifices et de durs labeurs.

Rassuré sur le fait qu’une autre grande victoire électorale se dessinait à l’horizon, suite à un arrangement plutôt tortueux dont les deux leaders semblaient être les seuls à saisir tous les contours, ces derniers (beaux joueurs) avaient même accordé le temps à l’opposition de se regrouper en annonçant des élections quelques mois plus tard. L’un des deux dirigeants, sans fausse modestie, était parti entre-temps à Londres discourir sur la vie et l’œuvre de Mahatma Gandhi.

Le leader du MSM, qui avait été lui-même chouchouté pendant un certain temps par l’un des protagonistes, avait finalement été rejeté dans ce que d’aucuns, d’après la formule consacrée, entrevoyaient déjà comme la poubelle de l’histoire. Or, de par une de ces tournures des plus rocambolesques que seule la politique politicienne peut nous réserver, il s’est avéré que ce malheur s’est éventuellement transformé en bénédiction (divine, selon un grand nombre de Mauriciens) !

En effet, ne voilà-t-il pas que les électeurs mauriciens, faisant preuve d’une maturité démocratique que beaucoup de peuples nous envieraient, ont choisi d’infliger une gifle magistrale à ceux qui étaient immanquablement perçus comme des apprentis sorciers ès constitutions.

En cette date fatidique du 10 décembre dernier, les résultats des urnes ont été, pour dire le moins, renversants pour un grand nombre et non des moindres. Ceux-ci avaient prédit que l’addition des votes des deux grands partis assurerait une victoire écrasante à l’alliance des deux plus grands partis du pays, et ce, même si les circonstances dans lesquelles se tenaient les élections comportaient un certain risque de rejet d’une fraction de leur électorat traditionnel.

Dans l’ensemble, cependant, ces résultats ont été accueillis par un « ouf » de soulagement très perceptible dans la population. A tel point que l’un des plus ardents défenseurs de l’ancien régime concédait, il y a quelques jours à la radio, ce qu’un grand nombre de ses semblables disaient tout bas — cette défaite a été pour dire le moins un mal pour un bien même si l’on se refuse obstinément à en tirer les conclusions les plus évidentes…

En fin de compte, le prix à payer pour cette année de tergiversations politiques et de comportements (dont le cynisme n’avait d’égal que l’arrogance des principaux acteurs) a été extrêmement élevé. Les deux responsables ont été lourdement sanctionnés par leur électorat respectif. Or, la question essentielle qui se pose aujourd’hui est celle de savoir si la vraie leçon à tirer de cette condamnation sans équivoque de la part de l’électorat peut encore être mise sur le compte d’une simple défaillance dans les stratégies des perdants ou si elle ne représente pas en réalité une protestation et un ras-le-bol fondamental par rapport à la manière de faire de la politique depuis maintenant des décades.

Autrement dit, peut-on encore envisager de prendre les mêmes et de recommencer ? Selon la réponse que l’on apporte à cette question, on peut encore soit se ranger derrière les mêmes leaders qui nous ont menés là où nous sommes aujourd’hui, ou aller voir ailleurs. En quoi serait-on déraisonnable si, suivant un quart de siècle de Ramgoolamisme (Navin) et presqu’un demi-siècle de Bérengisme, et du régime du père Jugnauth, on postulait que le temps du changement est enfin arrivé ?

Les cimetières, selon l’expression consacrée, ne sont-ils pas tous remplis d’hommes (surtout) indispensables ? Disons-le donc sans ambages : nous pensons exprimer le sentiment du plus grand nombre en affirmant que l’ère des Anerood Jugnauth, Paul Bérenger et autres Navin Ramgoolam est révolue. La profonde ironie de la situation ne passera certainement pas inaperçue pour les observateurs avertis. Le seul des trois qui vient d’être largement plébiscité par l’électorat a clairement indiqué qu’il souhaite se retirer au plus tôt. A bon entendeur, salut.

Les configurations et reconfigurations d’alliances et de mésalliances ont constitué l’essentiel des « calculs politiciens » qui ont guidé l’action de nos dirigeants depuis la fin du siècle dernier. Or, l’on constate que ce genre d’hyperactivités relationnelles a la faculté d’occulter la POLITIQUE de la vie de la Cité. Les idées, les idéologies, la pensée tout court ont fini par fuir le champ de la politique. La nature, n’aimant pas le vide, ce sont les « arrangements » ponctuels entre les différents acteurs qui ont eu droit de Cité. Le meilleur « deal » étant, bien sûr, celui qui représente la garantie d’accéder ou de rester au pouvoir.

Pour notre part, il nous semble difficilement concevable que ceux, ayant bâti leur réputation de stratège politique sur une telle conception de la gouvernance, soient encore capables de se convertir à la grande tâche de réintroduction de la POLITIQUE dans la Cité.

* Published in print edition on 8 May  2015

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