Pour mieux comprendre L’histoire de Maurice

Par Jack Bizlall

Pour comprendre l’histoire d’une société, il faut la méthodologie de la recherche des faits, la compréhension dialectique des rapports entre les classes sociales protagonistes, l’analyse de classe dans la combinaison des deux pour ensuite faire des propositions qui soient politiquement crédibles, acceptables et praticables.

«Nos dirigeants politiques, représentants quasi organiques du secteur privé, agissent dans un cadre économique et social qui échappe à leur contrôle et ils ne sont, par conséquent, que des marionnettes (donc inconscients) ou, pire, ils sont des manipulateurs (conscients et ainsi opportunistes). En conséquence de quoi, il faut démystifier ces dirigeants qui passent pour des héros de notre Histoire alors qu’ils n’ont été que les exécutants des décisions prises à l’étranger et au sein de la classe dominante à Maurice…»

J’ai expliqué dans mon texte ‘Le Militantisme’ publié le23 mars 2021 de la nécessité de comprendre l’histoire, de l’interpréter et de la projeter dans le futur, en « travaillant » sur la causalité historique – les liens « de cause à effet » – entre deux sociétés différentes, mais connectées entre elles où celle qui subit (la colonisée) traverse le temps de l’autre (la colonisatrice) qui a approprié son espace géographique. C’est l’essence de la discipline analytique de l’histoire, surtout du colonialisme.

De ce fait, on ne pourra comprendre l’Histoire de Maurice sans s’intéresser à l’Histoire de l’Angleterre et aujourd’hui celle de l’Europe. Demain de la Chine et de l’Inde. Historiquement, nous avons été des colonisés subissant la colonisation. Aujourd’hui, nous sommes des colonisés volontairement soumis aux pays du Nord (le Nord politique et économique), et demain, aux pays du BRICS.

Dans ce contexte historique, nos dirigeants politiques, représentants quasi organiques du secteur privé, agissent dans un cadre économique et social qui échappe à leur contrôle et ils ne sont, par conséquent, que des marionnettes (donc inconscients) ou, pire, ils sont des manipulateurs (conscients et ainsi opportunistes).

En conséquence de quoi, il faut démystifier ces dirigeants qui passent pour des héros de notre Histoire alors qu’ils n’ont été que les exécutants des décisions prises à l’étranger et au sein de la classe dominante à Maurice. Cela se fait sans discernement de leur part.

Je proposerais donc une tentative de démystifier Gaëtan Duval en mettant de l’avant son opportunisme politique. Dans le même contexte, j’aborderai aussi le cas d’Adrien d’Epinay comme symbole du racisme qui perdure encore de nos jours. Ce ne sont que deux exemples. Il y en a d’autres.

Quant à la question de la sémantique de l’Histoire (comme il y a la sémantique de la médecine ou de la peinture), il est évident que les mots et les termes évoluent linguistiquement sous les effets des langues vivantes, de la philosophie, de l’Histoire et surtout de la politique. J’utilise la pratique rédactionnelle de la définition incorporée dans mes textes, pour les mots essentiels.

L’espace-temps et l’Histoire de Maurice

J’ai toujours aimé l’Histoire. C’est compréhensible pour un jeune des années 60 de s’intéresser aux évènements de la période 1918-1939. La période dite « entre les deux guerres ». Cette période m’a aidé à comprendre une chose : que des évènements dans un espace géographique précis peuvent avoir des effets directs sur d’autres espaces géographiques connectés par des liens politico-socio-économiques.

D’autre part, il est aussi possible de lire l’histoire en rapport avec des phases de temps qui se succèdent, sans dissociation politique. En physique, on représente mathématiquement l’espace et le temps en tant que deux concepts inséparables qui

1) s’influencent réciproquement et qui

3) proposent deux versions d’une même réalité, d’une même entité.

J’ai en quelque sorte appliqué à l’Histoire le concept de l’espace-temps utilisé en cosmologie. Les évènements dans un endroit précis ont des déroulements dans des temps qui varient. De ce fait, dans l’interprétation de l’Histoire d’un pays, ce sont les évènements qui créent socialement le temps et qui font avancer ou reculer ce pays.

Partons du principe que si tous les mouvements se figeaient, le temps s’arrêterait. Le temps peut s’accélérer si les actions s’intensifient. Le temps peut ralentir si les évènements sont lents ou n’ont aucun intérêt ou effet.

Quand le Mauritius Times m’a invité à écrire sur l’Histoire, j’ai pris l’initiative de faire quelque chose d’innovant, en l’occurrence, d’interpréter notre Histoire comme un processus qui est déterminé ailleurs pour parler des effets marquants qui ont eu des retombées sur la société mauricienne. Il existe, par ricochet, des effets nuancés sur la société rodriguaise (moins graves), chagossienne (plus graves) et maintenant agaléenne (potentiellement dangereux).

Tout politicien qui se respecte doit évaluer non seulement Le Pourquoi philosophique de son action mais aussi Le Comment de son exécution scientifique et technique pour déterminer Le Quoi Après politique, en agissant à l’intérieur des trois dimensions géographiques de l’espace économique et la dimension du temps. Personne n’échappe à ces quatre dimensions. Il faut évidemment les identifier surtout dans la lecture de l’Histoire mondiale. Un exemple : La compréhension de la planification (si elle existe) est nécessaire puisqu’elle détermine à la fois l’espace et le temps de toute application politique de programmes sociaux et économiques. Ainsi, on peut aisément dire si nous sommes en avance ou en retard par rapport à une autre société. Par rapport au Temps. De première importance.

En appliquant ce concept, j’ai présenté mon premier texte sur un sujet qui me tient à cœur, le Travaillisme (Mauritius Times du 16 mars 2021). Mon deuxième texte fut le Militantisme (Mauritius Times du 23 mars 2021). Dans les deux cas ce sont des actions commencées ailleurs : le Travaillisme, à partir de la fin du dix-neuvième siècle en Angleterre, et le Militantisme dans les années 60 dans plusieurs endroits du monde.

Le Travaillisme et le Militantisme sont donc nés ailleurs. Historiquement parlant, notre société -dirigée par des opportunistes de droite comme de « gauche » – génère systémiquement plusieurs perversions en termes d’accaparements, de déviations, de corruptions, d’altérations… et des actes antisociaux. D’importance autant majeure, pour la raison de causalité.

Je prends trois exemples :

  • Nous avons hérité de l’Angleterre une Constitution de nature de Monarchie constitutionnelle. En 1992, nous passons à la République sans nous donner une constitution républicaine et le Gouverneur Général parti, on a fait du Premier ministre un monarque imposant sa dynastie.

Donc il faut passer à la Deuxième République et éliminer toutes les dynasties qui se comportent comme les Windsor. Cette dynastie est allemande (Saxe-Cobourg Gotha) catapultée à la tête de l’Angleterre, « Naturalisée » Windsor le 17 juillet 1917 à cause de la guerre contre les Allemands et aujourd’hui connue comme la famille Mountbatten-Windsor. C’est à croire que la famille Jugnauth« émule » la dynastie allemande Saxe-Cobourg Gotha, avec l’approbation des électeurs. Ce qui s’est passé en Angleterre et ce qui s’est passé à Maurice avant et après 1992 est catastrophique pour une république.

Exemple – En Angleterre, la Reine Elizebeth 11 sera remplacée par son fils, sous le nom de Georges V11. Ici c’est le PM qui nomme son remplaçant, membre de sa propre dynastie. J’y reviendrai dans le cadre de la rédaction de la Nouvelle Constitution.

  • Notre société était avant 1789, une partie intégrante de la Monarchie Française et après (1804) du 1er Empire français, La Révolution de 1789 n’a pas eu un effet important sur notre société à cause des Articles 7,8 et 9 de l’Acte de Capitulation du 3 décembre 1810.

Donc, nous sommes sortis d’une Monarchie pour entrer dans une autre. Il faut repenser la définition à donner à la propriété, à la distribution des terres, au pouvoir économique toujours entre les mains de l’Oligarchie des plantations. Comment voulons-nous changer les choses sans une remise en question de la propriété sociale privée ?

3) Les antagonismes des puissances mondiales entre les deux guerres et surtout à partir de la guerre froide ont fait de Diego Garcia une base militaire. On ne peut récupérer les Chagos que SI la base militaire est démantelée. D’autre part, nous risquons d’entrer dans des conflits entre l’Inde, le Pakistan et la Chine si nous perdons le contrôle sur Agaléga.

La démystification

Que pensons-nous d’Adrien d’Epinay ? Celui qui a conditionné l’abolition de l’esclavagisme à une contrepartie financière, pour mettre fin à ce mode de production. Il est né en 1794. Avocat et planteur. Il avait 16 ans en 1810 et il était un farouche opposant à l’abolition de l’esclavage sans compensation. Organisateur d’un lockout (le premier) pour faire partir John Jeremie. Il est mort en 1839 à l’âge de 45 ans.

Je mentionne ces faits pour bien faire comprendre que la mentalité des colons n’avait pas changé avec l’apport des idées du Siècle des Lumières (1715-1789) promouvant la transcendance de l’obscurantisme. La Révolution Française de 1789 et l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises et des lois antiesclavagistes de l’Angleterre, n’eurent aucun effet idéologique sur eux, planteurs, mais aussi sur les gens d’église. Le combat doit continuer contre le racisme économique, surtout avec les ‘Smart Cities’.

Que pensons-nous de Gaëtan Duval ? Il est retourné à Maurice dans les années 60 pour

  • soutenir, à contrecourant de l’Histoire, l’oligarchie sucrière alors que le Militantisme explose dans le monde. Il aurait été financé par le secteur privé pour cela ;
  • opposer sauvagement et d’une façon obscurantiste, l’indépendance du pays au point que s’il n’y avait pas eu la bagarre de janvier 1968, il y aurait eu un coup d’état dans le pays le 12 mars 1968. Il n’y a jamais eu de possibilité d’association avec la Grande Bretagne. JAMAIS. Les Etats-Unis avaient imposé l’indépendance du pays. Pire, ce pays serait à l’origine de l’exode de cerveaux vers l’étranger, et ce, par milliers.

Plus grave encore il quitte l’opposition parlementaire pour s’intégrer au pouvoir et imposer des lois liberticides et anti-travailleurs, et le renvoi des élections. Que n’a-t-on pas vu à Rodrigues par ses promesses bidons (y compris la plus insipide qui est l’intégration à la France) ?

Il est responsable d’avoir transformé le Parti Mauricien (anciennement le Ralliement Mauricien) en un PMSD d’extrême-droite impliquée dans plusieurs agressions. Il a créé des syndicats pro-patrons (FSP) pour empêcher la transformation de la Zone Franche en secteur économique non-exploitrice. A l’époque, on se référait à la Zone Franche en termes de Zone souffrance…

Suis-je le seul à le critiquer ? Certainement PAS. Plusieurs personnes ont pris position contre lui au sein même du PMSD, y compris Xavier Duval. On a ensuite assisté à la danse macabre des PMSD, PMGD et PMXD.

Pourquoi alors le réveiller dans l’Histoire ? Parce qu’il y a dans le pays, plusieurs de ses émules qui formentent une politique citoyenne populiste et de droite. En ce moment, il y a trop d’opportunistes dans ce pays qui obstruent la bataille politique contre la dynastie Jugnauth et les tenants du pouvoir économique.


* Published in print edition on 6 April 2021

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