Le télétravail, un nouveau phénomène ?

Impact de la pandémie

Par Aditya Narayan

Beaucoup de mauriciens ont découvert le télétravail, ou le travail à domicile, à la faveur du confinement imposé par les autorités dans la foulée de l’épidémie du coronavirus.

Est-ce un nouveau phénomène dans le monde du travail? Pas vraiment. C’est une pratique qui existe dans beaucoup de pays où la technologie de communication a fait un progrès immense, révolutionnant les rapports traditionnels entre l’employeur et ses employés, et la façon dont ces derniers s’acquittent de leur tâche.

Ce qui est nouveau, c’est que la pratique du télétravail prend de l’ampleur partout, dans le secteur public comme dans le secteur privé, grâce à une épidémie qui a bousculé nos routines et nos vieilles certitudes. Puisqu’une crise est une opportunité de se réinventer et de faire mieux, le télétravail est destiné à un avenir glorieux si le patronat et les syndicats partagent la même vision d’un monde du travail renouvelé, et au diapason de nouvelles exigences en matière de sécurité sanitaire et d’interactions sociales.

Les pays avancés technologiquement sont les pionniers du télétravail parce qu’ils réunissent sur leur sol toutes les conditions favorables à l’émergence d’un nouveau mode de travail. Ils ont installé à travers villes et villages une bande passante extensive, puissante et capable de connecter tout le monde à l’Internet. Les frais de connexion à l’Internet y sont relativement abordables en raison de la présence d’une multitude de fournisseurs de services en ligne qui se livrent à une compétition coupe-gorge pour attirer les clients. Divers bouquets combinant le service Internet, la télévision par câble, le téléphone portable et le téléphone fixe sont offerts avec un escompte aux consommateurs, qui y trouvent définitivement leur compte puisqu’ils peuvent varier la combinaison de services selon leur bourse.

En effet, le télétravail a des bienfaits pour les employeurs, les employés et la société en général.

Avantages pour l’employeur

D’abord, il faut souligner que le télétravail est offert à un employé à la discrétion de l’employeur. Il n’y a rien dans la loi du travail qui prévoit cette pratique. Cependant, il faut au préalable un accord mutuel entre les deux parties et, une fois que ces dernières s’accordent sur les conditions du télétravail, le contrat d’emploi (dans le cas d’un employé individuel) ou la convention collective (dans le cas d’un groupe d’employés syndiqués) sera amendé pour introduire le nouveau mode de travail.

Qu’il s’agisse du travail au bureau ou du travail à domicile, les exigences de présence, de responsabilité, de performance et d’imputabilité pour l’employé ne changent pas. Le cadre physique du travail peut changer, mais l’employé a les mêmes droits en termes de salaire et de congés, et les mêmes devoirs.

Le télétravail lui-même n’est pas un droit statutaire pour l’employé mais plutôt un privilège que l’employeur peut éventuellement lui retirer à son gré. L’employeur fait confiance à l’employé travaillant à domicile et s’attend à ce qu’il soit aussi assidu, performant et discipliné que s’il travaillait au bureau. C’est cette relation de confiance qui est primordiale dans la poursuite de cette nouvelle expérience. Ainsi, on s’attend à ce que l’employé, qui travaille selon un horaire fixe ou flexible, soit responsable en tout temps et résiste à la tentation de s’occuper de ses affaires personnelles pendant ses heures de travail.

La technologie aidant, l’employeur a toujours les moyens de communiquer avec l’employé par téléphone, courriel ou visioconférence en utilisant différentes applications informatiques (Business Skype, Microsoft Teams, WhatsApp ou Zoom). Les mêmes applications sont des outils formidables pour tenir des conférences en groupe entre les collègues, avec des partenaires extérieurs ou des clients.

Au début, ce sont les employés qui travaillent normalement en dehors du bureau la plupart du temps (tels que les représentants de vente, les auditeurs et autres techniciens fournissant des services chez des clients) qui s’étaient mis en mode télétravail. Entre deux visites chez des clients, ils n’ont pas à se rendre au bureau pour déposer leurs rapports. Ils peuvent les communiquer en ligne à l’employeur de façon sécurisée sur un réseau privé virtuel (Virtual Private Network).

Depuis, l’expérience a été étendue à d’autres catégories d’employés dans la mesure où les entreprises peuvent réduire leur espace disponible afin de baisser les coûts de location du bureau et les frais d’entretien. La réduction des coûts fixes d’exploitation est toujours un objectif dans la gestion de l’entreprise.

Avantages pour l’employé

Les employés tirent des avantages appréciables du télétravail. Dans les grands pays où la distance entre le domicile et le bureau est relativement longue, ils n’ont pas à voyager, ce qui leur économise du temps, de l’essence s’ils roulent en voiture ou des frais de transport public. Une autre économie importante est la dépense sur l’habillement. Il ne faut plus avoir une abondante garde-robe dernier cri si l’on ne va pas au bureau tous les jours.

Avec moins de stress dû à une réduction des trajets quotidiens, les employés deviennent plus performants. S’ils sont confinés (pas de jeu de mots) à leur domicile et se sentent isolés, ils peuvent toujours communiquer avec leurs collègues par divers moyens. Ce qui est beaucoup plus important, c’est que chaque employé ne roulant pas une voiture, c’est autant de réduction de l’empreinte carbonique de l’individu. Quand on fait l’agrégation de toutes les voitures mises en dehors de la circulation, on constate une baisse significative des émissions à effet de serre dans l’environnement.

Certains pays offrent une incitation fiscale au télétravail. L’employé à domicile a notamment droit à une déduction fiscale pour les frais d’un bureau à domicile (utilités comme eau et électricité, frais d’entretien, taxe immobilière, loyer, etc.). La déduction est calculée selon une formule pro rata: si le bureau à domicile est une pièce dans une maison de 3 ou 4 chambres, un tiers ou un quart des dépenses admises sera déduit de l’impôt sur le revenu, selon le cas.

Le travail à domicile est toute une culture qui a besoin de supports divers pour s’enraciner dans les mœurs. Une fois que l’on s’y habitue, c’est difficile de revenir en arrière.


* Published in print edition on 17 April 2020

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