Comment quitter le pouvoir : L’embarras du choix

Chronique de Jean-Baptiste Placca

Après avoir vu et revu les images de ce qu’il faut bien appeler le lynchage et l’exécution du colonel Kadhafi, un chef d’Etat d’Afrique de l’Ouest aurait fait annuler tous ses rendez-vous. Le temps, sans doute, de méditer un peu sur l’ingratitude des peuples. C’est en tout cas ainsi qu’il aurait vécu l’événement.

Jusqu’à ce que ces combattants fous ne se déchaînent sur lui, le guide libyen lui-même semblait sincèrement convaincu d’être aimé de son peuple. Et d’ailleurs, lorsqu’il a senti, au front, le feu de la balle qui l’a tué, il a porté la main à sa tête, puis, voyant son sang, il a tendu la main vers ses bourreaux, l’air de leur dire : « Mais, que me faites-vous là ? »

En cette année 2011, qui continue de s’égrener, huit chefs d’Etat ont déjà quitté le pouvoir en Afrique. Ben Ali ? En fuite ! Moubarak ? Sur une civière, dans le box des accusés ! Gbagbo ? Déporté dans le nord de son pays, avec, au-dessus de sa tête, une épée de Damoclès nommée Cour pénale internationale. Kadhafi ? Sauvagement lynché par des jeunes gens bercés, comme dirait le chansonnier, « d’humiliations, de haine et d’ignorance, nourris de rêves de revanche» !

Plus l’on s’y accroche, moins l’on a de chance de bien finir!

A force de braquer les projecteurs sur ceux-là, on oublie de parler de la Zambie, où, le 20 septembre dernier, Rupiah Banda, le chef de l’Etat sortant, battu aux élections, a accepté sa défaite et transmis, en toute dignité, le pouvoir à son principal opposant, Michael Sata.

On a failli oublier le Cap-Vert, où Pedro Pires, après deux mandats, et conformément à la Constitution, s’est éclipsé laissant le fauteuil au vainqueur de la présidentielle, qui n’était pas de son bord politique.

A ceux-là, il faut ajouter le Niger, où, après avoir écarté un chef d’Etat qui s’égarait dans une aventure dictatoriale, les militaires ont transmis le pouvoir à un chef d’Etat élu. On pourrait en dire autant de la Guinée, où c’est le militaire en charge de la transition qui a été tenté par une escapade despotique. Il l’a payé d’une balle dans la tête. Il en est sorti vivant, mais un peu diminué…

On fera silence sur les élections en cours, et sur celles que les sortants non seulement ne perdent jamais, mais gagnent toujours avec des scores vertigineux…

L’année 2011 a, certes, encore quelques semaines à dérouler, mais on peut d’ores et déjà observer qu’elle concentre la panoplie la plus complète de la manière de quitter le pouvoir en Afrique.

A chaque chef d’Etat, désormais, de choisir celle qui lui convient. Mais plus l’on s’y accroche, moins l’on a de chance de bien finir !

 

Jean-Baptiste Placca
MFI


* Published in print edition on 4 November 2011

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