A propos d’‘Education – Remèdes contre l’absentéisme’

Reader’s Response

Le ton est lâché : Le discours ambiant tend à délégitimer, voire désacraliser le rôle des enseignants ! Discours philippique. Réquisitoire.

Comment un adolescent peut-il respecter ses professeurs si les parents, les anciens directeurs ou encore le ministre leur reprochent d’être incompétents ? Comment peut-il s’intéresser à leur enseignement si le public ne cesse de dévaloriser, de dénigrer, voire d’humilier et d’offusquer ses précepteurs mêmes ?

Premier acte : Les adolescents, eux-mêmes en équilibre instable, ont besoin de sentir le lien entre les adultes – parents et enseignants – pour donner un sens à leurs apprentissages ! Aux parents d’éviter de régler leur passif éventuel avec l’école ! Au public de ne pas accuser les professeurs trop vite de laxisme… Le problème de l’absentéisme au niveau secondaire ne date pas d’hier ! Ce mal insidieux se répand parmi les jeunes et va crescendo d’année en année et, tristement, il semblerait que le public met à l’index les enseignants car ils sont passifs (?) et « ne font rien », à en croire les paroles acides d’un ancien directeur du secteur public, notre nouveau Diogène ! S’il est vrai que celui de Grèce était cynique (stricto sensu), on ne peut en dire autant de l’auteur de l’article du 4 juillet 2014 paru dans les colonnes de votre journal le 4 juillet dernier. En effet, s’il a l’art de la diatribe et des propos corrosifs, il semblerait aussi qu’il marine clairement dans le jus de la médiocrité ! Le cerveau de chacun répond à sa manière, dirons-nous.

La réussite de l’étudiant dépend nettement de la rencontre régulière des parents et de ses enseignants, pas uniquement pour parler « notes et niveau », mais aussi pour évoquer l’adolescent et sa personne ! Il s’agit bien de les aider à grandir, n’est-ce pas ? Or, la plupart des parents se déchargent de leurs responsabilités. Le parent, pris dans les rets de ses affects et de son inconscient, vit-il une relation trop passionnée avec son enfant pour faire preuve de neutralité ? Doit-on rappeler que l’enfant, le parent et l’enseignant forment un triangle sémantique ? Pensez-vous réellement que la racine du problème de l’absentéisme découle des enseignants ?

Deuxième acte : Les enseignants, « ayant bénéficié de substantielles augmentations de salaires », sont « grassement payés » raille l’ancien directeur. Pourtant ils se mettent en quatre et sont constamment au four et au moulin afin de parfaire la culture de la jeunesse, ignorante des aléas de la vie et les rapprochent de l’idéal holistique de l’éducation. L’enseignant a une moyenne de 120 étudiants auxquels il s’efforce vaille que vaille de faire comprendre que les connaissances les aideront à se construire et à devenir de bons citoyens.

Doit-on rappeler que la tâche des enseignants est protéiforme et qu’elle consiste à gérer des classes moyennant 35-40 élèves tout en dispensant la connaissance et à développer les aptitudes des apprenants? Doit-on rappeler que les enseignants sont perpétuellement arc-boutés sur leur table à préparer plusieurs devoirs et à corriger des scripts ? Et cela suppose d’accepter que le résultat soit imparfait… Un chat ne s’appelle pas un chien, n’est-ce pas ? A cela, certains y ajoutent le travail de psychologue (les psychologues étant les grands absents des collèges !) car le choc de la puberté et ses conséquences sur la perception de l’élève et ses relations avec autrui le déstabilisent tout en le rendant moins disponible pour apprendre !

Ce n’est un secret pour personne : l’étudiant de ce siècle se décourage trop vite, car pour lui la réussite et le plaisir doivent être les corollaires de notre civilisation de jouissance ! Résultat : ce sont ces mêmes pédagogues, avec une économie de moyens, ou de moyens lacunaires, qui se transforment en de véritables réceptacles de la connaissance et qui arrivent à sécuriser, encadrer, guider, encourager et responsabiliser les jeunes adultes de demain.

Troisième acte : Le métier d’enseignant est un exercice d’équilibriste ! Éduquer un enfant, c’est trouver l’art et la manière de faire passer les principes et réussir la construction de sa personnalité. Comment réussir à le cultiver? Résistance et refus sont presque inévitables chez les adolescents !

Une seule solution : négocier ! Pas facile de passer des contrats… L’apprentissage est loin d’être spontané chez l’enfant ! La jeunesse est en ébullition et elle rechigne à lire. L’on ne peut mésestimer ces jeunes frondeurs qui multiplient les invectives, les chapelets d’injures, épuisant leur bile à l’égard du corps enseignant ! Parlons sans ambages du langage égrillard ou encore des insultes qui fusent dans l’enceinte du collège… Notre système d’éducation est-il aussi permissif?

A titre d’exemple, la violence gratuite qui règne au collège Sookdeo Bissoondoyal n’est que l’arbre qui cache la forêt ! Comment donc la juguler ? Invitons donc les détracteurs à embrasser le professorat ne serait-ce que pour une journée pétrie de mille contrariétés… « La réflexion est une spécificité humaine » suivant la logique des experts. Qu’elle sera la vôtre ? Les collèges sont depuis quelque temps le théâtre d’affrontements entre enseignants et étudiants (qui se croient tout permis). Tristes tropiques : nos collèges ont revêtu les hardes de Cendrillon et notre microsociété est pleine liquéfaction ! Voilà qui nous rince joliment. Aucun diktat n’est à imposer, mais la discipline est le pivot de la vie scolaire…

Enseigner, c’est être capable de faire évoluer les principes au jour le jour en fonction des circonstances. Il n’existe pas de règle dans ce domaine. A une exception près : savoir écouter. Même entre les mots… L’enseignement est un sacerdoce ! Enseignants, parents et étudiants doivent marcher main dans la main, chacun à sa place, sans confusion des rôles…

Et Vous, cher public, quelle sera votre vanne ?

Espérant que le pollen de ces quelques mots voltigeront et papillonneront afin d’aiguillonner l’esprit critique de nos lecteurs…

 

Narendranath Gopee
Président – Government Secondary School Teachers Union

 


* Published in print edition on 18 July 2014

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