Vina Ballgobin

L’être humain : Né avec un instinct de tueur?

Vina BALLGOBIN

Aux Etats-Unis

L’ONG “Center for Biological Diversity” aux Etats-Unis est engagée dans la protection d’espèces en danger de disparition et travaille depuis 20 ans pour assurer la survie d’espèces animales et végétales à travers les Etats-Unis. L’objectif principal est de préserver des espèces de la planète, menacées d’extinction, une des raisons étant le réchauffement climatique (global warming). Néanmoins, si l’homme décide de réduire les émissions de gaz nocifs à 350 ppm (parts per million), alors plusieurs de ces espèces pourraient se développer et survivre. Actuellement, le CO2 dans l’atmosphère est élevé : 387 ppm et après le sommet de Copenhague, l’on prévoit une hausse constante au fil des années jusqu’à 770 ppm.

 

Les scientifiques du monde entier, incluant le head of the Intergovernmental Panel on Climate Change et James Hansen de la NASA ont fait appel au bon sens des leaders mondiaux pour accepter l’objectif 350 ppm. Les citoyens du monde entier et les ONGs se sont regroupés pour interpeller leurs politiciens respectifs sur les actions à entreprendre. (Ainsi, les Etats-Unis doivent encore réduire les émissions de gaz nocifs de 45% ou plus vers 2020.) A ce jour, des études scientifiques démontrent que 35% des espèces sont condamnées à disparaître de la planète si les gaz nocifs continuent d’augmenter.

Des actions de grande envergure ont été menées par cette organisation, soutenues par plusieurs collaborateurs, notamment des scientifiques et des hommes de loi du pays et aussi des milliers de citoyens aux Etats-Unis et dans le monde, tous ceux qui ne croient pas dans le jaidé ou le coum sa meme sa, pas capave faire nanrien attitude.

Parmi ses actions, le “Center for Biological Diversity” avait envoyé une pétition scientifique pour protéger l’ours polaire (polar bear) sous le “Endangered Species Act” et continue d’œuvrer pour protéger d’autres espèces menacées par le changement climatique telles que les pingouins (pinguins), les phoques de l’Arctique (Arctic seals), les coraux (corals) et les « walrus ». Cette organisation tente de sensibiliser les autorités concernées afin qu’elles utilisent plusieurs lois et règlements tels que le “Clean Air Act”, “Endangered Species Act” et réduire le taux de gaz carbonique dans l’air. De plus, l’organisation a trouvé 40 millions d’acres d’habitat pour des espèces comme le lynx du Canada (Canada lynx), la loutre (sea otter) et le « green sturgeon ». L’extraction d’uranium sur une superficie d’un million d’acres a été stoppée près du Grand Canyon, mettant fin à la chasse aux loups dans les Grands Lacs (Great Lakes). De plus, 128 millions d’acres ont été sécurisés pour l’habitat de l’ours polaire.

En 2010, l’action concertée entre scientifiques américains et citoyens du monde continuera de plus belle avec une grande détermination pour protéger les plantes et les animaux en danger. Ce sera la plus grande campagne dans le “Endangered Species Act history” car le “Center for Biological Diversity” a identifié 1,000 plantes et animaux à travers les Etats-Unis et sur la planète qui doivent être protégés pour survivre. La campagne pour la protection du jaguar, de la panthère, de la tortue de mer et du pingouin a déjà démarré.

En décembre 2009, un “notice of intent to sue” a été enregistré contre le “U.S. Fish and Wildlife Service” à propos des délais trop longs pour garantir la protection fédérale à 144 espèces, incluant les buffles (plain buffalo), la truite (California golden trout), l’albatros (black-footed albatross), le dusky tree vole, les mollusques (32 Pacific Northwest molluscs), etc. Des pétitions réclament une protection fédérale et la lutte contre une bureaucratie lente, lourde et inefficace.

En fait, à travers le “Candidate Project”, le “Center for Biological Diversity” tente de protéger 249 espèces, officiellement reconnues comme nécessitant une protection, et n’en ayant reçu aucune comme le Pacific fisher, l’elfin woods warbler, la grenouille (Oregon spotted frog) et l’orchidée (white fringeless orchid). Plusieurs de ces espèces sont sur la liste depuis plus de 30 ans. D’autres espèces ont déjà disparu dans l’attente de la dite protection !

En outre, le “Center for Biological Diversity” se consacre aussi à une campagne pour protéger les espèces aquatiques du sud-est des Etats-Unis (poisons, moules, crayfish…), endroit réputé pour sa diversité biologique aquatique et pour le fait que la plupart de ces espèces sont en grand danger d’extinction ! Selon l’American Fisheries Society, 28% des poissons, 70% des moules et 48% des crayfish sont menacés. Une pétition de la “South-eastern Aquatic Species and Rivers Campaign” réclamera du US Fish and Wildlife Service la protection de 500 à 600 espèces en péril (“Endangered Species Act”). Plusieurs chercheurs aident le “Center for Biological Diversity” en fournissant des travaux scientifiques et des bases de données afin de lutter contre la perte de la biodiversité dans les rivières et ruisseaux et promouvoir des changements dans la gestion administrative de ces points fragiles dans le sud-est. [http://salsa.democracyinaction.org]


Pour donner accès à l’information aux citoyens du monde entier et participer à l’action 350 dans le cadre de la conférence à Copenhague, le “Center for Biological Diversity” a fait une liste de 350 espèces en grand danger de disparition. Il y a aussi une carte régionale interactive ou un portail taxonomique avec des photographies et des explications sur la manière dont le changement climatique affecte la vie des espèces, les mécanismes qui donnent naissance à l’effritement de la chaine alimentaire et la dégradation des habitats naturels. Les lecteurs intéressés peuvent consulter le site suivant : http://www.biologicaldiversity.org/programs/climate_law_institute/350_reasons/index.html

A Maurice

Dans les pays et les îles en voie de développement, pourtant menacés par le changement climatique, il existe les partisans du développement à outrance sans aucune considération pour l’environnement et l’écologie. A Maurice, la classe politique au pouvoir a décidé de tendre vers le MID (Maurice Ile Durable). Force est de constater que cette organisation, avec des chercheurs de différents domaines, est encore très loin des attentes de la population. Il semblerait même que la définition des termes « Ile Durable » ne soit pas la même pour les citoyens et l’élite intellectuelle. Par exemple, quelles sortes d’actions ont été entreprises par les scientifiques mauriciens pour disséminer des informations sur les espèces locaux, facilement accessibles aux Mauriciens et aux citoyens du monde entier ? Qu’ont-ils entrepris pour informer la population sur le changement climatique et ses effets à Maurice comme le font les scientifiques américains ? Ou étaient les hommes de loi quand la Constitution même était bafouée (la plage d’une île ayant été interdite au public)?

Il est vrai que la majorité de l’élite à Maurice pense rarement « out of the box » et s’intéresse — comme la masse — à tendre vers un progrès matérialiste. Par conséquent, la lutte sauvage pour la réussite personnelle dans le court terme détrône logiquement la lutte contre le réchauffement climatique et les efforts concertés scientifiques-citoyens pour la protection des espèces. Ajoutons à cela, la prétendue peur de ces mêmes intellectuels, crainte sans fondement au moins dans certains milieux tertiaires. Dans ce contexte, il est clair que les citoyens engagés ont rarement reçu de l’aide de ces scientifiques ou de ces hommes de loi se trouvant dans les institutions tertiaires locales pour mener à bien leurs combats. Il a fallu chercher de l’aide ailleurs, souvent à l’étranger, auprès des scientifiques engagés…

2010 sera-t-elle une année où il y aura un changement dans la mentalité de la majorité de l’élite intellectuelle ? Que va-t-elle défendre : encore et toujours l’argent et la promotion personnelle, en utilisant n’importe quel moyen disponible, ou un début de considération pour l’humanité ou des causes humanitaires ? La majorité des scientifiques locaux vont promouvoir leur confort matériel et financier sans un iota de sentiment pour les pauvres créatures innocentes ici et dans le monde entier ? Il est bien connu que l’exemple vient d’en haut. Quand les valeurs fondamentales sont rejetées par une élite, alors qu’est-ce qu’un pays pourrait bien attendre du reste de la population ? Et pourquoi alors s’étonner de tant de violence à Maurice sur les gens en général mais sur les personnes âgées et les enfants aussi ?

En 2010, y aura-t-il au moins une institution tertiaire qui accepterait de faire la différence et devenir ainsi un « role-model » ou est-ce que la lutte actuelle pour le pouvoir et l’avancement personnel demeurera bien haut dans les objectifs de chacun ? Est-ce que les chercheurs de différents domaines briseront le hiatus entre eux et la société civile ? Somme toute, tout dépendra de la définition officielle que chaque institution donnera au « MID » et des objectifs qu’elle fixera avec ou sans les citoyens engagés !

Last but not least, une institution tertiaire a récemment recruté un scientifique étranger pour agir en tant que meneur de groupe. Est-ce que ce scientifique profitera de la mentalité « tiers-mondiste » et « roder-boutiste » ambiante pour promouvoir des intérêts personnels ou sera-t-il un rassembleur intègre avec un degré élevé de modestie (qualité plutôt inconnue ou rare chez les ambitieux locaux) ? Va-t-il penser « out of the box » pour apporter le bizin changement tant attendu par la population ? Sera-t-il le promoteur du même monde hiérarchisé avec la sempiternelle gestion archaïque et inefficace ou va-t-il promouvoir une high quality modern management ? Saura-t-il écouter, motiver et déléguer le travail à la bonne personne au bon endroit au bon moment ? Saura-t-il faire la différence entre les besoins et les attentes d’une institution d’un pays en voie de développement ou voudra-t-il que son personnel singe ceux de l’Université de Harvard en faisant fi des problèmes locaux grandissants et du manque de main d’œuvre spécialisée dans plusieurs domaines ? Comme le dit si bien Rajiv Servansingh : « La vraie question qui doit être réglée relève de la qualité de l’administration et de la disponibilité des cadres nécessaires pour faire aboutir les différents projets du gouvernement. » (Conjoncture, No 43, Janvier-Février 2010)

 

Pour finir, une gestion saine et moderne avec au centre l’impact social, culturel et économique sur l’environnement et les espèces animales et végétales est primordiale mais insuffisante. Tout est dans le questionnement des fondements de ce qui façonne notre système éducatif, ayant donné naissance à une élite locale si soucieuse de son auto-protection alors que nous sommes tous liés d’une manière ou d’une autre. Dans la banalisation du crime à Maurice, la majorité de l’élite est aussi coupable : en laissant son instinct de tueur la dominer et en favorisant la disparition lente et sûre des espèces localement, elle favorise obligatoirement et logiquement la violence de l’homme envers l’homme, même envers le plus petit être humain sans défense… Il ne tient qu’à l’élite de renverser cette tendance de la chaîne écologique locale … et de s’engager résolument dans cette voie… de l’équilibre écologique… Les biens matériels et financiers ne sont et ne seront pas suffisants pour acheter le bonheur de nos enfants. Soyons une Nation Intelligente : Apprenons du passé et Planifions l’avenir.

 

Vina BALLGOBIN

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