« Le MMM pourrait être le parti qui profiterait le plus de la réforme électorale…

Interview : Sydney Selvon – Journaliste & Historien

… au détriment d’un PTr privé du leadership de Ramgoolam »

« Le PTr a bien trouvé des successeurs à Maurice Curé. Je ne crois pas que, arrivé le moment d’une succession, quelque problème majeur se poserait »

« Les successeurs auxquels tout le monde pense sont : Alan Ganoo au MMM et Arvin Boolell au PTr, deux politiciens très efficaces »

L’opposition mène campagne ouvertement plusieurs mois avant les élections générales. Si bon nombre de citoyens ordinaires ont pris l’habitude d’écouter avec une certaine indifférence les discours politiques à ce propos, quelle est la situation au sein des partis politiques ? Y a-t-il de la fébrilité, de l’impatience, de l’effervescence, de l’inquiétude ou de l’indifférence dans l’air ? Sydney Selvon se penche sur les différents scénarios sans oublier un passage obligé par les alliances électorales et leurs poids dans toute joute électorale mauricienne.

Mauritius Times : Paul Bérenger attend toujours que Navin Ramgoolam propose « une bonne réforme électorale » — ce qui serait, selon le leader du MMM « à portée de main ces jours-ci ». Navin Ramgoolam lui, se fait attendre. En attendant, Cassam Uteem souhaite que le MMM aille seul aux élections, alors que Sir Anerood Jugnauth dit faire confiance à Paul Bérenger… «comme lui-même assure toujours sa parole ». Il y a de l’impatience, mais aussi de l’inquiétude qui tourmentent nos principaux dirigeants politiques ces jours-ci, semble-t-il. Qu’en pensez-vous ?

Sydney Selvon : On est à 20 mois de la fin du mandat de ce que fut l’Alliance sociale. La tradition chez le MMM et le MSM est suivie. Ils planchent sur le choix des candidats bien en avance et travaillent le terrain conjointement. Au PTr, le choix des candidats se fait jusqu’au Nomination Day, mais on sent qu’il s’apprête à entrer en pré-campagne. Chez eux, une stratégie déjà adoptée est de provoquer une cassure du Remake 2000 et de faire en sorte qu’il y ait une alliance avec le MMM à la faveur de la réforme électorale, d’où cette fébrilité que vous évoquez avec raison au sein de l’establishment politique.

* Toute cette effervescence politique donnerait l’impression que tout se joue actuellement, sinon que tout va se jouer dans les prochains jours. Or, c’est le Premier ministre qui détermine l’agenda et le calendrier politique, et rien ne laisse croire qu’il ne maîtrise pas, valeur du jour, toutes les donnes et leviers politiques. Donc, la question qui reste posée : tout se joue-t-il effectivement actuellement?

On vit actuellement le prélude à la campagne électorale. D’abord le choix d’alliances, et cela semble déjà décidé du côté de l’Opposition à en juger par les récents développements ayant contredit de fortes rumeurs qu’une alliance MMM-PTr se tramait en secret.

Par ailleurs, dans notre système politique partiellement westminstérien, et je l’ai appris à l’école en étudiant la ‘British Constitution’, le PM contrôle de moins en moins le calendrier politique au fur et à mesure que s’approche la fin du mandat, et il le perd définitivement lorsqu’il est obligé de dissoudre le Parlement au dernier moment. Les deux partis qui restent de l’Alliance sociale de 2010 vont discuter d’une nouvelle alliance entre eux et avec probablement le MMSD d’Eric Guimbeau. Ce qui se joue aussi, c’est le positionnement de Sir Anerood Jugnauth, leader du Remake 2000, comme challenger de Navin Ramgoolam, et pour cela, il est partie prenante des réunions et meetings à travers l’île – on parle d’un véritable pèlerinage politique de SAJ pour ce retour dans l’arène. En retour, Ramgoolam cible principalement SAJ et, à ce stade, un peu moins Bérenger, mais cela va changer.

* ‘White Paper’ ou pas, pouvez-vous imaginer que Navin Ramgoolam vienne de l’avant avec une « bonne réforme électorale » selon le vœu de Paul Bérenger sans un accord électoral ou qu’il consente à céder 34 ou 32 sièges au MMM dans le cadre d’un tel accord ?

Ce que je sais, comme tout le monde, c’est qu’une Alliance MMM-PTr était ‘on’ depuis l’année dernière sur la base d’une réforme électorale débouchant immédiatement sur son vote par ces deux partis qui contrôlent 81% du vote parlementaire. Ce vote allait créer un changement radical avec Ramgoolam accédant aux fonctions de Président de la République avec certains pouvoirs et Bérenger celles de Premier ministre, nommé par Ramgoolam. Cela supposait l’accession d’un nouveau leader au PTr et des élections générales opposant, alors, Paul Bérenger à SAJ pour le poste de Premier ministre.

Le MSM aurait cherché, à mon avis (parce que c’est un scénario inépuisable historiquement), à diriger un large front comme en 1983 comprenant le PMSD, le MMSD et aurait cherché à y attirer le FSM, Raj Dayal et d’autres alliés possibles. On aurait eu un affrontement direct SAJ-Bérenger pour le poste de Premier ministre.

La rumeur, vendredi dernier, était que Ramgoolam aurait déjà cédé à Bérenger 32 tickets contre 28 au PTr pour le ‘First Past The Post’, et un partage équitable de la liste proportionnelle des candidats…

* 34 ou 32 tickets au MMM dans le cadre d’un accord électoral PTr-MMM (même si Paul Bérenger est en train de repousser une telle proposition avec l’une des ses formules propres à lui — « tout sépare le MMM du PTr ») : une telle concession du leader du PTr pourrait déclencher la révolte au niveau du parti et de sa base électorale lorsqu’on sait que, la dernière fois, Ramgoolam avait refusé d’accéder à la demande de Bérenger en faveur d’une majorité parlementaire et d’une majorité au Cabinet ministériel pour un éventuel Premier ministre mauve. Qu’en pensez-vous ?

La révolte au sein des deux partis aurait pris diverses formes, allant, peut-être jusqu’à la cassure comme ce qui s’est passé au PMSD en 1969 lorsqu’il avait fait la coalition avec le PTr et avait voté une réforme électorale avec le renvoi des élections générales quasiment pendant 10 ans. Il y aurait aussi eu des abstentions, sinon ralliement à l’opposition dirigée par SAJ et ses nouveaux alliés dans une nouvelle configuration (bleu-blanc-rouge peut-être).

J’ai aussi écrit sur mon blog (vanillaislands.org) sans que quiconque ne me contredise parmi plus de 53,000 visiteurs sur ce site, que le MMM, sur la base des élections de 2010 (44% seul, Bérenger comme PM, contre 49.5% à l’alliance tripartite PTr-MSM-PMSD) est le plus gros parti de l’échiquier et pourrait être le parti qui profiterait le plus de la réforme électorale au détriment d’un PTr privé du leadership de Ramgoolam en retraite de la politique active au Réduit. La possibilité d’une révolte ne pourrait pas être alors écartée au sein du PTr après la passation du pouvoir à Paul Bérenger à l’Hôtel du gouvernement et un lot de seulement 28 tickets et moins de la moitié des ministères allant au PTr. Le nouveau leader du PTr, sous une pression énorme de sa base et divers lobbies dont la VOH et Hindu House, pourrait se sentir nullement concerné par de telles concessions au MMM et pourrait alors aller jusqu’à se liguer avec le MSM et le PMSD, le MMSD, entre autres, pour obtenir au moins 40 tickets et la majorité des ministères en cas de victoire.

Le MMM avait annoncé que tout avait été résolu à 99% durant les fameux Koz kozé, et je crois comprendre que le 1% restant était la demande de Bérenger, tout à fait conforme aux normes de notre Constitution, d’une majorité double et au Parlement et au Cabinet. Sans cette majorité double, aucun Premier ministre ne peut diriger le gouvernement et survivre. Il aurait été botté hors du pouvoir à la moindre crise politique. On m’a dit qu’il aurait obtenu 32 tickets pour le ‘First Past The Post’ contre 28 au PTr durant le mois d’août, mais lundi de cette semaine, Paul Bérenger a tout démenti comme rumeurs sans fondement.

Comme en 1969, les bases électorales des deux partis n’auraient peut-être pas suivi à l’unanimité cette abdication du leadership gouvernemental au profit de Paul Bérenger. Je crois que les deux partis étaient entrés dans la logique d’un cercle vicieux dans leurs calculs. Ils auraient peut-être, d’autres diraient sans doute, gagné les élections, mais avec des lendemains incertains.

* Par ailleurs, selon les Travaillistes, l’alliance entre le MMM et le MSM n’aurait pas créé la synergie politique attendue par les dirigeants du MMM. La déclaration de Cassam Uteem en faveur de la dissolution du Remake et une alliance post-électorale, ajoutent-ils, s’inscrit dans une stratégie de gestion de l’opinion publique en vue d’un éventuel lâchage du MSM. Cassam Uteem serait-il, à votre avis, en train de se faire l’écho des sentiments de la base du MMM par rapport à l’alliance de leur parti avec le MSM ?

Je crois, à la lumière d’un petit sondage que j’ai réalisé et auquel ont participé plus de 700 personnes sur mon website, et en dépit des insuffisances de cet exercice, et sur la base des réunions actuelles nocturnes et diurnes du Remake, que cette alliance de l’opposition a bel et bien créé une synergie, surtout depuis le 1er Mai. Les Travaillistes font ce qu’ils font de bonne guerre et on ne peut leur reprocher de dire ce qu’ils disent.

Mais historiquement, le pays est divisé pour l’essentiel à moitié ou presque pour le MMM alors que le PTr, le MSM et le PMSD se partagent l’autre moitié, exception faite de 2005 où Paul Bérenger était le Premier ministre sortant et SAJ avait quitté l’arène politique pour la présidence. Ce qui amène logiquement les Travaillistes à cibler plus le MSM puisque, toujours sur le plan historique, la forteresse MMM est résiliente, soit très difficile à ébranler et se rebâtit contre vents et marées depuis plus de 40 ans. En fait, Ramgoolam est engagé dans ce que je crois être une stratégie anti-Jugnauth, ciblant la famille Jugnauth à l’exception incongrue et contradictoire d’Ashock Jugnauth.

Il y a quelque chose d’irrationnel, par rapport aux mathématiques électorales, quelque part dans tout cela. Son action en 1987 aux côtés du MTD d’Anil Bachoo qui s’était alors allié au MMM, alors que le PTr était aux côtés de SAJ, était inspirée de la même stratégie. L’alliance avec le MSM de 2010 avait été conclue parce qu’il n’avait pas de choix contre un MMM trop fort — tant pour s’allier avec, que pour le battre électoralement — par un PTr allant pratiquement seul aux élections, avec un PMSD représentant 1-2% de l’électorat national.

* Mais l’éventualité que le leader du MMM, pressé par sa base à faire cavalier seul, n’est pas à écarter non plus, c’est-à-dire si Paul Bérenger parvient toutefois à s’organiser pour avoir sa « caution hindoue ». Faute d’une telle caution, il est à parier qu’il ne cherchera pas à prendre un tel risque ?

Croyez-moi, tous ces calculs sont faits par tout le monde et tout le monde a dû le faire autant que Bérenger, y compris ses adversaires. Dans un jeu triangulaire, il n’y a pas qu’un seul des trois protagonistes qui pense de cette manière. Chacun prend soin de ses arrières, au cas où… C’est une chaise musicale, disons une chaise infernale, où quelqu’un perd sa place dès que la musique s’arrête. Cela dit, le MMM a en Alan Ganoo un excellent Premier ministre alternatif, ce qui est aussi son rôle constitutionnel en sa qualité de leader de l’Opposition. Il y en a d’autres et pas seulement des Hindous au sein de ce parti.

Un mot sur cette «caution hindoue». En fait, le MMM a déjà bel et bien un ancrage au sein de la communauté hindoue et on voit cela clairement sur Facebook, dans les villages où je vis depuis toujours et côtoie les habitants quotidiennement et aux dernières élections rurales où les groupes travaillistes ont perdu plusieurs villages y compris au No. 5. Sinon il n’y aurait pas eu 44% de votes pour le MMM en 2010.

SAJ m’a toujours confié que Gaëtan Duval aurait remporté les élections générales de 1972 si elles n’avaient pas été renvoyées. Le choix de l’électorat est fortement influencé par la situation sociale et économique à certains moments de l’Histoire, comme en 1982 et probablement en 2005 lorsque Maurice a définitivement perdu son bouclier protectionniste du fait de la globalisation économique et que la crise mondiale s’annonçait. Il n’est pas nécessaire d’être historien pour comprendre cela. SSR avait bel et bien perdu les élections en 1976 en dépit du vote à 18 ans et de sa promesse d’éducation gratuite et les avait perdues encore, de manière définitive en 1982 en dépit d’avoir tenu cette promesse en raison de la situation socioéconomique.

Sous ce rapport, la caution hindoue devient un mythe que les grands perdants d’une situation socio-économique en dépérissement vont allégrement et sciemment briser en guise de révolte. Ensuite, plus il y a une perception de la répression de la dissidence au sein d’une société dans une mauvaise passe socio-économique, plus les forces de la révolte s’accumulent. Elles exploseront, à mon avis, soit aux prochaines élections, soit après si la situation socio-économique va de mal en pis.

* Pour revenir aux tractations politiques sur la question de la réforme électorale et les aménagements à apporter dans notre Constitution par rapport au Best Loser System, à la référence aux communautés ethniques/religieuses dans le système électoral, à l’introduction d’une dose de représentation proportionnelle, il semblerait qu’on ait fait abstraction du financement des partis politiques et une réforme pour une répartition plus équitable des électeurs au niveau des circonscriptions. Les hommes politiques ne s’intéressent pas vraiment à ces problématiques-là ?

A moins que ces questions ne soit remises à jour dans les prochains manifestes électoraux. Il existe déjà des rapports sérieux à ce sujet depuis plusieurs années à l’initiative des gouvernements précédents, notamment le rapport Sachs et d’autres documents, bien avant la réforme électorale telle que l’envisage Ramgoolam. Le Koz Kozé n’a abordé, semble-t-il, que la réforme visant à remplacer le BLS et à introduire 20 sièges proportionnels ainsi que le partage des pouvoirs entre le Réduit et le Bâtiment du Trésor. Mais Ramgoolam peut toujours y ajouter le financement des partis et le rééquilibrage des circonscriptions.

* En parlant de réforme électorale, jusqu’où peut-on aller : trop loin ou pas assez? En termes du nombre de députés au Parlement et de sièges pourvus par un système proportionnel? Et quid du statut des petits partis dans tout cela, seront-ils forcés à aller seuls ou à entrer forcément dans des alliances ?

Sur le nombre des députés au Parlement, SSR avait voulu le porter à 100. Un nombre limité à pas plus de 86 s’imposerait de facto avec la formule actuellement envisagée, soit 20 sièges à la proportionnelle, 62 ‘First Past the Post’ comme c’est le cas actuellement plus 4 Best Losers ‘ethniques’ choisis par les dirigeants des partis, alors que la référence aux communautés aurait été abolie pour les élections. En passant, notons que les «ethno-BLS» sont déjà au nombre de 4 dans l’actuel système, plus les 4 «party-based BLS». Avec l’accroissement démographique depuis l’indépendance, il y a 45 ans, une augmentation du nombre de députés de 72 à 86 ne me parait pas déraisonnable.

Le débat concernant les petits partis porterait d’abord sur le seuil pour être élu à la proportionnelle. Si on le met à 7%, ce qu’on a entendu dire, cela forcerait des alliances entre plusieurs petites formations. Pour les besoins de la discussion académique, supposons qu’il y ait une alliance PTr-MMM, avec Ramgoolam au Réduit, Paul Bérenger Premier ministre, et un nouveau leader au PTr. Celui-ci pourrait, comme je viens de le dire, sous une pression tous azimuts de VOH, du Hindu House et de sa base, envisager de botter le MMM hors du pouvoir.

Par contre, dans le cadre d’une confrontation entre une nouvelle Alliance Sociale et le Remake 2000, le PTr chercherait de nouveaux alliés parmi de petits partis, et Rama Valayden en sus du PMSD, du MMSD et d’un membre de la famille Jugnauth, Ashock, du fait que le poids des petites formations se révèle généralement supérieur à leur audience réelle dans le cadre d’une alliance. Ce qu’a fait dans le passé le MSM ou le MMM, placé dans une situation similaire.

* Au-delà des discussions par rapport à la réforme électorale et des tractations d’alliances en filigrane, il y a également la question de relève politique qui va se poser dans les prochaines années. Les leaders eux-mêmes n’en parlent pas même si au niveau du MSM, c’est Jugnauth père qui décide pour le parti. Le PTr et le MMM auront à gérer cette problématique tôt ou tard. Car il y va de la pérennité de ces partis, n’est-ce pas ?

Oui, effectivement. En passant, en Chine, le chef du pays et du PCC, la principale formation parmi les partis au gouvernement, est choisi plusieurs années à l’avance. A Maurice, le MSM a déjà résolu la question de succession avec Pravind Jugnauth en tant que nouveau leader. Ce dernier prend ses décisions indépendamment de SAJ au niveau de l’organisation et des activités du parti. SAJ s’occupe des décisions au niveau du Remake conjointement avec une instance comprenant Paul Bérenger et Pravind Jugnauth et plusieurs autres dirigeants MSM et MMM.

Le MMM aura à penser à qui, de l’actuelle, puis d’une nouvelle génération, succèderont à Paul Bérenger et à son successeur immédiat. Il en sera de même au PTr dans les années qui viennent. Pour l’heure, les successeurs auxquels tout le monde pense sont : Alan Ganoo au MMM et Arvin Boolell au PTr, deux politiciens très efficaces qui se font élire régulièrement depuis des décennies et qui sont très proches du peuple. Il y a bien d’autres noms qu’on peut mentionner pour ces deux partis en ce qui concerne le changement générationnel qui, tôt ou tard, se produira.

Avant ce changement, d’aucuns pensaient à Yatin Varma, ministre qui réformait le judiciaire de manière efficace, mais qui s’est malheureusement autodétruit politiquement, du moins pour le moment, mais il y a d’autres ministres performants, à part Arvin Boolell, comme Anil Bachoo, Lormus Bundhoo, Satish Faugoo, et d’autres comme Nita Deerpalsing qu’on pourrait imaginer succéder à Ramgoolam dépendant de la tournure des événements futurs. Au MMM, il y a des éléments de Jeunesse Militante et, au PTr, le groupe de jeunes animé par Nita Deerpalsing qui pourraient procurer un nouveau leadership dans 10 ans, ou plus ou moins.

* Peut-on donc envisager un PTr sans Navin Ramgoolam à sa tête ? Ou un MMM sans Paul Bérenger ? La nature saura remplir le vide ?

Je réponds d’abord oui, à la manière de Sir Gaëtan Duval qui aimait rappeler une fameuse citation d’Alphonse Allais à l’effet que «les cimetières sont remplis de personnes indispensables».

Le PTr a bien trouvé des successeurs à Maurice Curé. Je ne crois pas que, arrivé le moment d’une succession, quelque problème majeur se poserait. J’imagine que la succession se fera au MMM par le biais de l’Assemblée des délégués lorsque la question se posera. Il me semble qu’il y aura plusieurs candidatures et que certains, à la base du parti, pourrait proposer Emmanuel Bérenger.

Dans de nombreux pays, comme je l’ai démontré dans deux blogs sur les dynasties politiques, celles-ci sont très nombreuses et populaires aux Etats Unis, en France et en Inde, pour ne prendre que quelques grandes démocraties. De génération en génération, des députés, maires et autres dirigeants politiques sont issus des même familles. Une étude scientifique du phénomène aux USA a démontré que les élus ayant eu le plus de mandats successifs sont ceux qui ont le plus souvent été succédés par leur progéniture.

A Maurice, c’est le cas des Jugnauth, Duval, Boolell, et même Ramgoolam qui doit beaucoup au rôle prééminent de son père au PTr et dans le pays. Je ne crois pas qu’Emmanuel Bérenger veuille succéder à son père ou que celui-ci en ait le projet, sauf que, dans la base du MMM, on dit qu’il y a une tendance à faire entrer le jeune homme dans l’arène tout au moins comme député, comme cela avait été le cas d’Arvin Boolell ou de Xavier Duval ou encore de Pravind Jugnauth. On peut toujours imaginer qu’il serait appelé comme leader dans le cas d’un recul du parti lorsque son père et le successeur de ce dernier auront pris leur retraite, comme pour Navin Ramgoolam, appelé en renfort en 1991.


* Published in print edition on 30 August 2013

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