L’alliance est acquise : comment minimiser les dommages collatéraux ?

Les deux dirigeants des principaux partis politiques du pays sont déterminés à s’entendre sur un certain nombre de sujets concernant l’introduction d’une réforme électorale et éventuellement la mise en place d’une Deuxième République.

Les tenants et aboutissants de ce dernier projet demeurent encore très nébuleux tandis que, dans le cas de la réforme électorale, le Premier ministre a déjà présenté publiquement ses propositions qui, semble-t-il, pourrait aboutir à une plateforme consensuelle.

L’élément majeur qui lui permettrait de réussir serait le fait qu’il ait tenu à donner l’assurance quant au principe « qu’à la proclamation des résultats des élections, avant même l’intervention de la proportionnelle, on saura qui est le vainqueur définitif des élections ». En d’autres termes, la proportionnelle ne pourra, en aucun cas de figure, changer ce résultat.

Il est reconnu que des dirigeants qui souhaitent des changements radicaux dans leur environnement d’opération (que ce soit en entreprise ou pour un pays) sont souvent motivés par l’existence d’une disparité évidente entre leurs aspirations profondes et leurs réalisations. Dans le cas qui nous concerne, les deux dirigeants aspirent à une mise à jour sinon une modernisation de notre système électoral afin d’en éliminer les tares les plus visibles – décommunalisation » de la Constitution et prévenir les aberrations liées à la représentation numérique des partis au Parlement par rapport aux suffrages exprimés lors d’une élection.

Or, et c’est tant mieux pour la démocratie, la seule volonté des chefs, quoique déterminante, n’est pas suffisante pour la réalisation de ces projets. Autant les intentions et les objectifs des dirigeants des partis qui mènent la charge semblent claires et nettes, autant il est difficile de prévoir le cheminement qui mènerait vers la réalisation de ces objectifs. C’est ainsi que, paraît-il, ayant été pris de court par les réactions plutôt virulentes d’un certain nombre de partisans de son parti, le leader du MMM a marqué le pas – d’où un semblant de calme.

Ce n’est pas le calme « avant », mais bien celui qui arrive « après » les premières rafales de la tempête, et l’on se retrouve actuellement dans l’œil du cyclone. Tempête politique qui a, elle-même, surpris toutes les composantes de la population tant elle a été soudaine et sans avertissement aucun. Calme par ailleurs trompeur tant des manœuvres secrètes (et là il ne s’agit pas seulement des partis politiques) doivent se dérouler en ce moment même derrière des rideaux particulièrement opaques.

Une forte volonté des leaders et leur engagement personnel envers l’aboutissement de leurs projets contribuent souvent de manière efficace à surmonter les obstacles et à aplanir les difficultés qui se présentent à eux. Cependant, il est aussi vrai que des décisions ne sont pas prises et des projets ne sont pas élaborés dans un vide institutionnel. Le contexte dans lequel ces actions sont entreprises pose souvent des contraintes qui demandent à être gérées intelligemment.

Dans le domaine politique, ces contraintes se déclinent en termes de

–       divers groupes d’intérêts qui sont en concurrence à l’intérieur même d’un parti ;

–       comportement des individus qui seront affectés par la décision de manière négative ;

–       l’adhésion ou non de l’opinion publique au projet ;

–       l’intensité et la portée des actions entreprises par les adversaires du projet ;

–       engagements publics et d’actions récentes des partis en présence.

Il faut aussi souligner que ces éléments ne sont pas nécessairement indépendants les uns des autres. Une opinion publique favorable ou non peut, par exemple, avoir une influence directe sur le comportement de ceux concernés.

Navin Ramgoolam et Paul Bérenger vont tout mettre en œuvre afin de « vendre » leur projet à la population aussi bien qu’à ceux qui doivent s’engager dans le processus menant à l’aboutissement du projet, notamment, les députés de l’Assemblée nationale. Ils vont devoir trouver la communication qui soit adaptée aux nombreux groupes auxquels ils s’adressent.

En sus de ceux qui s’expriment ouvertement et avancent les raisons de leur opposition aux propositions présentées, les observateurs attentifs auront aussi constaté qu’une campagne plutôt sournoise a été déclenchée dans certains milieux sur des bases à peine avouables.

Cependant, le plus gros défi auquel fait face cet exercice demeure le point d’articulation entre l’accord sur la réforme électorale et le projet d’alliance entre le Parti Travailliste et le MMM. Pour les partisans travaillistes, ces deux éléments sont indissociables, c’est-à-dire que, sans alliance, il n’y a aucune nécessité de réforme électorale (faisant ainsi abstraction des problèmes légaux et autre requête du Sous-comité des Nations Unies, à l’origine de toute la démarche).

Pour un grand nombre de militants, par contre, l’équation se présente de façon tout à fait différente. Un courant parmi eux imagine même le MMM partant seul aux élections dans le cadre d’un système électoral réformé. Leur leader aura fort à faire pour leur faire comprendre toutes les contraintes du « realpolitik » dans lequel il s’est engagé.

Gageons qu’ayant vu d’autres, il saura utiliser les arguments nécessaires pour les convaincre, même si une petite concession tactique a été notée dans sa dernière déclaration selon laquelle toutes les options demeurent ouvertes. Ce recul circonstanciel servant, par ailleurs, ses desseins dans les négociations en cours avec Navin Ramgoolam.

Quant à ce dernier, sa tâche ne s’annonce pas moins compliquée. Il aura à gérer le fait qu’un certain nombre de ses élus actuels ne seront pas éligibles pour des « tickets » pour les prochaines élections. Cependant, sa marge de manœuvre est plus large dans la mesure où il pourrait légitimement s’octroyer le manteau de fin tacticien qui a déjà atteint le premier objectif de mettre fin au «Remake ».

Ajoutons que cette fameuse dose de « méfiance » qui, paraît-il, existerait chez les dirigeants et partisans du MMM vis-à-vis de Navin Ramgoolam, n’est pas réciproque quand il s’agit de ses partisans qui voient bien plus d’avantages dans une alliance PTr-MMM que de menaces.

Les vrais contraintes de Navin Ramgoolam sont en réalité celles qu’il s’imposera à lui-même en gardant en tête le rôle et l’enracinement historique de la lutte menée par son parti ainsi que l’empreinte qu’il veut laisser dans l’Histoire du pays.


* Published in print edition on 25 April 2014

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