Jusqu’à Quand ?

Pour tout vous dire, on trouve que le ton guerrier des derniers mois de l’année écoulée a créé une bonne diversion de guéguerre politicienne habituelle opposant clans et dynasties sous couvert de textes de loi.

Pour une fois on a eu une vraie guerre, notre guerre à nous avec toute l’artillerie lourde que cela implique et qui a fait polémique entre les partisans du « pour » et du « contre ». Un véritable débat, quoi, dans la presse et sur les ondes : Faut-il déclarer la guerre ou non ?

Le quartier « militaire » de Vacoas s’est vidé de ses locataires, braves soldats qui affûtent leurs armes toute l’année aux frais des contribuables en attendant de prendre les armes pour une bonne cause. Qui plus est, on connaît la cause de cette bonne cause…

Sinon, bien malin celui qui peut affirmer avec certitude les causes des émeutes de 1968 juste avant l’Indépendance. Elle était communale et le sang avait coulé. Mais les têtes pensantes, c’est-à-dire les politiciens et leurs conseillers, ont décidé pour vous et ont fait le choix de l’amnésie, c’est-à-dire de faire comme si cet épisode n’avait jamais eu lieu. Pour l’harmonie sociale et l’avenir, disent-ils. Et évidemment, les manuels scolaires en font abstraction.

Et 1999 ? Pas encore effacé des esprits, et chacun sait comment le décès de Kaya avait déclenché une révolte chez ceux qui s’identifient à lui et que la colère rongeait à l’époque en raison des conditions économiques et sociales peu reluisantes.

L’objectif de paralyser l’économie avait réussi, la stratégie de la contre-attaque avait réussi également à mettre un terme au soulèvement.

Économie, survie, emplois, et comptes en banque, les maîtres-mots capables d’enflammer l’instinct de conservation, quitte à utiliser certaines formes de violence… Rien d’intercommunal dans tout cela même si l’éditorialiste d’un journal dominical avait essayé de coller cette étiquette sur le dos de la communauté majoritaire, histoire de faire porter le chapeau aux amis qui n’étaient pas impliqués en 1968.

A l’épithète admirable qui colle au peuple sans qu’il ne l’ait demandé, il faudrait accoler pacifique et innocent… et les dégâts collatéraux qui en résultent : soumission, passivité et lâcheté. Tout le drame est là. Et si on y ajoute amnésie et silence, c’est une véritable tragédie sans héros shakespearien ni cornélien, mais une victime certaine : le peuple et son avenir.

Fin 2015. Tandis que les ailes en acier des Alliés transportent des tonnes d’armes meurtrières et déchirent le ciel au Moyen Orient et que, cloués au sol, les soldats de Da’ech se défendent comme des diables planqués dans leurs tanks, ici, le peuple était majoritairement uni derrière les vaillants soldats de la SMF dans une guerre sans merci contre les chauves-souris, bêtes nocturnes aveugles le jour et ne se déplaçant qu’à la nuit tombée.

On ne touche pas à l’assiette et au porte-monnaie du peuple sans attirer sa foudre ! Non, mais alors ! Cette guéguerre rentrera dans les annales car la fameuse harmonie sociale ne risque pas d’être perturbée.

Au fait, a-t-on songé sérieusement à l’efficacité des soldats de l’armée et des policiers, qu’on désigne souvent avec moquerie comme ‘police carton’ si jamais le pays subit une attaque surprise ? Que faire si un pilote est suicidaire ou en cas de la découverte tardive d’un trafic d’armes qui trouvent preneurs parmi ceux qui fulminent pour un rien et imposeraient volontiers leur idéologie à tout un chacun à la première occasion ? On risque de payer très cher cette innocence insouciante.

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Je Suis Iqbal

« Je suis Super Cash Back Gold », voilà ce qu’on fabrique comme peuple lorsque tout est muselé et étouffé. Une cause qui pousse les adhérents, nantis arborant vêtements et lunettes de soleil de marque, et aspirants nantis à manifester dans les rues pour réclamer leur dû. Sinon, chacun pour soi et Dieu pour tous.

Se réunirait-on pour défendre une cause commune, une idée, un principe, un droit ou une liberté ? Non, on préfère la résignation, la soumission à tout et n’importe quoi, à l’inadmissible. C’est en solitaires que les proches d’Iqbal Toofany, soutenus par l’auteur de Paradis en Dey et leader de la marche ratée des Indignés, ont manifesté leur douleur au Jardin de La Compagnie après le passage à tabac d’un seul homme par cinq policiers lors d’une garde à vue, et qui a entraîné la mort de ce dernier.

C’était inadmissible, engageant et révoltant. Mais il n’y a pas eu de « Je suis Iqbal ». Hélas pour notre dignité et nos valeurs ! Mes regrets de ne pas avoir été au pays pour soutenir la famille au Jardin qui porte mal son nom car le public reste avare de sa compagnie lorsqu’il s’agit de s’afficher ouvertement.

Pourrait-on évoquer une sorte de lâcheté générale ? Plusieurs contre un, les forts écrasant les faibles, les patrons sans scrupules exploitant les employés, les grosses voitures qu’on laisse passer par peur et soumission, le propriétaire de la Mercedes cognant sur le quidam qui égratigne sa voiture, le sadisme des puissants du jour en guerre permanente contre les adversaires d’hier et contre les fonctionnaires qui osent exprimer la moindre critique… Une fois au pouvoir, les uns s’enferment dans une tour d’ivoire, voire même sur une autre planète, et la caravane passe…

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Plus ça change…

Aux chômeurs, les plus téméraires qui n’hésiteraient pas à défoncer les portes les plus imprenables et faire leur chemin, on était tenté de dire depuis longtemps : Entrez donc en politique, c’est comme le Super Cash Gold, vous êtes sûrs de sortir de là, les poches bien remplies. Qu’est-ce qui leur donne cette assurance, d’après vous ?

Quant aux grands projets de coopération annoncés dans divers domaines et financés par l’Union européenne, on a envie de dire à l’UE que pour la bonne gouvernance, il faudra repasser…

Aux calendes grecques, le droit à l’information, la transparence, le financement des partis politiques, la télévision privée qui pourrait promouvoir les libertés et les talents, la déclaration des avoirs sous toutes les formes des candidats aux élections, etc ?

Ou encore la redistribution des cartes aux partisans et opposants, les faveurs et punitions, y compris aux titres de presse sous forme de publicité, (d’un ridicule !) aux supporters et soi-disant opposants ? Finalement, on a assisté à la traque des adversaires dans un combat où Don Quichotte et le moulin à vent sont interchangeables…

Porteur d’espoir au début de sa création, au final, un certain ministère laisse sceptique plus d’un. On assiste à un déploiement d’artillerie lourde et un acharnement sur les proies faciles.

Malheur à celui ou celle qui utilise sa liberté d’expression à bon escient, c’est mal vu par les petits tyrans qui pullulent dans les instances à tous les niveaux, malheur à ceux qui se déplacent la nuit comme des chauves-souris pour assister à des réunions secrètes.

Big Brother a l’œil sur tout. Comment le combattre ? Amnésie et silence sont fortement déconseillés à ceux qui ont les ressources et les capacités de relever le défi. Ce serait destructeur et irresponsable d’assister au sacrifice des libertés et des droits…

* Published in print edition on 22 January 2016

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