Vina Ballgobin

Emploi et recrutement à Maurice

Récemment, le recrutement de futurs fonctionnaires a fait La Une des médias mais la population n’a pas été prise de court par cette information. Pourquoi ? 

— Vina BALLGOBIN

 

Les premiers concernés par le type de recrutement décrié par les dénonciateurs, car fondé, selon eux, sur la corruption, sont les Mauriciens qui détiennent le même diplôme et ils ont plus ou moins le même niveau académique, qui n’est pas le niveau attendu dans le monde du travail, dans bien des cas.

Ils n’ont aucune valeur ajoutée à proposer à leur employeur éventuel puisque le système éducatif dispense essentiellement un enseignement académique. Quand l’ensemble de chercheurs d’emploi n’ont ni créativité ni capacité d’innover, il est évident qu’il devient difficile pour un employeur de choisir l’un d’entre eux. Alors, les voies alternatives au recrutement par compétences ont frayé leur chemin.

 

 

La majorité de la classe enseignante a décidé de maintenir coûte que coûte les leçons particulières, ce qui oriente de facto, en se battant de manière systématique contre toute politique gouvernementale pour apporter une réforme. Les leçons particulières représentent une forme très élevée de corruption qui se répand de manière tentaculaire dans toute la société au point où certains syndicalistes osent affirmer haut et fort que c’est un droit : droit de corrompre le système éducatif, droit de nier aux jeunes le droit d’avoir accès à l’éducation gratuite, droit de trahir le peuple descendant majoritairement d’esclaves et de travailleurs engagés, droit de bafouer et de réduire en miettes les objectifs fixés depuis l’indépendance de notre pays et d’interdire l’accès à la masse de jeunes Mauriciens au monde de la compétence.

Tant que le système sera faussé par la majorité des enseignants pro-leçons particulières, il est évident qu’il n’y aura pas d’enseignement de qualité dans les établissements scolaires et le recrutement sur la base des compétences ne pourra pas être implémenté. Comment choisir un employé à Maurice, après le brain-drain des plus brillants, cette poignée de jeunes qui de toute façon aurait réussi leurs études même sans leçons particulières ?

 

Qui sont les employeurs concernés ?

 

Ce problème, posé comme la corruption au sein de la PSC, ne concerne malheureusement pas uniquement le service public. Apres les élections, le secteur privé se taille aussi une grande part de recrutement basé sur des critères qui ne relèvent pas de la compétence, et que l’on nomme communément « clientélisme ». Il n’est un secret pour personne que certains partis politiques sont plus proches du secteur privé tandis que d’autres se rabattent sur le secteur public.

Ne jouons pas à la politique de l’autruche. Nous savons tous qu’à la fin de chaque élection, en fonction des alliances, plusieurs agents politiques, leurs proches, les proches de leurs proches et aussi leurs amis proches sont recrutés dans plusieurs institutions du secteur public, du secteur privé et des parastatal bodies. Qui ne connaît pas cette réalité ? Dans quelle famille, n’y a-t-il aucune personne qui a entendu parler de cette pratique malsaine et corrompue ? En sondant les personnes âgées, elles laissent entendre que ces pratiques malsaines existent depuis belle lurette et que tous les partis politiques s’y sont adonnés quand ils ont été au pouvoir.

Il y a aussi cette augmentation de « jobs pour remercier les agents» : le poste d’Adviser qui est taillé sur la base de la compétence pour un nombre infime d’entre eux. Il paraît que certains ne savent absolument rien du domaine concerné dans tel ou tel ministère et pourtant, ils sont rémunérés par les deniers publics. D’autres, comme au Ministère de l’Education, par exemple, ont l’air d’être omnipotents auprès de tous les partis politiques puisqu’ils sont inamovibles…

Quelle option pour les illettrés ?

 

Notre société a ses illettrés comme dans tous les pays du monde. Il est plus facile pour eux de devenir agent politique avant les élections pour mettre plus de chance de leur côté pour « gagn enn ti plas travail ». Chaque député élu, de la majorité gouvernementale ou de l’opposition, représente une chance de trouver un poste quelque part et d’assurer le minimum vital pour sa famille. Au cas contraire, ce sont ces mêmes personnes qui finissent par s’affilier aux trafiquants de drogue et autres receleurs et brigands en tous genres ou alors certains décident de devenir des voleurs car il faut bien gagner de l’argent pour faire « rouler le ménage et la cuisine ».

Selon les dires de plusieurs personnes, le pire concerne probablement la manière d’attribuer les patentes de taxi. Si quelqu’un n’est pas le « chamcha » (l’homme à tout faire) d’un politicien, il ne pourra jamais devenir légalement chauffeur de taxi…, dit-on. « Qui peut prétendre ne pas connaître cette réalité mauricienne quand les patentes sont distribuées ainsi depuis plusieurs années ? », me demande un citoyen ordinaire…

 

La corruption pour arriver à ses fins : L’exemple vient des capitalistes

 

Les conversations vont bon train ces temps-ci. « Quelle option laisse la société aux plus vulnérables quand les plus riches passent leur temps à négocier avec les politiciens avant les élections pour s’enrichir encore plus et nous déposséder un peu plus tous les jours ?

Plusieurs parlent de ces capitalistes corrompus qui ont ponctionné la société mauricienne et le peuple mauricien à chaque élection dans le passé et ils continuent de « tout avoir sur un plateau en or », même si on parle de démocratisation de l’économie depuis quelques années. Pour beaucoup de Mauriciens, le « deal Ilovo » est encore une plaie très vive, pas encore cicatrisée alors que sont arrivés l’affaire MedPoint et le scandale des terres à Rose-Belle…

Par ailleurs, les entreprises privées sont en train de croître dans le cadre du MID, et elles obtiennent tout le soutien nécessaire de plusieurs ministères et des financeurs étrangers habituels du pays. Mais rien n’est fait pour développer les petites et moyennes entreprises de manière professionnelle. Plusieurs Mauriciens affirment que les « petits gens » sont laissés pour compte « volontairement ». Sinon comment expliquer que l’on n’enseigne pas toutes les étapes de manière systématique aux entrepreneurs débutants comme monter un Business Plan et effectuer une étude de marché ? Visiblement, le bargaining power des riches capitalistes pousse le pays à conserver un pool de citoyens sans autre possibilité que de rester dans la corruption au niveau du recrutement. Si le « ti-dimoune » ne s’acoquine pas avec un politicien, que fera-t-il pour gagner sa vie quand il ne reçoit aucune formation réelle de l’Etat ? Quand l’Union européenne ou toute autre institution étrangère ne paiera rien pour lui ni en termes d’investissements ni en termes de réduction d’autres coûts financiers ? Quand l’Etat ne lui offre pas un marché garanti ? Quand le ministre ne se déplacera pas à l’étranger pour lui trouver des clients ou des débouchés ? Quand il croule sous le poids des dettes et que la DBM n’effacera pas son ardoise comme par un coup de baguette magique ?

La liste des citoyens sur les aides et les soutiens reçus par les riches capitalistes est si longue que l’on en reste pantois…

 

Pour conclure

 

Le problème soulevé par le recrutement au sein de la fonction publique devrait être considéré de manière plus holistique. Il n’est pas possible de séparer la problématique associée à la PSC ces jours-ci de l’ensemble des secteurs du travail mauriciens mentionnés. Ce mode de recrutement est un point commun entre plusieurs entreprises : privées, parapubliques et publiques.

Le vrai problème à Maurice réside dans le financement des partis politiques. Tant que ce problème ne sera pas résolu, la corruption restera d’une façon ou d’une autre dans plusieurs domaines-clés de la République. Les riches ne peuvent pas continuer à rester impunis alors qu’ils pratiquent la corruption à grande échelle tandis que les « ti-dimounes », eux, sont immédiatement pointés du doigt quand ils ont recours à des pratiques corrompues.

Tant que les députés élus de chaque parti politique, après chaque élection générale, continueront à recruter par clientélisme pour « caser leur dimoune » dans certains pans du secteur privé, il y aura définitivement d’autres tentatives de corruption du secteur public et parapublic. Pour qu’il y ait transparence dans le recrutement à Maurice, il faudrait définir une action concertée entre tous les secteurs et rendre public le nom des entreprises ou des individus qui financent les partis politiques.

Au cas contraire, les dénonciations continueront car, aujourd’hui, la demande pour cette pratique corrompue de recrutement est grandissante mais l’offre, elle, est de plus en plus limitée dans tous les secteurs.

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