PTr & MMM – Virages manqués ou à venir

Deux partis politiques qu’on ne peut pas sous-estimer. Ils ont connu leur apogée dans les années 1968-d’indépendance et 1982 des 60 zéro. Malgré les fractures qui parcouraient la société à l’époque, comme les pros et les contre indépendance, les pros Bérenger et les pros Boodhoo et Jugnauth au sein du MMM, les partis ont su tirer les leçons de l’échec et ont compris les enjeux. Et évidemment les mêmes scénarios : rallier les fidèles, accepter les transfuges, tester les agents, ne pas manquer les rendez-vous de notre histoire dont le fameux 1e mai. Bref tout est orchestré avec plus de modernisme. L’ère électronique oblige !

Quel virage, nos partis ont-ils pris ? Commençons par le plus vieux, soit PTr. La lutte est son motto. Mais aujourd’hui encore, les travaillistes suscitent des jugements tranchés. Certains voient en eux la garde du charismatique Navin Ramgoolam ou encore le clan fermé et pouvoiriste ; d’autres, au contraire, encensent les hommes bravant le pire comme le meilleur, le flambeau de la lutte de SSR. Chose certaine : la légende de SSR perdure. Homme modeste, fin intellectuel, l’une des personnalités les plus célèbres des années post indépendance, le nom de Sir Seewoosagur Ramgoolam incarne le combat pour la tolérance. Le multiculturalisme, c’est lui. Et gare à l’excès ! Face à Gaïtan Duval, autre leader charismatique du PMSD, et face à ses frasques et provocations, SSR ne se démarque pas de sa ligne de conduite ni de la ligne du Parti.

Face au jeune et fougueux Paul Bérenger et ses acolytes militants, il va démontrer par une politique de sanction que la révolution est contraire au progrès social. Malgré la presse hostile à son égard, car Sir Seewoosagur Ramgoolam se trouve sous les feux des critiques, il ne revendique pas son droit à des ripostes. Il ne glisse jamais dans la vulgarité. Il demeure le leader incontesté sans « tamtam », sans s’afficher avec des fauteurs de trouble. Stratège hors pair, il ressemble à François Mitterrand pour le statu quo de certaines choses et pour la paix civile. Pour les deux hommes d’Etat, c’est la chose qui importait le plus. Autre personnalité extraordinaire : « ce tribun messianique et charismatique, à la crédibilité irréprochable » écrit Yvan Martial dans l’Express. Peut-on imaginer Curé, Anquetil ou Rozemont comme l’un des dirigeants actuels du Parti Travailliste ?)

Voyons le cas du MMM. Les 46 ans accordent à Paul Bérenger la paternité du parti pour lequel il lutte bec et ongles. Chauffé « du même bois » que dans les années 1980, non ! C’est un leader assagi qui lance des appels et jette un regard réaliste sur les politiques d’ici et d’ailleurs. Le realpolitik sur lequel une section de presse ironise montre malgré tout que le terrain est prioritaire, que les chiffres en matière économique et sur les rapports explosifs ne trompent pas. La réalité est telle aussi que les promesses électoralistes avec les Rs 5,000 de pension vieillesse (pourtant taxables en 2015) et l’abolition des permis à points introduits le 10 mai 2013 ont cloué au pilori les ténors des deux partis en alliance en 2014.

Ce sont de petites choses qui ont peu à peu pénétré les groupes, imprégné les esprits par provoquer finalement un raz de marée bleu-blanc-orange. On peut regretter aujourd’hui la rage de vote, l’impulsivité des votants, et la situation revancharde dans plusieurs institutions et secteurs. Mais la balle est partie ! Le leader du MMM, sans être miné par la cassure d’un Parti, a été mal conseillé sur les tensions naturelles entre les conservateurs et réformistes. Dans un pays comme le nôtre ressemblant de près à une France – pays de conservatisme foncier – la réforme avec la deuxième république en avant était une entreprise hasardeuse. La population aurait mieux admis la formule 3/2 ou 2/3 avec les deux leaders dirigeant tour à tour pour des avancées concrètes.

Et qu’en est-il des leaders et pseudo-leaders? Jocelyn Chan Low assimile dans son interview de vendredi dernier – Mauritius Times — des leaders à des institutions. Difficile de les faire disparaître de l’imaginaire populaire, à la manière de Napoléon ou de Mao, pour être plus clair. Ce serait plus juste de parler de légende. Pourquoi ? Institutions/fabriques/usines sont en perpétuelle transition, ce qui explique la dégradation du système, la présence des vautours qui usurpent les acquis et privilèges. Voilà pourquoi il faut vraiment être attentif aux oreilles des petits, des moyens et des grands. Les leaders des partis ont tous leur police secrète, leur propagande de masse et savent comment haranguer les foules. Mais pourront-ils devenir des « despotes éclairés », des autocrates qui agissent avec raison, suivant une perspective progressiste et modernisatrice ? Les années se suivent, dit-on, et ne ressemblent pas. Est-ce la même chose pour les leaders et aspirants leaders ?

  • Published in print edition on 2 October 2015

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