Les grandes manœuvres de l’opposition

L’annonce de la cassure de l’Entente PTr-MMM-PMSD au lendemain d’une interview grand format de Nando Bodha sur une radio privée n’est pas le fait du hasard.

By Jean-Max Baya

« Cette cassure a le mérite de rendre les choses plus claires dans le camp de l’opposition où le Parti Travailliste se trouve désormais isolé malgré le fait que sa représentation numérique au Parlement est supérieure à celle du MMM et du PMSD séparément. Il y a fort à parier que la prochaine étape sera une plateforme parlementaire commune de ces deux partis pour ravir le poste de leader de l’Opposition à Arvin Boolell, ce qui ne pourra qu’affaiblir davantage le PTr qui a fêté cette semaine ses 85 ans. Les “rouges” paient en fait le prix de l’impopularité de leur leader… »


Ce qui était prévisible depuis le départ est finalement arrivé. La décision du MMM, du PMSD et du Reform Party de mettre un terme à l’entente de l’opposition en se séparant du Parti Travailliste n’étonne personne. C’était un secret de polichinelle que le feu couvait sous les cendres dès la constitution de ce regroupement hétéroclite.

Il était évident que le seul désir d’obtenir la démission de Pravind Jugnauth et de son gouvernement n’allait pas suffire à créer la cohésion nécessaire d’autant que l’opposition parlementaire n’arrivait pas à trouver ses marques une année après les élections générales, et ce, malgré les nombreuses casseroles que traîne le gouvernement depuis son accession au pouvoir en décembre 2019. L’initiative de la manifestation du 13 février a permis tout au plus de créer un semblant d’unité pendant quelques semaines alors que le ver était déjà dans le fruit.

La démission de Nando Bodha n’a fait que précipiter une cassure que l’on prévoyait déjà. En fait, tout le scénario était écrit d’avance et Pravind Jugnauth a sans doute vu juste quand il déclarait que la démission de son ministre, et secrétaire général du parti majoritaire, était une manœuvre de l’opposition plus particulièrement de Paul Bérenger. La séquence ainsi que le “timing” des événements intervenus depuis le départ de Nando Bodha du gouvernement semblent lui donner raison. L’annonce de la cassure au lendemain d’une interview grand format de Nando Bodha sur une radio privée n’est pas le fait du hasard. Une interview au cours de laquelle ce dernier n’a pas nié ses ambitions premier ministérielles. Ce qui n’est pas peu dire.

Néanmoins, cette cassure a le mérite de rendre les choses plus claires dans le camp de l’opposition où le Parti Travailliste se trouve désormais isolé malgré le fait que sa représentation numérique au Parlement est supérieure à celle du MMM et du PMSD séparément. Il y a fort à parier que la prochaine étape sera une plateforme parlementaire commune de ces deux partis pour ravir le poste de leader de l’Opposition à Arvin Boolell, ce qui ne pourra qu’affaiblir davantage le PTr qui a fêté cette semaine ses 85 ans. Les “rouges” paient en fait le prix de l’impopularité de leur leader.

Il convient de noter également que ces manœuvres politiques interviennent à l’approche des échéances pour la tenue des élections municipales prévues au mois de juin. La nouvelle configuration dans le camp de l’opposition, dont les trois alliés ((MMM, PMSD et Reform Party) disposent de solides assises en milieu urbain, devrait rendre la prochaine joute intéressante à suivre. Les résultats de ces élections détermineront à n’en pas douter d’importants développements politiques non seulement dans le camp de l’opposition mais aussi dans celui du Gouvernement.

Si la nouvelle configuration créée par le triumvirat de l’opposition devrait être soutenue par le mouvement citoyen, qui a pris forme ces derniers mois, et par les ‘Avengers’ de Rama Valayden, nous assisterons alors à une redéfinition des contours politiques du pays ; en dire plus serait de la politique fiction.


* Published in print edition on 26 February 2021

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