Vina Ballgobin Mobilisation

Marche du 1er et 2 septembre 2012

Mobilisation syndicale pour la classe des travailleurs

Vina Ballgobin

Les syndicalistes l’avaient annoncé : ils l’ont fait. Deux manifestations, l’une à Rose-Hill et l’autre à Port-Louis pendant le dernier week-end. Deux manifestations pour défendre les intérêts des travailleurs et  leur demander de rester unis et groupés car certains feront – sans aucun doute — tout ce qu’ils pourront pour briser cet élan de solidarité. Quand on connaît la nature passive des Mauriciens, on peut dire que l’assistance était grande pour ces deux manifestations.

Samedi après-midi, sur le podium, Jack Bizlall exhorte les jeunes à  prendre leurs responsabilités et à mettre leur intelligence au service de la population. Il rappelle que les citoyens du monde entier  utilisent la manifestation comme une arme pour se battre contre l’exploitation patronale ces temps-ci. Marcher dans la rue pour manifester son mécontentement est l’unique moyen dont dispose les travailleurs pour faire entendre leurs revendications. Le syndicaliste fait appel à l’unité syndicale afin de combattre efficacement la fracture sociale qui se dessine de plus en plus, notamment par l’augmentation de signes extérieurs de richesse tels que la construction de maisons de luxe… Il rappelle aussi aux jeunes que toute manifestation doit être accompagnée de propositions alternatives pour le changement. Il demande aux jeunes de ne pas répéter les erreurs des nouveaux riches qui changent d’attitude de manière radicale quand ils s’accaparent du pouvoir. Il illustre son propos en leur racontant les événements récents qui ont affecté les mineurs en Afrique du Sud. Il demande aux jeunes de ne pas devenir des rêveurs ou des affabulateurs, et encore moins des suiveurs. Les exemples, à Maurice ou ailleurs, abondent pour que les jeunes ne fassent pas faire confiance aveuglément  aux  leaders politiques ou religieux, affirme-t-il.

Dans la foule, un retraité de 75 ans brandit un étendard pour défendre les droits des travailleurs. Il avait suivi les informations à la radio et il avait écouté avec attention l’intervention de Jane Ragoo. D’autres retraités avaient aussi entendu parler de la manifestation par voie des medias radiophoniques.  Ils sont tous là pour soutenir la nouvelle génération dans son combat. Ces retraités-là gardent le souvenir d’un passé douloureux et  n’ont jamais oublié les luttes menées pour les droits des travailleurs.  Ils évoquent la misère et l’exploitation mais aussi l’humiliation subie par la classe ouvrière en 1936-37 contre le système colonial. Aujourd’hui encore, ils sont très bien informés et ils ressentent la menace qui pèse sur les jeunes de n’importe quelle couche sociale avec l’introduction de certaines nouvelles lois du travail.

Plusieurs salariés des entreprises parapubliques sont aussi présents parmi la foule de manifestants. Ils s’élèvent tous contre la mauvaise gestion de ces organismes. Les employés des entreprises privés, eux, dénoncent  l’absence d’augmentation salariale et le licenciement abusif. Ils parlent tous de la disparition de la sécurité de l’emploi.  Dans plusieurs secteurs, les travailleurs sur contrat sont de plus en plus nombreux. Certains syndicalistes rappellent que les employés du  secteur public et du Local Government sont aussi menacés car de plus en plus de travailleurs sont sur contrat. Il est difficile pour ces personnes de revendiquer des droits et elles doivent subir toutes les injustices en silence. Dans n’importe quel secteur, les patrons n’apprécient guère le syndicalisme. Dès qu’ils apprennent que les nouveaux employés assistent à des réunions syndicales, ils trouvent le moindre prétexte pour les mettre à la porte le plus rapidement possible. Mais l’un des secteurs les plus touchés est  celui de la construction.

Plusieurs autres syndicalistes, hommes et femmes connus, interviennent avant le début de la marche de la poste de Rose-Hill jusqu’au Plaza. Ils dénoncent les nouvelles lois du « hire and fire » où le travail est organisé uniquement pour favoriser la multiplication  des profits du patronat. Les syndicalistes  s’opposent à l’existence de nominés politiques au sein de certains organismes. Le chômage, pour les femmes, est le début d’un calvaire sans fin. Sans emploi, sans salaire, comment fera n’importe quelle femme pour les courses de fin de mois ? Comment va-t-elle s’occuper de sa famille et en nourrir tous les membres? Jane Ragoo dénonce le contrat de 11 mois qui ne donne aucun droit… Les syndicalistes dénoncent l’absence d’une base salariale pour certaines catégories d’employés. Ils dénoncent l’existence du PRB et du NRB qui crée des disparités et un certain déséquilibre au niveau des salaires…

Un syndicaliste rodriguais évoque les conditions de vie difficiles des Rodriguais qui se déplacent – paradoxalement  – pour trouver du travail à Maurice et améliorer leur situation financière, familiale et sociale. Il déplore le fait que le secteur de la construction soit florissant à Maurice au point où il faut embaucher des ouvriers étrangers tandis que le développement dans le même secteur tarde à poindre du nez à Rodrigues…

Le dernier syndicaliste à  prendre la parole est Reaz Chuttoo. Il salue le courage des manifestants, Mauriciens, Agaléens, et Rodriguais, et tous ceux qui se sont déplacés pour la manifestation. Rendez-vous est pris pour le lendemain matin à Port-Louis pour la deuxième manifestation sous la houlette de cet enfant du peuple courageux et dynamique, principal négociateur syndical du JNP – Ashok Subron. Il s’agit, pour le monde syndical, de réclamer des amendements aux deux lois du travail, l’Employment Relations Act et l’Employment Rights Act. Reaz Chuttoo fait un appel pressant à la solidarité entre tous les syndicalistes qui portent en eux la ferme conviction qu’un autre monde est possible…

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