Et si les choses s’étaient déroulées autrement…

Imaginons une société où les têtes pensantes s’affirment avec conviction et insistance sur la voie à suivre pour garantir l’évolution du bien-être spirituel et matériel de tous les habitants. Imaginons que cette évolution soit suivie avec une vigilance qui permet de prendre des mesures correctives et rigoureuses pour contrecarrer toute dérive, sachant que les dérives ont des conséquences dévastatrices tant sur le plan moral que matériel.

Définissons d’abord une élite. Dans n’importe quelle société, il s’agit d’un ensemble de personnes éclairées qui se distinguent par leur formation et leur culture. Ce groupe, toujours minoritaire, est constitué des meilleurs de la société. Ces personnes possèdent la lumière et agissent comme la conscience d’une société. Elles exercent dans divers domaines que ce soit intellectuel, militaire, artistique, scientifique, religieux, commercial ou politique. Ce sont des personnes qui ont de l’aisance. Elles sont aptes à voir, à analyser et à orienter. Et elles s’expriment en toute liberté.

Cette élite, occupe-t-elle la place qui lui revient ? Certains membres de cette élite se sont expatriés de leur propre gré depuis des décennies car des cieux plus cléments leur offraient de meilleures opportunités pour s’épanouir.

Quelques-uns ont pressenti le climat peu propice à une évolution saine de la société dans laquelle ils évoluaient et ils n’avaient pas confiance en ceux qui en avaient la charge. Et ils ont préféré faire leur valise et partir.

Certains ont été obligés de plier bagage. D’abord, ils faisaient de l’ombre à quelques-uns, beaucoup moins brillants et nettement inférieurs qu’eux-mêmes. Ensuite, ces derniers s’étaient hissés à un rang qui leur permettait de décider de l’avenir professionnel des autres, de leur octroyer ou de leur refuser tel ou tel poste par peur et/ou par jalousie.

Et qu’est-il advenu de ceux qui sont restés? Leur a-t-on permis d’occuper la place qu’ils méritaient ? Il est fort douteux que tel en a été le cas, étant donné le mode de sélection et de promotion pratiqués dans la société. Parfois mal placés, souvent déplacés ou mis à l’écart, écartés des instances décisionnelles, ils n’ont pas eu l’occasion de donner des conseils, d’orienter et/ou d’apporter leur contribution à l’édifice national.

Pire encore, les personnes nettement inférieures qui détiennent l’autorité et le pouvoir ont inventé une nouvelle pratique : envoyer des mises en demeure à ceux qui leur sont supérieures en qualité et en capacité, et ce pour les museler, les priver de voix et de la scène publique, d’un statut et de revenus honorables, et les forcer à rester dans les coulisses en les contraignant au silence pour les humilier, les punir et les casser. Tout ce qu’il y a de pire dans les défauts et les dérives de l’ego des hommes…

C’est une pente dangereuse sur laquelle s’est embarqué un groupe de personnes ayant autorité sur les autres. C’est un groupe inférieur, d’un bas niveau général, mal avisé, mal entouré et piètrement conseillé par une ribambelle de conseillers. Parmi ceux-ci, un bon nombre n’aurait même pas franchi le seuil de simple commis de l’Etat derrière un guichet dans certains pays. Par conséquent, c’est tout le pays qui en pâtit lorsque la capacité et la force de ses meilleurs éléments ne sont pas employées à bon escient et ne sont pas mises à contribution pour l’intérêt général.

Imaginons ce que serait devenu ce pays si les choses s’étaient déroulées autrement. Imaginons le fait de soigner et de promouvoir davantage une élite formée sur un éventail plus large de connaissances, incorporant une vision holistique de l’éducation et du développement humain. Imaginons une élite qui a une vision et une ambition pour la société, s’affirme et se fait écouter, se fait gardien des valeurs communes, applique et préconise la discipline et la rigueur, et met en garde contre les dérives quand il le faut.

Imaginons une élite qui n’abdique pas de jouer son rôle par négligence ou sous contrainte, mais elle rappelle que tout ne se résume pas à l’économie et à la politique. Elle dénonce les imposteurs de la connaissance et du savoir qui ont pris une importance démesurée de nos jours. Ces derniers ont baigné dans la lumière blafarde des écoles d’expert-comptable et de commerce de qualité moyenne mais ils pavoisent dans toutes les instances. Prenons un autre exemple classique : ce sont des techniciens du corps et de la santé et leurs acolytes interprètes de la loi qui sont en surnombre partout ; ils se sont autoproclamés les plus aptes à commander et continuent à pulluler et à polluer toutes les instances.

En somme, imaginons une société où l’élite pourrait dire les vérités et mettre les choses à leur place. Il s’agit d’une société où chaque membre jouerait pleinement son rôle : éclairer et tirer la société vers le haut.


* Published in print edition on 14 June 2013

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