Jean-Baptiste Placca

Chronique de Jean-Baptiste Placca

 

L’audace: L’unique défi pour une Afrique nouvelle

Encore un petit mois, et l’année du cinquantenaire s’en ira mourir de sa belle mort. En dehors du fait que l’on a beaucoup « festoyé » et un peu trop défilé, qu’en aurons-nous retenu ?

 

Quelques colloques, ici et là en Afrique, de nombreuses conférences-débats, là où la diaspora africaine a une présence intellectuelle dynamique. En France, par exemple, et cela peut s’expliquer : quatorze des dix-sept Etats sortis du joug colonial en 1960 étaient sous domination française. Ces commémorations concernaient donc moins d’un tiers des nations africaines. Mais 1960 est l’année qui aura enregistré le plus grand nombre d’indépendances à la fois.

 

Tel ou tel dirigeant a pu ne voir dans ce cinquantenaire qu’une occasion d’exhiber les équipements de son armée pléthorique. Ailleurs, on est plutôt fier, en général, du nombre de lits d’hôpital par millier d’habitants. A chacun ses priorités. Ainsi va l’Afrique.

 

L’audace comme unique défi pour une Afrique nouvelle

 

Mais, justement, parce que l’Afrique ne peut continuer à voguer au gré des choix contestables de dirigeants parfois controversés, il urgeait de rappeler où sont les priorités du continent, afin que nul ne vienne un jour prétendre qu’il ne savait pas. Ici réside tout l’intérêt du Symposium du Cinquantenaire, qui s’est achevé en fin de semaine dernière à Cotonou, au Bénin. Initiée par le professeur Albert Tévoédjrè, agitateur d’idées, s’il en est, cette rencontre a accouché du « Manifeste de Cotonou », qui proclame l’audace comme unique défi pour une Afrique nouvelle.

« Et si nous voulons remonter, voyez comme s’impose à nous le pied qui s’arcboute, le muscle qui se tend, les dents qui se serrent, la tête, oh ! la tête, large et froide !  C’est d’une remontée jamais vue que je parle, Messieurs ! Et malheur à celui dont le pied flanche ! » Aimé Césaire. La Tragédie du Roi Christophe. Tout est dit !

Plus qu’un appel au sursaut, ce manifeste est une injonction à agir, un véritable programme de gouvernement pour la Fédération des Etats-Unis d’Afrique, impérative, si l’on veut que les rêves du continent cessent de se perdre dans « l’estuaire du cauchemar ».

Jamais les enjeux n’ont été aussi clairs : à chaque génération, l’obligation de laisser à la suivante une nation meilleure et plus forte que celle dont elle a héritée.

A la frange de l’élite qui ne pense jamais qu’à elle-même, le Manifeste de Cotonou indique le chemin de l’honneur, pour que l’Afrique surprenne enfin le monde. Et que le pire cesse d’être une fatalité, pour laisser un peu d’espace au meilleur, qui ne demande qu’à surgir et peut surgir partout, à tout moment.

 

Jean-Baptiste Placca
MFI

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