Jack Bizlall

Interview : Jack Bizlall

« Bérenger-Ramgoolam ont un intérêt commun: le pouvoir politique…
… ils peuvent partager le pouvoir avec une constitution présidentielle semi- monarchique »

* « Bérenger ne pourra jamais réduire les Jugnauth. S’il continue son petit jeu pouvoiriste et s’il réussit, c’est cette famille qui sortira gagnante dans quelques années. » Chaque nouvelle année apporte son lot d’espoirs et d’espérances. Y aura-t-il des changements majeurs ou la population de la République de Maurice aura-t-elle à se satisfaire des mêmes vieux débats et des éternelles discussions tournant autour des deux protagonistes principaux qui dominent la scène sur le plan politique, à savoir le Premier ministre et le leader de l’opposition ? Quelle sera la portée des discours sur la réforme électorale et quelles en seront les implications sur le plan social et économique pour nous ? Jack Bizlall répond à nos questions.

Mauritius Times : Comment s’annonce, à votre avis, 2012 sur différents plans – politique, social et économique ? Les astrologues eux prévoient de véritables bouleversements, donc une année chaude en perspective…

Jack Bizlall : Je ne porte aucune attention à l’astrologie. Encore moins aux astrologues, aux devins, aux diseurs de bonne aventure et aux croque-morts qui souhaitent la mort des autres pour gagner leur vie. Nous vivons en société et comme c’est le cas chaque année, nous vivrons en 2012 des moments agréables comme des moments désagréables tant en ce qui concerne notre vie personnelle qu’en ce qui concerne notre vie en société. Il ne faut cependant être ni complaisant ni alarmiste.

Ce qu’il faut faire, c’est comprendre dans quelle situation nous sommes et prendre des décisions pour rectifier les choses, corriger nos erreurs et surtout entrer en rupture avec ce qui n’est pas raisonnable, ce qui n’est pas acceptable et ce qui ne peut être subi. Je ne regarde pas le monde en blanc et noir ou en termes de lutte entre le Bien et le Mal.

Personnellement, j’analyse les choses et je prends position contre ce qui est inacceptable. Je m’efforce de faire des propositions et d’agir dans le sens de l’alternative, du changement et de la rupture avec tout système et toute personne responsable de nos problèmes. Le reste, c’est l’action politique cohérente, intelligente et réalisable. Le reste, c’est l’action de masse, c’est-à-dire l’engagement de nous tous.

Sur le plan social, nous sommes au début d’une fracture sociale depuis quelques années et je rends Navin Ramgoolam personnellement responsable de cet état de la situation. Je souhaite que le gouvernement rectifie les choses ou que Ramgoolam quitte le pouvoir. Ramgoolam est malheureusement incapable de reconnaître ses erreurs et il ne partira pas de son plein gré.

Sur le plan politique, je crois que Bérenger nous harcèlera avec des élections générales anticipées sans rien proposer de concret sur le plan de l’analyse et sur le plan de l’alternative.

Sur le plan économique, nous continuerons à vivre en nous endettant et en « vendant le pays » encore plus. Il arrivera un moment où il ne sera plus possible de rembourser nos dettes et il n’y aura plus rien à vendre et nous serons « dans la mélasse » individuellement et socialement parlant.

L’alternative économique se trouve dans l’antithèse de cette politique. L’alternative politique se trouve dans la création d’une autre force politique. L’alternative sociale se trouve dans le démantèlement de l’hégémonie capitaliste qui nous agresse. Si nous prenons ces dispositions d’une façon consciente, 2012 peut effectivement être une année charnière, une année transitionnelle.

* 2012 sera aussi l’année de la confrontation, dit-on, en ce qui concerne les rapports entre le Président de la République et le Premier ministre. Une confrontation inévitable, affirme-t-on, qui coupera définitivement les ponts entre le PTr et le MSM. Qu’en pensez-vous ?

2012 sera définitivement une année de confrontation. Je pense que différents secteurs vont réagir. La situation est intenable. Il y a quelques 700,000 personnes qui produisent des biens et des services dans notre pays. Les travailleurs réagiront. Ils sont 550,000 et parmi eux il y a au moins 350,000 qui sont sous-rémunérés et ils vivent dans l’insécurité de leur emploi. Les institutions qui régissent le monde du travail sont vendues au système. Trois manifestations sont prévues pour le 17 janvier.

Par ailleurs, il y a presque 50,000 petits producteurs. Si les petits planteurs ne réagissent pas, si les pêcheurs ne réagissent pas, si les fermiers ne réagissent pas, ils disparaîtront dans quelques années. Nous avons quelque 40,000 chômeurs qui n’intéressent personne. Pour le reste, c’est le secteur informel avec des agressions presque journalières contre ceux qui gagnent autrement leur vie. Avec l’endettement, les prix qui augmentent et qui font monter le coût de la vie, et surtout la cassure sociale, nous entrons dans un chaudron social.

Sur le plan social, le Président de la République a pris quelques distances du Premier ministre — partiellement et d’une façon manœuvrière. Je n’ai absolument aucun respect pour la famille Jugnauth parce qu’elle constitue d’abord une oligarchie politique et parce que cette famille ne pense qu’à ses intérêts. Qu’il y ait une cassure définitive entre le PTr et le MSM… je crois que c’est dans l’intérêt de la population.

Ce jeu politique entre Ramgoolam, les Jugnauth et Bérenger a assez duré. Ce que je trouve dramatique, c’est que ce jeu détourne l’attention de la population de ses problèmes et la pousse à penser que la solution se trouve dans une alliance entre le MMM et le PTr ou entre le MMM et le MSM.

Or il n’y a aucune confrontation entre ces partis politiques sur la question de la fracture sociale. Donc, nous resterons dans l’attentisme et s’il y a des élections générales, nous serons dans l’alternance. Si la situation éclate, nous vivrons soit une révolution politique ou une révolte sociale.

Toutefois, le fait demeure que nous avons surtout besoin d’une rupture politique, sociale et économique dans le cadre d’une alternative construite par une nouvelle force politique.

* 2012 : année de confrontation, mais il s’agit d’une confrontation redoutée, plus particulièrement par les partisans du MSM qui voient avec appréhension leur parti livré pieds et poings au MMM qui semble, ces derniers temps, vouloir réduire ce parti à sa plus simple valeur…

J’ai déjà dit que le MSM ne représente que 4-6% de l’électorat. Mais ce que je n’ai pas encore dit, c’est que les partisans du MSM constituent une force politique importante dans la mesure où quelques 40,000 à 45,000 électeurs, soit quelque 8,000 familles environ soutiennent une famille et non pas le MSM. Ni Ramgoolam, ni Berenger n’ont un tel soutien. Fort heureusement ! (Pour des raisons qu’il serait trop long d’expliquer dans une interview).

En sus de cela, la famille Jugnauth a des moyens financiers colossaux à sa disposition. Comprendre ce que représente la famille Jugnauth n’est point facile. Je dois à Lindsay Rivière, alors qu’il était au journal Le Mauricien, mon analyse de cette famille.

Ramgoolam a fait une erreur politique grave en s’associant aux Jugnauth et en maintenant Aneerood Jugnauth au Réduit. Bérenger fera une erreur monumentale en voulant, à tout prix et par tous les moyens, provoquer des élections générales en associant le MMM à la famille Jugnauth.

Bérenger ne pourra jamais réduire les Jugnauth. S’il continue son petit jeu pouvoiriste et s’il réussit, c’est cette famille qui en sortira gagnante dans quelques années et nous aurons une oligarchie au-dessus de nous. Bérenger ne sera plus de ce monde. Moi non plus. C’est pour cela que je me bats pour préserver la nature républicaine de notre société.

* La facture réclamée par le leader du MMM aux Jugnauth s’allonge de semaine en semaine : après le maintien du Best Loser System, l’exigence concernant le retour du père aux dépens du fils à la tête du MSM. Bérenger reviendra sans doute à de meilleurs sentiments au bout de quelques semaines: alliance MMM-MSM certes, mais sans partage égal du nombre des investitures — et du prime ministership. Prévisible ce Paul Bérenger, n’est-ce pas ?

Je pense que l’on ne connaît pas assez Bérenger. Il a de grandes qualités que je respecte. J’en parlerai un jour (car le moment n’est pas opportun). Mais il est avant tout un pulsionnel du pouvoir. C’est une maladie dont il souffre depuis des années. Une pulsion, c’est quoi d’autre sinon une force psychique que l’on ne peut atténuer que par son assouvissement. Excusez l’analogie, c’est ce qui se passe chez un cleptomane, un pyromane ou un mégalomane, entre autres.

Bérenger ne s’intéresse pas au poste de Premier ministre. Il a trop peur de beaucoup de choses. Ce qui l’intéresse, c’est de pouvoir tout diriger. Si vous suivez son itinéraire, ses décisions pour parachuter ceux qu’il croit être des imbéciles à la tête du MMM, ses alliances politiques avec Ramgoolam et les Jugnauth, vous comprendrez ce que j’avance. Est-il conscient de ce dont il souffre ? Difficile à dire.

Mais je crois qu’à la fin de ses jours, il ne veut rien partager avec qui que ce soit. Son choix portant sur Anerood Jugnauth au lieu de Pravind Jugnauth n’est pas sans fondement. Anerood Jugnauth, Premier ministre, ne sera en aucun cas le même que celui qui a été Premier ministre dans le passé. Trop vieux et surtout dépassé par les enjeux politiques contemporains. Son discours pour la Noël est révélateur de son incapacité de comprendre ce qui se passe dans notre pays.

La petitesse d’esprit de la MBC a détourné l’attention du public d’un discours qui aurait eu un effet boomerang sur son auteur. Par exemple, tout le monde a oublié MedPoint alors que l’on qualifie cette affaire de scandale du siècle. Le public sait-il et se pose-t-il des questions pour savoir avec quel argent le Sun Trust a été construit ?

* On écrivait dans nos colonnes en mars 2010 que « Pravind Jugnauth dispose personnellement de quelques sérieux atouts : un nom, un trésor de guerre et la jeunesse. Il y a aussi le phénomène d’usure du pouvoir et la logique d’alternance qui joueront en sa faveur. De plus, il pourra compter sur une partie de l’électorat mauve s’il sait bien s’y prendre… » Les données ont changé. Définitivement, selon vous ?

C’est effectivement les atouts de Pravind Jugnauth. Il faut ajouter la photo de maman sur les billets et le rôle de maman dans les coulisses du pouvoir. Vous avez une lecture intéressante de ce que représente l’héritier de la famille Jugnauth. Voilà la réalité que les gens refusent de voir et encore moins de refuser.

Ce n’est pas Bérenger qui se pose en obstacle à Pravind Jugnauth. C’est Anerood Jugnauth. Une oligarchie fonctionne différemment. Il faut que le père disparaisse pour que le prince héritier soit porté au pouvoir. Pravind Jugnauth est obligé d’attendre d’une façon ou d’une autre. Il n’a aucun choix. Tous les dirigeants du MSM et les familles qui soutiennent cette famille doivent allégeance à Anerood Jugnauth et non pas à Pravind Jugnauth.

Dans une oligarchie, le fils souffre plus qu’il n’en faut du complexe d’Œdipe. Dans une société moderne, on ne lui pardonnera pas de vouloir détrôner son père. La destitution de son oncle pose déjà un problème dans le cadre d’une alliance avec le MMM.

* Ce qui est également prévisible, c’est la stratégie du leader du MMM qui ne fait qu’employer celle utilisée par Navin Ramgoolam de 2005 à 2010. Car le scénario idéal pour le MMM, ce serait une lutte à trois, et c’est ce qu’il s’efforce d’accomplir en essayant de maintenir le PTr et le MSM séparé l’un de l’autre. Faites-vous la même lecture ?

Une lutte à trois serait la répétition des élections générales de 1976 où le MMM n’avait pas été porté au pouvoir. On aurait dû, comme proposé à l’époque, forcer les choses en mobilisant la population devant l’Assemblée nationale pour assumer le pouvoir par la force politique du MMM.

C’est dommage que Neil Komul et le député Ramoly du PMSD soient décédés, et que personne n’a jusqu’ici raconté les négociations entre la direction du MMM avec le PMSD ou le PTr.

Croyez-vous que la politique à Maurice se joue par des tractations pareilles ? Même avec un 60-0, le MMM n’a pas tenu longtemps en 1982. Ce scénario est hors jeu. Bérenger ne souhaite pas que le MMM dirige seul le pays. Quoi qu’il arrive, même dans le cas des élections générales à trois, le MMM recherchera une alliance électorale c’est-à-dire avant ou après les élections. Or, il est plus rationnel de rechercher des alliances avant qu’après.

Mais il y a un hic. Pour qu’il y ait des élections générales, il faut que Ramgoolam soit poussé à quitter le pouvoir. Bérenger a fait avaler l’incompréhensible en poussant le MSM hors du gouvernement avec l’affaire MedPoint, pour ensuite négocier une alliance avec cette famille. Le public a avalé cette pilule avec l’aide d’un journal en particulier.

Il sait très bien que forcer Ramgoolam hors du pouvoir, pour ensuite s’allier avec le PTr, n’est pas chose possible en ce moment. Cependant, il a pris l’initiative de faire l’apologie du PTr pour développer l’idée d’une alliance MMM-PTr et forcer une alliance avec Ramgoolam. Il a eu un lapsus qui révèle son état d’âme.

Ramgoolam a plusieurs cartes en main. La plus importante, c’est de pouvoir anticiper les choses et dissoudre l’Assemblée nationale s’il y a des indications qu’il pourrait se retrouver en minorité. Je crois que c’est en Australie qu’une telle décision n’a pas été entérinée par le Gouverneur général de ce pays. Ici, dans le cadre actuel des choses, si une telle chose a lieu, ce serait la crise politique la plus aiguë que personne ne recherche, d’où la pression de Bérenger afin de forcer Anerood Jugnauth à démissionner.

Permettez-moi de vous demander de publier ce qu’Anerood Jugnauth avait dit quand Cassam Uteem a voulu faire de la politique active. Ce qui n’avait pas été possible pour Uteem est présenté comme possible pour Anerood Jugnauth par une certaine presse. Demander donc à Kasenally ce qu’il avait conseillé au MMM quand on avait voulu mettre Anerood Jugnauth en minorité en 1983 et ce qui s’est passé par la suite.

* Par ailleurs, il semble de plus en plus que le projet de réforme électorale à la Carcassonne sera renvoyé au fond d’un tiroir (c’est un « mort-né, dixit le leader du MMM), et les politiques vont revenir à leurs vieilles habitudes – tried and tested, comme dirait l’Anglais – et se remettre à tourner en cercle autour de la chaise musicale jusqu’à ce que la musique s’arrête, n’est-ce pas ?

Avant que Bérenger n’exprime sa position sur le Rapport Carcassonne, j’avais déclaré dans le journal Week End – et j’avais soutenu ma position par des arguments politiques – que ce rapport doit être jeté à la poubelle.

Deux personnes monopolisent le débat politique. Navin Ramgoolam ne s’est jamais intéressé à la politique. Il est rentré en pays conquis comme héritier de son père. Il ne fait pas d’efforts pour être créatif et acquérir un savoir-faire. Le plus grave, c’est qu’il est en train de détruire ce que son père a construit. Dans quelques années, il ne restera rien du bonhomme et, dans un certain sens, Ramgoolam entrera dans l’Histoire comme celui qui a fait sortir son père de l’Histoire.

Bérenger, par contre, avait une avance considérable sur les jeunes de sa génération, tant sur le plan intellectuel que sur le plan de l’engagement. Il a considérablement régressé. Il peut affirmer qu’il a été l’initiateur de plusieurs décisions politiques depuis qu’il a quitté le monde syndical pour s’engager en politique. Mais si on doit le juger en tant qu’homme de gauche, il n’y a rien, absolument rien, de valable sur le plan de changement politique depuis 1982. Pour avoir été son ami et pour avoir été membre du MMM, cela me fait de la peine de lire ses positions politiques. Il reste un fin tacticien, mais un très mauvais stratège.

J’ai toujours cru, qu’arrivé à un certain âge, les gens font un bilan de leur vie et rectifie le tir. Malheureusement ce n’est pas le cas pour Bérenger, Bappoo, Beebeejaun, etc. C’est navrant. Musical chair, dites-vous ? C’est vrai. Mais c’est aussi et surtout une danse macabre.

Nous aurions dû passer à la deuxième république et changer les choses. Nous sommes toujours en train de débattre du système électoral. Le best loser system nous fait un tort immense de par sa nature ethnique. Nous allons nous faire encore plus de mal en suivant la logique du Rapport Carcassonne. Comment convaincre nos dirigeants que la solution est ailleurs ? Il faut mobiliser la population sur l’alternative.

* Qu’en sera-t-il, dans ces conditions, du « scandale du siècle » ? Vous savez que c’est en ces termes que Paul Bérenger avait qualifié l’achat de la clinique MedPoint par l’Etat. Il nous semble que les dirigeants du MMM et du PTr ne privilégieraient pas vraiment un dénouement rapide de cette affaire. Qu’en pensez-vous ?

J’ai lu un document écrit par John Doe sur l’histoire initiale de MedPoint. Ce n’est pas le scandale du siècle. Bérenger a l’habitude d’utiliser le superlatif et l’exagération pour se donner de l’importance. MedPoint n’est que la partie visible de l’iceberg.

Dans une interview à votre journal, j’avais parlé de la cassure du contrat entre MedPoint et le gouvernement. Il n’y avait pas d’autre solution. Mais je crains fort que la SICOM ait déjà investi de l’argent dans la clinique. J’ai appris que des travaux y ont été effectués, ce qui rend cette cassure impossible.

Il ne reste qu’une seule possibilité: une commission d’enquête nommée par le Président de la République à la demande du Premier ministre. Le fait même que le Premier ministre n’ait pas opté pour cette solution me donne l’impression qu’il y a anguille sous roche. J’ai déjà dit que Ramgoolam ne peut pas dire qu’il ne sait rien de toute cette affaire. Avec une majorité marginale, il se retrouverait en grande difficulté si l’on apprend qu’un ou deux ministres de son gouvernement y sont impliqués.

John Doe poursuit son enquête. Attendons voir.

* De toute évidence, c’est Paul Bérenger qui, valeur du jour, détient pratiquement toutes les cartes en main. En l’absence d’une redistribution des cartes politiques d’ici 2015, Navin Ramgoolam s’efforcera de sauvegarder sa majorité jusqu’à la fin de son mandat. Parviendra-t-il, selon vous ?

La seule carte que détient Bérenger est celle de son rôle de Leader of Opposition. S’il restructure le MMM, nomme un cabinet fantôme, fait fonctionner les commissions politiques du MMM, mobilise son organisation sur la rédaction d’un nouveau programme politique, il aura alors une crédibilité qu’il a perdu depuis son altercation idiote avec Lollbeeharry de la GTU et son association — après cet incident — avec l’oligarchie sucrière.

Aujourd’hui, il agit comme s’il ne sait pas quoi faire. Il rencontre Ramgoolam, les Jugnauth, Sithanen… discute alliance avec tout le monde. Il sème le trouble dans ses rangs et dans la population, et pire, empêche les autres d’agir. Il ne détient aucune carte en main. C’est une perception qu’il entretient dans l’inconscient collectif.

Ramgoolam, de son coté, contrôle le PTr comme jamais ce parti politique n’a été contrôlé dans le passé. Il contrôle bien plus son gouvernement qu’il ne pouvait le faire à l’époque de son alliance avec le MSM. Je le vois tenir jusqu’à 2015 sans problème.

Son départ ne peut être assuré que par l’opposition de masse. Pour arriver à faire cela, il faut contourner la MBC-TV et démanteler son réseau de communication extra étatique. Or Dawood Rawat est en train de contrôler les médias. Il a déjà des intérêts dans des radios privées, et il contrôle plusieurs publications.

* Un remake PTr-MMM serait dans l’intérêt du pays, nous disent les « rouges » au sein du MMM. « Même combat… deux partis nés dans la lutte et non au pouvoir », a ajouté le leader des Travaillistes. Reste à voir si Paul Bérenger partage le même avis. Qu’en pensez-vous ?

Le PTr est mort. Il est tout au moins dans un coma qui perdure. Le MMM est sclérosé. Une alliance MMM-PTr serait une alliance incapable d’assumer quoi que ce soit. Parlons plutôt d’une alliance Bérenger-Ramgoolam. Ce sont deux personnes qui ont un intérêt commun: le pouvoir politique. Ils peuvent partager le pouvoir avec une Constitution présidentielle semi-monarchique. C’est ce qu’ils souhaitent au fond. Ce sont deux grands amis qui se connaissent et qui sont aussi voisins. Ils savent tout sur l’autre. Je dis bien tout.

Mais, il y a toujours un mais, les deux ont une pratique totalement différente de l’exercice du pouvoir. Bérenger est un homme de dossier, plus technocrate que politicien. Ramgoolam est plus politicien qu’autre chose. Ramgoolam est un bon communicateur, Bérenger ne se soucie pas de ce que les autres pensent. Ces deux hommes sont totalement différents. Les deux sont hypocrites dans leurs rapports.

J’ai le droit de me poser la question suivante : jusqu’à quand vont-ils décider à notre place ? Aucun dirigeant politique n’est éternel. Il faudra bien qu’ils partent un jour. Pourquoi pas maintenant ? Ni l’un ni l’autre n’ont l’ouverture d’esprit et l’humilité d’un Mandela ou d’un Nyerere. Dans les faits, nous avons affaire à une association éventuelle entre un chimpanzé et un bonobo. Le Darwinisme affirme que l’évolution est irréversible mais j’ai l’impression que nous régressons vers la planète des singes en regardant ce qui se passe à Maurice et ailleurs.

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