L’enfer routier

Nous sommes tous en attente de l’amélioration promise et attendue une fois que le métro en construction deviendra opérationnel… Entretemps, serrons les ceintures et prenons patience


By Dr R Neerunjun Gopee


Au début, un peu plus de vingt ans de cela, ce n’était qu’un simple ralentissement de la circulation des voitures se dirigeant vers Port-Louis, à hauteur du Collège Royal à Cassis. Et puis, au fur et à mesure que les années se sont écoulées, pari passu la file de voitures a commencé à s’allonger en amont, et graduellement elle a atteint le rond-point du Réduit.

Par la suite, le ralentissement en aval s’est répété dans la direction opposée, c’est-à-dire vers le sud. Les ronds-points successifs s’engorgeaient de véhicules qui y convergeaient – venant ou allant vers des conurbations telles que Quatre-Bornes, Phœnix, Highlands, Camp Fouquereaux et Curepipe jusqu’au point où, depuis quelques années déjà, c’est devenu presque une routine : on peut se retrouver au rond-point de La Vigie, obligé de prendre son mal en patience. Du ralentissement à plusieurs points de ce flux de trafic vers la capitale, on est passé carrément à des arrêts qui peuvent durer des minutes, et encore des minutes – alors que l’on doit être à l’heure au travail ou à des rendez-vous planifiés…

Dans l’après-midi et ce jusqu’à fort tard, le scénario se répète, cette fois-ci dans le sens inverse après le travail. Aux dires de ceux qui sortent des conurbations pour emprunter la M1, la situation se complique avec des embouteillages, et que dire des environs de Port Louis ! Heures de pointe? Eh bien, commentent cyniquement plusieurs citoyens qui doivent faire ces trajets quotidiennement, il n’y en a plus – tout le long de la journée, c’est l’heure de pointe ! Parce que même si pendant le reste de la journée les mouvements véhiculaires sont censés être moins denses que les après-midis et les matins, il n’empêche que le volume de trafic est suffisamment important pour qu’il n’y ait plus de grande différence entre cette illusion d’un allégement relatif et les heures de pointe.

Aux voitures, il faut ajouter maintenant les gros véhicules qui jalonnent la route – par exemple, les transports commerciaux y compris les conteneurs, les camions citernes – qui sont autorisés à circuler, selon des restrictions imposées par la loi, en dehors des ‘office hours’. Et, évidemment, ces véhicules lourds ne peuvent pas rouler très vite, ce qui n’est pas pour arranger les choses.

Petit à petit, donc, de ralentissement en arrêt, on est passé aux embouteillages ; puis, au chaos, et maintenant c’est devenu vraiment un enfer routier. Si la situation le long de l’axe Curepipe-Port Louis s’est détériorée sous notre barbe, pour ainsi dire, ces années durant, elle n’est pas plus brillante dans des régions à la périphérie où il y a aussi des agglomérations importantes. Flic-en-Flac, Tamarin, Rivière Noire dans l’ouest, Flacq à l’est, Mahebourg et Souillac ainsi que Chemin Grenier au sud, Grand Baie et Pereybère au nord, de même que Goodlands et aussi Rivière du Rempart au nord-est sont des endroits très fréquentés et donc attirant beaucoup de trafic routier.

Quant aux centres-villes, pendant les weekends, on dirait qu’ils se transforment en aires de stationnement tant les voies principales sont bloquées par un plus grand nombre de voitures en ‘slow motion’ – monsieur et madame tout le monde, et famille, devant faire, naturellement, leur shopping de fin de semaine. Déjà les facilités de parking sont limitées, avec des lignes jaunes en simple ou double se multipliant partout, cela complique davantage les choses : en cherchant un espace pour se garer, l’automobiliste doit forcément ralentir…

Mais où donc va-t-il mettre sa voiture ? Et il ne manque pas de policiers souffrant d’un excès de zèle, surtout après la nouvelle législation sur la route. On voit plus souvent maintenant des véhicules avec des sabots – et pour le moins, c’est une mesure bien lourde qui fait perdre beaucoup de temps surtout que les officiers de l’ordre, quoique bien intentionnés quant à l’application de la loi avec rigueur, font souvent preuve d’une trop grande rigidité, n’ayant peut-être pas été formés pour porter une attention spéciale aux subtilités telles que la loi et l’esprit de la loi.

Je parle en connaissance de cause, ayant été victime d’une expérience révélatrice il y a à peu près deux ans. J’avais garé ma voiture en face de Courts à côté de la grille du Collège Royal de Curepipe, où il y avait déjà plusieurs voitures privées en stationnement. Quelle ne fut ma surprise en retournant vers ma voiture garée d’apercevoir un automobiliste dont la voiture avoisinait la mienne avec un jeune policier. Leur discussion était très animée ; le jeune policier s’apprêtait à le verbaliser – et moi aussi aussitôt que je me suis mis à ouvrir la porte de ma voiture.

Il nous indiqua que cet espace était réservé aux taxis, ce que nous savions déjà étant Curepipiens disons… de souche, ce que nous partageâmes avec lui, essayant de lui faire comprendre que depuis belle lurette, il n’y avait jamais eu plus que cinq à six taxis en stationnement en cet endroit. D’ailleurs, cela pouvait se voir, avec un vide grand comme ça entre le taxi le plus proche de la dernière voiture garée. Rien ne pouvait le convaincre. Mais ce qui nous a désagréablement étonnés, c’était la réponse du policier à nos efforts de trouver une solution plus raisonnable à sa démarche que nous trouvions trop dure. Et voilà ce qu’il nous a dit – et, je dois avouer, avec une certaine naïveté sinon innocence vu son jeune âge –

‘guette missié moi mo pa conne narien de Curepipe, mone vine remplacer pou ene jour depuis Vacoas. Zone dire moi alle faire patrol ek prend un peu contravention’!

Bien souvent donc en ville, surtout les weekends, on essaie d’éviter la route principale en faisant un détour, mais même là on butte dans des rues collatérales, elles aussi déjà prises d’assaut – tout le monde ayant eu la même idée !

Nous savons tous, n’est-ce pas, que le nombre de véhicules n’a cessé d’augmenter progressivement, et nous avons comme l’impression que ce phénomène s’est accéléré ces derniers temps en partie certes causé par l’amélioration socio-économique et notre niveau de vie. En dépit de l’extension du réseau routier, et des dispositions infrastructurelles et logistiques pour rendre plus fluide le flot du trafic, le retard dans la circulation s’est néanmoins accru surtout à certains points critiques.

Ce problème, qui risque de devenir plus sérieux, demande une politique réfléchie au plus haut niveau par des experts en la matière et des mesures accompagnatrices pour soulager tant les automobilistes que les autres usagers de la route. Je n’ai jamais séjourné à Singapour, mais j’ai appris de ceux qui sont familiers avec ce pays (que nos dirigeants ont l’habitude de citer et de vouloir imiter sous plusieurs aspects), me racontent que là-bas il y aussi la congestion routière… Mais, néanmoins, la circulation est plus fluide. D’après le site web de la ‘Land Transport Authority’ de Singapour, une série de mesures législatives et régulatrices associées, prises depuis plusieurs années, ont grandement aidé à aboutir à cette situation beaucoup plus acceptable. De plus, Singapour est doté d’un système de transport public qui est efficace, rapide et confortable, et le prix est abordable.

Mais ce qui est encore plus important, c’est l’évaluation systématique et régulière de tous les aspects du fonctionnement du système de transport, et les ajustements apportés en conséquence, ce qui assure son efficacité à la satisfaction du grand public voyageur. Nous sommes tous en attente de l’amélioration promise et attendue une fois que le métro en construction deviendra opérationnel…

Entretemps, serrons les ceintures et prenons patience, installés dans nos sièges non-éjectables en cette fin d’année !


* Published in print edition on 21 December 2018

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