2024 : Y aura-t-il des élections anticipées ?

Le gouvernement pourra-t-il aller jusqu’au bout de son mandat ? Son calendrier politique fait face à des impondérables…

Par Aditya Narayan

En ce début d’année, la question que tout le monde se pose est la suivante : quand auront lieu les prochaines élections législatives ? Le Parlement sera dissout automatiquement fin novembre 2024, et les élections devront normalement avoir lieu dans un délai maximal de six mois. Toutefois, des élections anticipées ne sont pas à écarter.

Le Premier ministre aura beau dire que son gouvernement ira jusqu’au bout de son mandat de cinq ans (2020-2024), les décisions et les actions officielles indiquent le contraire. En vertu de sa prérogative de fixer la date des élections, il peut prendre l’opposition de court en appelant le pays aux urnes au moment propice.

Avant le cyclone Belal, la campagne électorale avait déjà commencé. Sur le terrain, les ministres et les députés du gouvernement s’activaient au gré des cérémonies d’inauguration à travers le pays (une route ici, un bâtiment là-bas) et marquaient leur présence télévisée en étant présents aux fêtes socioculturelles. La MBC était là, bien sûr, pour relayer la parole partisane tous les jours.

Cette frénésie sur le terrain avait pour toile de fond des mesures populistes annoncées avec fanfare pour distiller un sentiment de prospérité chez l’électorat : une augmentation du salaire minimal, une compensation salariale de Rs 1,500 à Rs 2,000, une augmentation de la pension de vieillesse de Rs 12,000 à Rs 13,500 pour les pensionnés de 75-89 ans, un cadeau de fin d’année de Rs 2,000 aux fonctionnaires, etc. A la fin de l’année 2023, les Mauriciens étaient vraiment pris d’une illusion de bien-être avec l’injection d’une masse monétaire considérable dans l’économie, et ce, malgré l’inflation galopante.

Surfant sur cette vague d’optimisme béat, le gouvernement maintenait le cap vers un budget 2024-25 qui allait présenter d’autres douceurs électoralistes telles que l’extension de la pension de vieillesse de Rs 13,500 à tous les retraités. On prévoyait des élections anticipées après ce dernier budget populiste pour donner un coup de massue à l’Opposition.

Cependant, un facteur imprévu est venu déjouer les calculs du gouvernement : le cyclone Belal et ses effets dévastateurs sur des pans entiers du pays. La gestion catastrophique du cyclone avec des avertissements non ponctuels, suivie de l’impréparation aux inondations, a révélé l’amateurisme et l’incompétence des autorités publiques.

Le gouvernement a donc été rattrapé très vite par la réalité de ses inepties. Il a voulu se dédouaner en imputant la responsabilité du désastre aux services de la météo. Pour se racheter auprès du public en colère, il a annoncé un plan d’aide d’un milliard de roupies aux groupes affectés par le cyclone : automobilistes ayant subi des pertes, planteurs, éleveurs, pêcheurs, etc. Le gouvernement a même garanti un dédommagement rapide aux propriétaires de véhicules endommagés par les crues à travers la Financial Services Commission, quitte à le recouvrer auprès des assureurs plus tard.

Le pays étant toujours en état de psychose cyclonique, le gouvernement s’attèlera dans les mois à venir à réparer les dégâts çà et là (routes défoncées, drains bouchés) pour permettre un retour à la normale en attendant le prochain budget. Mais déjà l’illusion de prospérité (“feel-good factor”) s’est volatilisée, et les services publics (CEB, CWA, collectivités locales) ont démontré leurs insuffisances dans des moments d’urgence. Au niveau international, l’image du pays a pris un sale coup avec les déboires d’Air Mauritius, incapable de gérer des annulations de vols à la satisfaction des passagers.

Le gouvernement pourra-t-il aller jusqu’au bout de son mandat ? Son calendrier politique fait face à des impondérables. En matière géopolitique, il y a une instabilité croissante au Proche-Orient avec une guerre régionale potentielle qui impacterait le coût du fret et, partant, les prix à l’importation, non sans compter une rupture d’approvisionnement en produits essentiels. Et puis, la prochaine saison cyclonique en janvier-mars 2025 pourrait être sinon dévastatrice, du moins instable pour le pays, le changement climatique aidant.

Dans cette perspective peu reluisante, le gouvernement serait tenté d’appeler le pays aux urnes avant la fin de l’année afin d’éviter le pire. Certains observateurs pessimistes ont émis la thèse à l’effet qu’il chercherait un prétexte pour mettre en place un état d’urgence, sous l’alinéa 57(4) de la Constitution (voir la référence ci-dessous), afin de renvoyer les élections pour un an à partir de la date de dissolution du Parlement. Sous l’article 57, la mandature de 5 ans du Parlement ne peut pas être prolongée, sauf en cas de force majeure (une guerre ou un état d’urgence). Toute entorse aux exigences constitutionnelles souillerait le blason du gouvernement, qui est déjà voué aux gémonies pour ses dérives autoritaires notées ces derniers temps. Cela n’empêchera pas qu’il joue de mauvais tours à l’Opposition grâce aux institutions sous son contrôle, notamment la Financial Crimes Commission.

L’Opposition parlementaire, pour sa part, devrait être prête à répondre aux coups imprévisibles tout en peaufinant son manifeste électoral et aussi en finalisant sa liste de candidats. La mobilisation du 1er mai sera décisive sur ce plan. Elle cassera ou accentuera le « momentum » de l’alliance d’opposition parlementaire. Sa force d’adhésion populaire dépendra de sa capacité à marginaliser l’opposition extra parlementaire afin de forcer un jeu bipolaire sur l’échiquier politique entre deux blocs.

 

* * *

 

Constitution of Mauritius

 

Article 56 – Sessions

 

(4) Writs for a general election of members of the Assembly shall be issued within 60 days of the date of any dissolution of Parliament and a session of the Assembly shall be appointed to commence within 30 days of the date prescribed for polling at any general election. [Amended 2/82; 48/91]

 

Article 57 – Prorogation and dissolution of Parliament

 

(2) Parliament unless sooner dissolved, shall continue for 5 years from the date of the first sitting of the Assembly after any general election and shall then stand dissolved.

(3) At any time when Mauritius is at war, Parliament may from time to time extend the period of 5 years specified in subsection (2) by not more than 12 months at a time: Provided that the life of Parliament shall not be extended under this subsection for more than 5 years.

4) At any time when there is in force a Proclamation by the President declaring, for the purposes of section 19(7)(b), that a state of public emergency exists, Parliament may from time to time extend the period of 5 years specified in subsection (2) by not more than 6 months at a time: Provided that the life of Parliament shall not be extended under this subsection for more than one year.

Article 19 – Interpretation and savings

(7) In this Chapter “period of public emergency” means any period during which –

(a) Mauritius is engaged in any war;

(b) there is in force a Proclamation by the President declaring that a state of public emergency exists; or

(c) there is in force a resolution of the Assembly supported by the votes of a majority of all the members of the Assembly declaring that democratic institutions in Mauritius are threatened by subversion.


Mauritius Times ePaper Friday 26 January 2024

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