Observations & Tendances

Elections 2019

Le panachage des suffrages et l’abstentionnisme demeurent des facteurs clés influençant l’attribution des sièges

By O.R.A.C
(Opinion Research Analysis Consult)

Demain le 7 novembre : 911,320 électeurs sont appelés à glisser leur bulletin de vote dans l’urne pour désigner les 60 députés mauriciens qui siègeront avec les deux élus rodriguais et les Best Losers au Parlement national. Soit 4,130 inscrits de plus qu’aux dernières élections de 2014 ou un accroissement de 0.45%. Le nombre de candidats s’élève au nombre record de 817 dont 148 candidates.

83 candidats brigueront les suffrages dans la seule circonscription de Pamplemousses/Triolet (No. 5).Cette circonscription comprend le plus grand nombre d’électeurs soit 65,115, dépassant celles de Savanne/Rivière Noire (No.14) et La Caverne/ Phoenix (No.15) où sont inscrits 63,500 et 57,256 électeurs respectivement.

Trois ‘grandes’ formations sont en compétition directe pour se retrouver à la direction du pays dont deux alliances – l’Alliance Morisien menée par le MSM, et l’Alliance Nationale conduite par le Parti Travailliste -, et le MMM.

Les ‘petits’ partis habituellement présents à ce rendez-vous sont là, à l’exception de Rezistans ek Alternativ dont les candidatures ont été rejetées pour non-déclaration de leur appartenance ethnique. Le parti animé par Jack Bizlall est absent pour ces élections générales-ci.

Ces législatives se dérouleront pour la première fois depuis 1976 selon la formule d’une lutte à trois, ce qui est considérée par les observateurs comme étant incompatible avec notre système électoral majoritaire – First Past The Post (FPTP). En effet, depuis 1976, les neuf élections générales se sont déroulées dans un contexte de confrontation bipolaire.

Rétrospective

La formule d’une lutte à trois dans le cadre du système FPTP accentue l’émiettement des voix et ne permet pas un dénouement clair. En1976, trois grandes formations se disputent lors des législatives.

  • Le MMM se retrouve à la première place avec 39% des suffrages exprimés et 33 élus incluant les Best Losers.
  • Le Parti Travailliste (PTr) est deuxième avec 38% des suffrages et 28 sièges.
  • Le PTr forme le Gouvernement en s’alliant avec le PMSD qui avait recueilli 16% des suffrages et 8 sièges.

Les dernières législatives de 2014 sont marquées par une bataille bipolaire entre l’Alliance Lepep et l’Alliance PTr-MMM.

  • L’Alliance Lepep composée du MSM, du Muvman Liberater (né d’une dissidence MMM) et le PMSD, recueille 83% des suffrages exprimés et 51 sièges dont 4 Best Losers.
  • L’Alliance de l’Avenir (PTr et MMM) obtient 51% des suffrages et 16 sièges au total. (Le MMM et le PTr dont la force électorale combinée s’élève à 80% en 2010 s’est passablement effritée.)
  • Par ailleurs, ces élections de 2014 se caractérisent par un taux record d’abstention de 26% et un nombre important d’électeurs flottants. 

Depuis 2014, le paysage politique se recompose avec le retrait du PMSD de la majorité gouvernementale et son ralliement à l’Alliance Nationale conduite par le PTr. Entretemps, le PTr remporte la partielle à Belle-Rose/Quatre-Bornes (No.18) en décembre 2017.

Cette même Alliance Nationale fait face à l’Alliance Morisien composée du MSM, du ML et de quelques dissidents MMM. Egalement présent sur la scène le MMM : on constate une remontée de ce parti ces derniers jours.En briguant seul les suffrages, le MMM compte sur le ‘split vote’ entre l’AN et l’AM qui pêchent largement dans les mêmes eaux.

Prudence sur les prévisions de la distribution des sièges

En 2005 et 2010, O.R.A.C. avait établi un rapport d’analyse portant sur les législatives du moment et publié par Mauritius Times. Ces études incluaient des prévisions électorales qui s’étaient avérées justes, à quelques sièges près.

  • En 2005, nous avions prévu 40 sièges à l’Alliance Sociale contre 20 à l’Alliance MMM-MSM. Résultat : 38 sièges et 22 respectivement.
  • En 2010, notre projection donnait 41 sièges à l’Alliance PTr-MSM-PMSD contre 19 à l’Alliance MMM-MSM. Résultat : 42 sièges à la première alliance et 18 à l’Alliance MMM-MSM.
  • En 2014, nous n’avions soumis aucun rapport d’analyse, n’ayant pu cerner l’échiquier politique.

Comme souligné dans notre édition de la semaine dernière, s’agissant du scrutin crucial de 2019, la prudence s’impose en matière de prévisions portant sur le nombre de sièges qu’obtiendrait finalement telle ou telle formation. Dans notre système parlementaire, c’est le nombre de sièges obtenus par tel ou tel parti, ou alliance qui est décisif. Et cela se passe au niveau des circonscriptions.

Outre l’incertitude inhérente lors de cette lutte à trois, le panachage des suffrages et l’abstentionnisme demeurent des facteurs clés influençant l’attribution des sièges. La cristallisation tardive du choix d’un nombre important d’indécis ou de flottants rend également périlleux un tel exercice.


* Published in print edition on 6 November 2019

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