Nita Chicooree

Carnet Hebdo

 

L’Ego chez les égaux

 

Elle a trouvé qu’il y a une écoute sincère chez les hommes mauriciens invités à la conférence sur la violence domestique lors de la conférence organisée par l’ambassade de France. You can’t blame her, elle n’a pas tort, la féministe française. Elle compare certainement leur attitude à celle du public mâle européen et particulièrement français.

Même si l’on serait tenté d’affirmer que le machisme est universel, il se manifeste de manière différente selon les peuples et les cultures.

 

La société française est restée profondément misogyne dans son comportement général vis-à-vis de la femme. L’évolution des mentalités ne dépend ni de décret gouvernemental ni de la devise d’égalité, de fraternité, etc. N’importe quel observateur attentif, sensible aux relations et aux comportements des hommes et des femmes au sein d’une société ne peut que constater la profonde susceptibilité du Français moyen dans le relationnel et le mépris et l’agressivité qu’il affiche vis-à-vis de la femme dès la moindre contrariété.

Dans nos sociétés, il existe une certaine douceur de vivre. Et cette douceur se retrouve chez les femmes aussi bien que chez les hommes, Créoles et Asiatiques. Est-ce aussi une question d’ego? Des relations avec la mère ? D’un détachement qui s’opère dès la rentrée dans l’âge d’adulte ? A l’inverse, dans nos contrées, l’attachement à la mère perdure dans le temps et reste assez forte. D’où un certain respect, une certaine tendresse et une écoute de la parole des femmes. Donc, lorsque la féministe venue de France déclare ‘qu’il y a moins de méchanceté’ chez les Mauriciens, elle a raison. Il y a ici beaucoup moins de méchanceté dans le langage et l’attitude générale.

L’ego surdimensionné du mâle dans ces pays-là est toute une histoire. La majorité des hommes sont d’une incroyable susceptibilité. A noter que depuis quelque temps, lorsque le coq français s’énerve (ce qui lui arrive souvent!), il traite l’inconnue en face de lui en employant le terme ‘maman’! Et ce n’est pas un compliment. C’est tout dire…

 

Fraternité au féminin

 

Notez que d’une manière générale, les pays anglo-saxons se livrent facilement à l’autocritique en remettant en cause leur politique et autres systèmes qui régissent la vie de leurs citoyens. Cette autocritique leur permet d’innover et de trouver des alternatives à tout ce qui ne fonctionne pas.

Les hommes et les femmes constituent la base même d’une société et les valeurs que ces personnes véhiculent déterminent la qualité de leurs relations. Nulle société n’est parfaite, la nôtre non plus. La France est un de ces rares pays en Europe qui ne se donne pas la peine de voir ses travers, en face. Un de ces travers est la misogynie intégrée par les femmes elles-mêmes !

Quiconque a voyagé et s’intéresse aux peuples et aux cultures qui composent ce monde est abasourdi par l’attitude anti-femme des femmes en France. Toujours prête à descendre et trahir une autre femme, sans parler de l’hypocrisie et de la superficialité des relations d’une manière générale, et la façade soi-disant libérée masque difficilement la haine inconsciente des femmes pour leurs consœurs.

Et quelle différence avec les femmes créoles de la Réunion ! Elles sont beaucoup dans l’empathie, la solidarité et l’entraide dans leur société. Et cette douceur de la femme indienne et sa compassion et soutien de ses consœurs dans les moments difficiles dans notre société. Il n’est pas étonnant que la ‘sororité’ soit un mot qu’on entend jamais dans la langue de Molière!

 

Solidarité

 

Que chacun s’occupe de ses plates-bandes et, c’est vrai que l’on a fort à faire chez soi. La femme a toujours travaillé à Maurice, que ce soit dans le système esclavagiste ou après son abolition. Alors que les muscles de l’homme créole étaient sollicités pour faire tourner la machine à l’usine et ainsi assurer la bonne marche de l’industrie sucrière, et que l’homme devait se déplacer à travers l’île selon les ordres du maître, son rôle au sein de sa famille, si tant est qu’il y ait ‘famille’ se limitait à celui de géniteur. Il incombait à la femme de s’occuper de la famille comme elle le pouvait. C’est peut-être ce qui a conféré une certaine force aux femmes dès les débuts du fondement de la société.

De nos jours, le soin et le souci de nourrir la famille relèvent encore du domaine féminin. Si les femmes, en général, de par leur expérience, décident d’exploiter une solidarité qui serait bénéfique à toute la société, en se débarrassant d’un certain conservatisme dans lequel l’on reste englué, elles ont le potentiel de le faire. Non pas en jouant les guérisseuses de tous les maux que la société dépose à leur porte. Mais en innovant, en proposant d’autres structures sociales qui feront davantage porter des valeurs féminines dans le but de rendre la société plus humaine.

 

Nita Chicooree

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