Refléxions (Im)Pertinentes

Alliances et Enjeux Politiques et Economiques

Avec ou sans la dissolution du Parlement durant la première semaine d’octobre, il est maintenant évident que nous sommes déjà engagés dans une campagne électorale qui va s’avérer vitale pour l’avenir du pays. Même si toute élection générale est un tournant, celle à venir est d’autant plus cruciale qu’elle vise à faire entériner, par l’électorat, de profonds changements dans le système de gouvernance de notre pays.

Vu les enjeux, on peut s’attendre à ce que Navin Ramgoolam adopte une approche qui fasse une place importante aux explications, surtout par rapport à son électorat traditionnel et les conséquences des réformes électorales et constitutionnelles proposées dans le document qui a été paraphé samedi dernier par les deux partenaires de la nouvelle Alliance.

Depuis les élections de 1967 qui s’étaient effectivement transformées en « référendum » pour ou contre l’indépendance du pays, l’on n’aura pas vécu une élection qui revêt une importance égale à celle à venir. Il y a, en effet, deux enjeux vitaux pour l’avenir du pays qui seront en ballottage lors de ces élections.

Il y a d’abord la question des changements structurels et constitutionnels et ensuite la mise en place d’une nouvelle combinaison inédite (PTr-MMM) depuis 1995. Il incombera à cette dernière la tâche de définir des solutions appropriées pour les grands défis économiques auxquels fait face le pays en ce moment.

Même si les élections de 1983, suite à la « cassure » du gouvernement MMM-PSM, avaient soulevé des passions qui en avaient fait une des plus « violentes » dans les annales de notre démocratie parlementaire, elles ne sont pas comparables aux prochaines élections quant aux conséquences que celles-ci vont avoir sur la configuration de l’échiquier politique.

Le deuxième enjeu est celui du modèle économique qu’adoptera le pays pour assurer un meilleur avenir à la population mauricienne dans son ensemble. Selon toute vraisemblance, cette tâche sera assurée par le tandem Berenger-Sithanen en tant que Premier ministre et ministre des Finances respectivement. Le moins que l’on puisse dire est que le précédent passage de Rama Sithanen aux Finances, épaulé par le secrétaire financier Ali Mansoor, n’a pas fait que des heureux.

Plusieurs mesures adoptées par eux avaient été vivement contestées à l’intérieur du gouvernement et par une partie de l’électorat du Parti travailliste pour être ensuite révoquées par le successeur du Grand Argentier. Il n’empêche que le grand retour annoncé de Rama Sithanen est un témoignage de la confiance que le Premier ministre lui accorde malgré les déboires du passé. Tout ceci est en droite ligne avec un leitmotiv de la présente Alliance qui semble être « Du passé, faisons table rase » car ce qui importe, c’est l’avenir.

Il est vrai que les défis – qui doivent être relevés par le nouveau gouvernement qui sera issu des urnes lors des prochaines élections – sont véritablement complexes. La mise en commun des intelligences politiques pour trouver les solutions appropriées est donc quelque chose de très positif. A ce propos, une des questions qui se pose est celle de savoir comment sera gérée cette situation inédite entre le Président, le Premier ministre et le ministre des Finances.

Un Président, qui sera élu au suffrage universel et jouissant d’un certain nombre de pouvoirs, voudra certainement et légitimement influencer l’orientation de la politique économique du pays. A la lumière de ce que nous avons pu percevoir lors des semaines écoulées, le « chemistry » au sein de ce triumvirat semble très bien fonctionner – ce qui est de très bonne augure pour l’avenir. L’expérience a démontré cependant qu’il serait souhaitable de tirer profit de ces bonnes dispositions afin de définir les règles du jeu et, ainsi, mettre en place une structure formelle pour assurer le bon fonctionnement du processus.

Au-delà des hommes qui la composent, une Alliance en politique ou dans tout autre domaine est tout sauf une fusion. Dans ce dernier cas, les parties en présence sont déterminées à mettre fin à tout ce qui les différencie pour se fondre en une nouvelle structure avec une identité unique. Dans le cas d’une Alliance, les acteurs décident d’un commun accord, tout en gardant leurs identités propres et en pleine conscience de ce qui les différencie par ailleurs, de réunir leurs forces et leurs ressources dans une conjoncture donnée, afin d’atteindre un certain nombre d’objectifs clairement définis selon un calendrier déterminé.

C’est pour cette raison que le leader du MMM souhaite que les choses se précisent au plus tôt en ce qui concerne le calendrier et les échéances telles que la date de la dissolution du Parlement qui mettra en branle une suite programmée. L’alliance sera véritablement entérinée dès lors que ce calendrier sera annoncé et que les deux leaders seront également responsables de la marche des événements.

Une alliance fonctionne de manière optimale lorsque les parties qui la composent sont complémentaires, les forces des uns aidant à mitiger les faiblesses des autres. Dans un cas idéal, les synergies qui découlent d’un tel exercice sont décrites par cette fameuse formule selon laquelle l’ensemble qui en découle représente plus que la somme des parties qui la composent.

Les leaders du Parti travailliste et du MMM sont définitivement convaincus que tel est le cas et sont donc confiants qu’une victoire se chiffrant à 60-0 est possible même si ceci, selon leurs dires, n’est pas nécessairement l’objectif visé. Il est également vrai que les synergies dont il est question ici ne coulent pas de source. Encore faut-il déployer les efforts pour convaincre l’électorat de la justesse de la proposition. La nature de la campagne, le manifeste électoral et les messages qui transpireront de ces manœuvres influenceront surtout une frange de l’électorat non partisan qui ferait son choix selon les informations communiquées par ces moyens.

A ce jour, les adversaires de l’Alliance Parti travailliste-MMM n’ont pas annoncé la conclusion de leur propre alliance qui est en gestation depuis quelque temps déjà. Faut-il préciser que la nature de la prochaine joute électorale sera aussi déterminée par les thèmes et le style de campagne que celle-ci adoptera.


* Published in print edition on 26 September 2014

Add a Comment

Your email address will not be published.