« Mme Gurib-Fakim a l’obligation de parler ; elle a une obligation morale »

Les « koz-kozé » entre le MMM et le MSM ont débuté déjà depuis 2017, bien avant l’affaire de la carte Platinum’


Cette semaine, les Mauriciens s’intéressent de nouveau à Alvaro Sobrihno. D’abord simple employé des assurances, Sobrinho poursuit une carrière dans le secteur bancaire et obtient plusieurs récompenses. Très vite, ce statisticien de formation investit dans plusieurs domaines : médias et télécommunications, publication, énergies renouvelables, entre autres. Il devient philanthrope et fait partie des fondateurs du Planet Earth Institute. Sur le site web de cet institut, on apprend que Ameena Gurib-Fakim a remboursé la « Mauritian sister foundation” pour des sommes « apparently inadvertently used on a credit card issued to her ». Sachant que les autorités portugaises s’intéressent à la fortune et aux investissements du riche homme d’affaires Sobrihno – il est question de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale, mais que des faveurs lui ont été accordées à un haut niveau à Maurice, cela soulève de nombreuses interrogations. Cader Sayed-Hossen du parti Travailliste nous donne son point de vue.


Mauritius Times: On pourrait spéculer sur les raisons qui ont finalement poussé la Présidente de la République à jeter l’éponge, vendredi dernier, et soutenir qu’elle n’a pu tenir le coup face aux pressions qu’elle a dû subir ces dernières semaines, ou qu’on a dû la conseiller de partir après le faux-pas constitutionnel de l’institution d’une commission d’enquête Moollan. N’empêche qu’elle a quand même l’obligation de parler, n’est-ce pas ?

Cader Sayed-Hossen: En effet, seule la Présidente de la République connaît exactement les raisons pour lesquelles elle a fini par démissionner de son poste, après avoir dit et redit qu’elle allait rester, et ensuite qu’elle allait entrer une action en justice contre ceux qui l’ont ‘calomniée’ (je cite ses propres mots). L’impression qu’elle avait alors laissée était que si elle devait partir, eh bien, elle ne serait pas la seule à le faire. Et puis, elle part ; elle annonce qu’elle n’intentera aucun procès, qu’elle ne tiendra aucune conférence de presse, bref, qu’elle se taira.

A mon avis, les raisons en sont très simples : elle se taira sur les dessous de l’affaire Sobrinho et sur les autres coupables pour que ces autres coupables se taisent sur son rôle dans cette affaire. Toute sa précédente bravade tombe piteusement à l’eau : démission accompagnée de l’annonce de la mise sur pied d’une commission d’enquête, acte anticonstitutionnel qui tombe aussitôt à l’eau et plonge la Présidente encore plus en difficulté.

Des pressions ? On ne cède aux pressions que si on a des squelettes dans le placard. Est-ce le cas ? En tout cas, le rôle de Mme Fakim dans l’affaire Sobrinho va probablement beaucoup plus loin que ses achats de bijoux, de chaussures et autres babioles avec l’argent de Sobrinho. Mais, par ailleurs, cette affaire Sobrinho va beaucoup, beaucoup plus loin que Mme Fakim elle-même… Et cette dernière le sait très bien.

Les cinq premiers Terms of Reference de la commission d’enquête qu’elle voulait instituer donnent clairement l’impression qu’elle sait exactement de quoi elle parle. Elle donne l’impression d’être parfaitement au courant de toutes les péripéties qui ont permis à un homme d’affaires sur lequel pèsent six juridictions policières – on est en train d’enquêter sur lui pour soupçon de malversation financière et fraude – d’obtenir, par un raccourci l’autorisation d’ouvrir à Maurice une banque d’investissement. A noter que sa demande avait été jugée irrecevable par le Board of Investment en 2014, alors que Navin Ramgoolam était Premier ministre, et avait été rejetée par la Banque de Maurice sous la direction de Basant Roi. Qu’elle est au courant de toutes ces histoires des 34 fois où Sobrinho a eu accès au State Lounge de l’aéroport et notez que c’est le Bureau du Premier ministre qui autorise l’accès au State Lounge, des limousines et autres SUV valant Rs 40 millions distribués aux complices, des villas de Royal Park, d’autres cadeaux au Portugal, etc. Et surtout, qu’elle connaitrait aussi parfaitement ceux qui sont impliqués dans ce scandale sans précédent au sommet de l’Etat, et ailleurs, et qui en ont grassement profité.

* De quel raccourci parlez-vous ?

De cet amendement que Pravind Jugnauth, alors ministre des Finances, apporte aux dispositions – par le biais du Finance Bill 2016 – pour accorder une licence pour établir une banque d’investissement à Maurice.

Par cet amendement, Pravind Jugnauth enlève cette prérogative à la Banque de Maurice, institution indépendante (qui avait refusé à Sobrinho, rappelons-le, cette licence parce que la provenance de ses fonds était douteuse, et c’est le moins qu’on puisse dire) et la donne à la Financial Services Commission (FSC), institution éminemment politique alors sous la tutelle de Roshi Badhain, qui était encore ministre à l’époque. Et la FSC accorde ladite licence à Sobrinho en un tour de main.

Je poursuis. Evidemment, Mme Fakim a l’obligation de parler ; elle a une obligation morale qui malheureusement ne fait pas partie des « guiding principles » du régime des Jugnauth et de leurs comparses.

Va-t-elle parler ? Je le souhaite ardemment. La Nation le souhaite et le Bien le requiert. Mais je ne crois pas qu’elle parlera. Je crois que le scénario sera comme suit : ceux au sommet de l’Etat vont lui dire: « Tais-toi sur nous et, nous, nous nous tairons sur toi ». Donc, Mme Fakim se taira et partira vaquer à ses affaires, quelles qu’elles soient.

Mais il est certain qu’elle devra parler dans un avenir pas très lointain – quand Navin Ramgoolam à la tête du prochain gouvernement travailliste établira une commission d’enquête pour faire la lumière sur cet énorme scandale politico-financier.

* Comment expliquer ce faux-pas constitutionnel de la part de la Présidente de la République ? Elle est en poste depuis juin 2015 et elle a dû se familiariser avec l’exercice des pouvoirs – et des limites de ces pouvoirs – que lui confère la Constitution de la République. Mauvais conseils des « apprentis sorciers » ou a-t-elle voulu réussir un grand coup au niveau de l’opinion pour démontrer qu’elle n’a rien à se reprocher… tout en sachant que le Gouvernement n’allait jamais accepter la mise sur pied d’une commission d’enquête ?

Il me semble que Mme Fakim n’a malheureusement jamais pris la véritable mesure de sa position en qualité de Présidente de la République, qu’elle n’a jamais compris ni assumé la profonde solennité de ce poste, du devoir de hauteur et de distance par rapport à certaines choses que ce poste exige.

Par exemple, cette espèce de bouillabaisse de mauvais goût entre la Présidence, l’Oréal et Planet Earth Institute aurait dû lui être déconseillée par ses conseillers – mais vous avez probablement raison, elle cherchait peut-être conseil auprès des « apprentis sorciers » – peut-être ceux-là mêmes qui sont derrière la suggestion d’une commission d’enquête.

Je ne pense pas non plus que la Présidente ait voulu frapper un coup médiatique, petit ou grand. Elle a tout bonnement commis un faux-pas constitutionnel soit parce qu’elle est ignorante des dispositions constitutionnelles relatives à l’institution d’une commission d’enquête, soit les « apprentis sorciers » de son entourage lui ont assuré qu’elle avait le droit de le faire.

Et nous avons entendu à la radio certains de ses supposés conseillers justifier la mise en place de cette commission d’enquête en en défendant et vantant la validité constitutionnelle.

Notre pays a déjà suffisamment souffert sous trois ans de règne des Jugnauth et n’avait pas besoin en plus de cet épisode de farce tragique auquel nous avons assisté ces dernières semaines.

* Pravind Jugnauth aurait pu faire l’impasse sur l’utilisation de la Platinum Card par Mme Gurib-Fakim, comme Sir Anerood l’aurait très probablement fait puisque, selon ses dires, le remboursement des dépenses faites par la Présidente aurait été effectué, ce qui aurait évité au Premier ministre les tracasseries de ces dernières semaines et l’affront présidentiel. Qu’est-ce qui a bien pu le pousser de prendre la décision de se séparer de mme Gurib-fakim ? La pression de l’opinion publique ou y a-t-il des choses qui se trament sur le plan politique ?

Il est clair que Pravind Jugnauth aurait préféré voir « swept under the carpet » cette affaire d’utilisation de la Platinum Card par Mme Fakim. Par ailleurs, le fait que Mme Fakim ait remboursé ses dépenses est ‘irrelevant’ – ce qui est en cause n’est pas le remboursement ou non. Ce qui est en cause, c’est le fait que le Chef de l’Etat ait utilisé une carte de crédit mise à sa disposition par un homme d’affaires dont elle a facilité les démarches d’affaires, et dont elle s’est réjouie par écrit de l’aboutissement positif desdites démarches, et ceci pour effectuer des dépenses personnelles.

Toutefois, l’éthique publique lui interdit d’accepter cette carte de crédit – ou toute autre carte – d’un homme d’affaires pour lequel elle a joué un rôle de facilitatrice (c’est un euphémisme pour être poli) – pour quelque forme de dépense que ce soit. Dès la parution des détails de cette affaire sur les réseaux sociaux, les choses sont allées très vite – avec un cri unanime de l’opposition politique, incluant le Parti Travailliste par la voix de Navin Ramgoolam, et de la société civile pour que la Présidente quitte son poste.


« Elle se taira sur les dessous de l’affaire Sobrinho et sur les autres coupables pour que ces autres coupables se taisent sur son rôle dans cette affaire. Toute sa précédente bravade tombe piteusement à l’eau : démission accompagnée de l’annonce de la mise sur pied d’une commission d’enquête, acte anticonstitutionnel qui tombe aussitôt à l’eau et plonge la Présidente encore plus en difficulté… »

Pravind Jugnauth n’avait alors d’autre choix que de sauver les meubles – que Mme Fakim parte et se taise. Mme Fakim a fait de la résistance pendant quelques jours et le pays tout entier attendait qu’elle parle, qu’elle déballe les dessous de l’affaire Sobrinho.

Elle décide maintenant de se taire – probablement par crainte de ce que les autres protagonistes de l’histoire, en retour, auraient à dire…

* La Présidente part, aujourd’hui, selon ses propres indications dans sa lettre de démission. On apprend aussi que c’est le leader du MSM, non pas celui du ML, qui va prendre la décision quant à la personnalité que le Gouvernement souhaiterait voir au Réduit. On peut s’attendre à ce que son choix soit éminemment politique et ce sera sans doute dicté par sa stratégie pour l’échéance électorale de 2019. Qu’en pensez-vous ?

Ivan Collendavelloo, leader du ML, avait à l’époque lu dans les yeux de Sobrinho la grande probité de ce dernier et en avait fait part au public le sourire aux lèvres et avec une conviction déconcertante. Penserait-il que les Mauriciens sont de parfaits idiots ?

Il semble de toute façon que Pravind Jugnauth ne fait plus confiance au don de voyance de Collendavelloo, ni à ses choix, ni à son jugement politique.

La rumeur publique a déjà fait part de certains noms pour remplacer Mme Fakim. Mais le choix de la personne pour occuper le poste de Président de la République est toujours et, dans tous les cas, un choix politicien – dans l’espoir que le choix de la personne en question fasse pencher en faveur des gouvernants telle ou telle autre section de la population. Et, dans ce sens, ce choix est donc toujours dicté par l’échéance électorale à venir.

* En attendant, c’est toujours le Gouvernement qui, valeur du jour, dicte l’agenda. Et on ne le voit pas disposé à se tirer une balle dans le pied pour se mettre dans l’embarras. Et on ne voit pas l’opposition, divisée telle qu’elle est présentement, capable d’accentuer la pression sur le Gouvernement pour la mise sur pied d’une commission d’enquête sur l’affaire Sobrinho, n’est-ce pas ?

Mais, dans n’importe quel cas de figure, c’est toujours le Gouvernement qui dicte l’agenda – surtout quand il lui reste environ deux ans de mandat et qu’il jouit d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale. Mais parler d’une opposition divisée est un peu lapidaire. Parlons plutôt des oppositions.

Le PMSD faisait partie de la majorité gouvernementale et Xavier Duval était Premier ministre adjoint du gouvernement Lepep pendant la durée de l’affaire Sobrinho : aujourd’hui, il ne peut dire qu’il n’était pas au courant de ce qui se passait. Les prises de position du PMSD dans cette affaire ne sont absolument pas crédibles.

Le MMM et le MSM se courtisent déjà depuis quelque temps en vue d’une alliance pour les prochaines élections. Cependant, afin de satisfaire la petite frange de l’électorat qui lui reste, le MMM est dans l’obligation de faire du bruit. C’est ce qu’elle fait. Mais c’est aussi la raison pour laquelle le MMM dirige toute son artillerie sur Mme Fakim principalement – alors que la pourriture va beaucoup plus loin dans la hiérarchie du pouvoir en place.

Reste le Parti Travailliste dont le leader, Navin Ramgoolam, a demandé – dès les premières révélations sur cette affaire et sans aucune ambiguïté – le départ de Mme Fakim et la mise sur pied d’une commission d’enquête pour faire toute la lumière sur cet épisode désastreux de notre histoire.

* Sir Anerood Jugnauth a récemment évoqué la possibilité d’une alliance MSM-MMM. Et on affirme dans le milieu politique que les « koz-kozé » avaient déjà débuté avant même que l’affaire des Platinum Cards n’éclate. Dès lors que le MMM souhaite ardemment l’institution d’une commission d’enquête, pensez-vous que les données ont changé depuis dans la perspective du leader du MMM ?

Vous savez très probablement que les « koz-kozé » entre le MMM et le MSM ont débuté déjà depuis 2017, effectivement bien avant l’affaire de la carte Platinum. Le MMM souhaite (ardemment, c’est vous qui le dites) l’institution d’une commission d’enquête parce qu’il ne peut faire autrement. Il est obligé de satisfaire son électorat – du moins, ce qui lui reste de son électorat – mais tout en sachant que ladite commission d’enquête ne sera pas instituée par le Gouvernement de Pravind Jugnauth.

Pour répondre directement à votre question, non, la perspective du leader du MMM n’a pas changé. Il demande une commission d’enquête tout en sachant que ladite commission ne sera pas instituée. Il ne souhaite évidemment pas la décrédibilisation totale de son partenaire de demain, mais il serait heureux si cette affaire Sobrinho affaiblit suffisamment le MSM pour le rendre plus vulnérable dans les négociations de partenariat et surtout pour le pousser vers des élections anticipées.

* On aura noté un changement au niveau du positionnement du Parti Travailliste par rapport à la destitution de Mme Gurib-Fakim, ce qui contraste avec celui du PMSD et du MMM, qui ont été constants dans leur attitude vis-à-vis de la Présidente. Dès le début de la crise, le PTr avait réclamé haut et fort le départ de Mme Gurib-Fakim. Shakeel Mohamed avait même fait part de son intention de déposer une motion de blâme contre la Présidente, et puis le discours a été modifié… Est-ce l’ethno-stratégie qui a pris le dessus ?

Absolument pas. Il n’y a jamais eu et il n’y a aucun changement dans le positionnement du Parti Travailliste par rapport à l’obligation morale de Mme Gurib-Fakim de quitter la Présidence. La destitution est l’aboutissement d’un processus institutionnel et c’est autre chose. Navin Ramgoolam l’a dit et redit publiquement : Mme Gurib-Fakim doit partir immédiatement.

Mais le Parti Travailliste est allé plus loin encore. Comment ? Cette affaire Sobrinho se résume très simplement. Selon des enquêteurs, Sobrinho aurait détourné de la filiale angolaise d’une banque portugaise la somme de 600 millions de dollars et il aurait eu besoin de blanchir cet argent – de le remettre dans le circuit des flux monétaires légaux afin de pouvoir en disposer légalement et librement.


« Ivan Collendavelloo avait à l’époque lu dans les yeux de Sobrinho la grande probité de ce dernier et en avait fait part au public le sourire aux lèvres et avec une conviction déconcertante. Penserait-il que les Mauriciens sont de parfaits idiots ? Il semble de toute façon que Pravind Jugnauth ne fait plus confiance au don de voyance de Collendavelloo, ni à ses choix, ni à son jugement politique… »

Avec les soupçons qui pèsent sur lui et les enquêtes dont il est l’objet dans six pays différents, aucune banque ne peut et ne veut prendre le risque d’accepter cet argent, d’où la trouvaille de Sobrinho : ouvrir sa propre banque dite d’investissement pour y injecter son argent et ainsi le blanchir.

Et, c’est ici qu’interviennent les protagonistes mauriciens. Et cela concernerait non seulement la présidence (qui ne représenterait peut-être que le sommet de l’iceberg), mais tous ceux, ministres, députés, fonctionnaires, responsables d’institutions et autres sous-fifres qui ont facilité et ont fait aboutir les démarches de Sobrinho. Et, en retour, ces derniers auraient été grassement récompensés par Sobrinho, en argent ou sous d’autres formes, voitures, villas, etc.

C’est pour cela que la position du Parti Travailliste est claire, logique, cohérente, morale et patriotique, c’est-à-dire

  • il faut que Mme Gurib-Fakim parte (déclaration faite sans aucune ambiguïté par Navin Ramgoolam dès le début de l’affaire) ;
  • les plus grands coupables de cette affaire sont encore là, non-inquiétés pour le moment, et il faudrait une commission d’enquête pour les démasquer – en d’autres mots, que Mme Gurib-Fakim serait l’arbre derrière lequel se cacherait la forêt de corruption au sommet de l’Etat par rapport à l’affaire Sobrinho.

Ce qui contraste en effet avec la position du PMSD et du MMM, qui ont été constants dans leur attitude d’éviter d’égratigner le Gouvernement Jugnauth. Le PMSD, parce qu’il faisait partie du Gouvernement Jugnauth au moment des faits, et le MMM parce que le MSM lui fait les yeux doux et vice versa.

* Rien ne présage à ce stade la déstabilisation du pouvoir politique en place… sauf si Mme Gurib-Fakim détiendrait des informations vraiment compromettantes sur les liens de certains « big guns » avec l’affaire Sobrinho et qu’elle décide quand même d’en parler. Que voyez-vous venir ?

De ce point de vue, comme la sœur Anne, je ne vois rien venir pour le moment. Tout Maurice aurait souhaité que Mme Gurib-Fakim se décide à en parler, comme vous le dites.

Mais on dirait qu’elle a déjà fait son choix : elle se taira. Ni conférence de presse, ni affidavit. Je suis convaincu que Mme Gurib-Fakim détient des informations absolument « damning » pour certains « big guns » comme vous les appelez. Je suis aussi convaincu qu’elle a subi un chantage – d’où le changement radical de son attitude et sa décision de se taire et de partir sur la pointe des pieds. C’est la règle de l’omerta.

* Faute d’une commission d’enquête sur les ramifications de l’affaire Sobrinho et les connections de Mme Gurib-Fakim et autres « big guns » avec Alvaro Sobrinho, il se pourrait que des fuites organisées des deux parties alimentent les médias et le débat politique jusqu’aux prochaines législatives. C’est tant mieux pour l’opposition ?

Ce serait surtout tant mieux pour la salubrité et l’éthique publiques et pour Maurice. En effet, il est fort possible et tout à fait souhaitable que des « whistle blowers » fassent parvenir aux médias des informations sur l’enrichissement soudain et inexpliqué de certains responsables, sur le devenir des fameuses villas de Royal Park à Balaclava, sur ce qui s’est passé au sein de la Financial Services Commission pendant les semaines qui ont précédé l’octroi de la licence de banque d’investissement à Sobrinho.

Mais, somme toute, nous avons en face de nous un Gouvernement qui doit faire face à ce qui relèverait de cette ignorance totale des principes de bonne gouvernance et du sens de l’éthique ; et ces actions guidées par la cupidité et la convoitise, qui manipule les institutions et les lois pour satisfaire des ambitions et des envies partisanes et personnelles.

Il se trouve que rien ne pourra changer le cours des évènements – sauf le départ de ce Gouvernement, la dissolution de l’Assemblée nationale et la tenue d’élections générales au plus tôt.

* Des questions portant sur l’entourage professionnel d’un Président, sur la nécessité d’un Président ayant un minimum de culture politique (constitutionnel, etc.,), sur le poids de l’ethnicité dans le choix d’un éventuel titulaire, les ‘benefits’ et autres ‘perks’ présidentiels font débat depuis l’éclatement de cette crise au sommet de l’Etat. Faut-il, selon vous, revoir tout le processus et les critères pour la nomination du Président de la République ?

Cela fait 25 ans que nous avons un Président de la République et nous en sommes à notre cinquième Président. Le fait que Mme Gurib-Fakim ait eu un comportement « improper » ne veut nullement dire que le système est mauvais. Cela équivaudrait à jeter le bébé avec l’eau du bain…

Même si on dispose des meilleures lois du monde, on aura quand même et toujours des individus qui enfreignent ces lois. On peut exiger les conditions les plus rigoureuses pour la nomination du Président de la République mais il y aura toujours des individus qui vont trouver les moyens de « cut corners ».

Dans tous les systèmes dits parlementaires de gouvernement, comme en Inde ou à Singapour, le Président de la République est toujours issu d’un parti politique et la prise en considération de l’origine sociologique de la personne choisie est une réalité. Et, dans une société comme la nôtre, où il faut toujours rechercher et établir dans la plus grande mesure possible un équilibre entre les différentes composantes de la société, c’est une réalité qui s’impose – du moins jusqu’à preuve du contraire ou jusqu’à ce que cette société soit tellement intégrée que de telles considérations ne soient plus importantes.

This could be a long call, mais je l’appelle de tous mes vœux.

 

* Published in print edition on 23 March 2018

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