« Nous serons tous choqués des résultats des élections de 2015 »

Interview : Jack Bizlall

«Le MMM a soutenu et soutient le capitalisme. Le MMM a fait des alliances politiques avec le PTr, le MSM et le PMSD. Quelle leçon peut-il encore donner? »

« Le MSM doit se transformer et ne pas rester la propriété de la famille Jugnauth. Le MMM ne doit pas commettre l’erreur
d’émuler le MSM »
 

Quel est le sens du terme « socialisme » dans la République de Maurice ? Quels courants de pensée et mouvances politiques sont associés à ce terme localement? Comment a évolué le socialisme sur le plan international et quelles ont été les conséquences sur notre pays ? Est-ce que nos hommes et femmes politiques sont vraiment concernés par une refonte de la classe politique ou serait-ce uniquement une forme d’opportunisme pour tromper les citoyens ? Jack Bizlall, possédant une connaissance extensive du monde politique mauricien, répond à nos questions.

Mauritius Times : Quelles que soient les motivations ou les circonstances ayant provoqué un déclic chez Paul Bérenger en vue de ‘revisiter’ le socialisme et ses valeurs fondamentales en août 2013, l’essentiel, comme l’a si bien résumé Jane Ragoo de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé, c’est de joindre le geste à la parole. Vous êtes sûrement du même avis ?

Jack Bizlall : Chacun est libre de dire ce qu’il pense. Bérenger n’échappe pas à cette prescription républicaine fondamentale. Mais je pense qu’il a pris une position opportuniste. L’opportunisme est défini comme « une attitude consistant à régler sa conduite selon les circonstances du moment et selon ses intérêts ». D’ailleurs, c’est sa manière d’être.

La réhabilitation du socialisme est presque un phénomène depuis 2008. Il y a des centaines de livres qui sont publiés en Europe surtout, mais ailleurs aussi. Le débat est nettement plus puissant en termes d’analyses et de propositions que dans les années 60 du siècle dernier.

La chute du mur de Berlin et l’explosion de l’URSS constituent un premier déclic, marquant la fin du stalinisme. Pendant presque vingt ans, le socialisme a été mis au rancart. Le capitalisme a été présenté comme incontournable et immuable. La crise de 2007, éclatée en 2008, a bousculé les certitudes de certains que le capitalisme était l’oméga.

Il faut certainement revoir le socialisme. Ce n’est plus les dogmes et les perversions du passé. La voie est ouverte. Il faut un vrai débat. Tout le monde peut participer. Mais il faut beaucoup de modestie et de savoir-faire de la part de certains et d’autocritique de la part des autres.

* Paul Bérenger est-il capable, selon vous, de remettre le socialisme à l’agenda ?

Absolument pas. Au contraire, il vient semer la confusion, beaucoup de confusion. Il occulte le débat sur la démocratie. Il manipule les jeunes en associant la justice sociale à une perspective socialisante (est socialisant ce qui s’approche du socialisme sans y adhérer) et au réalisme économique selon la perspective capitaliste. C’est une manipulation honteuse. Franchement je ne croyais pas cela possible de sa part. Je demanderai aux jeunes de lire ses textes publiés dans le journal du MMM dans les années 70. Quoi qu’on en dise, je le considère comme un ami sur le plan des relations personnelles, sans demander une réciprocité de sa part. En tant qu’ami, je me demande de quelle manière il va finir ses vieux jours.

Quand il dit, comme me l’a rapporté un journaliste, que les syndicats et — ce que l’on appelle péjorativement encore — les groupuscules de gauche ne doivent pas se tromper d’ennemis et se rallier au MMM, je suis bien placé pour lui demander de quel ennemi il parle. Les capitalistes ? Le PTr, Le MSM ? Le PMSD ? Le MMM a soutenu et soutient le capitalisme. Le MMM a fait des alliances politiques avec le PTr, le MSM et le PMSD. Quelle leçon peut-il encore donner ? Je n’ai jamais aimé son directivisme dans le passé. J’aime encore moins sa capacité de transférer ses propres erreurs sur le dos des autres.

Dans le passé, le MMM s’est débarrassé de toutes les tendances de gauche en son sein. Même les sociaux-démocrates ont subi ce sort. Je pose la question à Bérenger et aux nouveaux ténors du syndicalisme : sont-ils en mesure de comprendre ce que les travailleurs et les syndicats ont subi depuis 1983 sous tous les régimes qui se sont succédés ! Pendant presque trente ans, le combat a été inégal et on a tenu stoïquement sans faire de compromissions.

Bérenger souffre-t-il d’amnésie ? Je ne le crois pas. Est-il un socialiste repenti ? Jane Ragoo le pense — comme beaucoup de personnes. Je ne commettrai pas cette erreur.

* Faut-il peut-être forger l’« homme socialiste nouveau » et porter un regard neuf sur l’idéologie socialiste au regard des transformations intervenues sur les plans économique, social et environnemental tant localement qu’au niveau mondial ?

Au sortir de ses balbutiements entre 1824 et 1832, le terme « socialisme » a grandement été opposé à l’individualisme et il a été associé au coopératisme. Il a été l’objet d’une véritable révolution philosophique avant de se transformer en révolution politique intellectuelle. Marx, contrairement à ce que l’on pense, ne s’est jamais qualifié de socialiste. Ce terme a été galvaudé et, à un certain moment de l’histoire de la lutte ouvrière, on a utilisé l’expression «les socialismes», tant il existait des définitions hétéroclites.

Mais il faut accepter le fait que ce terme a été intégré dans la sémantique révolutionnaire et qu’il exprime grosso-modo l’idéologie de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, sont opposés au capitalisme en tant que mode de production et en tant qu’organisation sociale. Le socialisme a une longue histoire politique et, à travers le monde, on a une panoplie d’organisations et de régimes qui se réclament du socialisme avec deux extrêmes partant des socialistes révolutionnaires aux sociaux démocrates. Les non-initiés vont se perdre dans un débat qui n’explique rien et qui propose tout. Il y a eu des guerres terribles entre les différents courants se réclamant du socialisme. J’ai assisté à un congrès en Italie, il y a plus de vingt ans, où nous n’avions pas pu nous accorder sur l’utilisation des qualificatifs «socialiste» et « post-capitaliste » par rapport à l’URSS.

De mon point de vue, le socialisme reste à construire au-delà du capitalisme. Je maintiens deux choses : 1) le capitalisme se situe dans la mécanique de l’histoire et ainsi ne dépend pas de la volonté des forces politiques, alors que le socialisme dépend de la volonté de la société pour le construire et exige ainsi une avancée culturelle importante tant sur le plan économique, social, qu’idéologique; et 2) on ne doit pas attendre que le capitalisme explose pour passer de l’opportunisme au socialisme, il faut créer des proto-alternatives.

Dans le sens politique, il n’existe pas d’ «Homme socialiste nouveau», il existera des hommes et des femmes qui agiront sans opportunisme pour transcender le capitalisme avec son lot d’exploitation, de domination, d’oppression, de crises, de racisme, d’individualisme, de guerres, de destructions écologiques, de gaspillages, etc. Mais ce qui est nouveau, c’est la conciliation nécessaire de l’individu et du collectif, une remise en question de la bureaucratie, une voie politique pour éradiquer l’hégémonie capitaliste, une redéfinition de la liberté, des droits et de la démocratie, etc.

* Voyez-vous un homme politique avec le profil approprié, c-a-d non opportuniste, sur l’échiquier capable de susciter l’enthousiasme et favoriser l’adhésion de la grande masse populaire autour d’un tel projet ?

Il y en a deux ou trois qui se posent en champions. C’est la plus grande des erreurs politiques que de chercher un homme politique providentiel. C’est antisocialiste que de confier son avenir collectif à un autocrate, à des hommes atteints de mégalomanie, de narcissisme ou de mysticisme. J’en ai assez des fous de Dieu. J’en ai assez des fous du socialisme. J’en ai assez des abrutis dogmatiques.

Pourquoi un homme d’ailleurs ? Pourquoi pas une femme ? C’est dire combien l’attente d’un leader charismatique est pathologiquement patriarcale. D’autre part, un individu qui décide de se porter lui-même comme leader commet une agression contre lui-même et devient un aliéné du pouvoir avant d’être un jouisseur et de souffrir de plusieurs formes de paranoïa. Cela s’adresse à un autre ami en particulier.

Je suis heureux d’œuvrer dans une organisation qui ne pratique pas le culte du leader. Je suis, de par ma formation politique et philosophique, un anti-leader. Certains n’hésiteront pas à me qualifier d’anarchiste. A ceux qui penseraient ainsi, je leur demanderai de passer en revue l’histoire du socialisme et de me dire si je n’ai pas raison de penser que la ‘conquête de l’État’ par des partis politiques à structure autocratique n’explique pas les crimes odieux commis en Russie, en Chine, au Cambodge… Je m’arrête là …

Par ailleurs, quelles leçons peut-on tirer de ce qui s’est passé ici depuis 1976 en particulier avec Bérenger ? Une véritable catastrophe politique et un massacre de personnes qui se sont engagées dans le combat socialiste. Le bilan pour moi est relativement négatif par rapport à ce que nous aurions pu faire si Bérenger ne s’était pas comporté en leader.

Je maintiens qu’il nous faut créer un mouvement large et un leadership qui rejette totalement le culte du leader. Je dis bien totalement.

* En attendant que le rideau se lève sur cet homme non-opportuniste et que les contours de son projet socialiste soient dessinés, on se met en veille jusqu’à ce que l’actuel Premier ministre et leader du PTr veuille bien partager ses réflexions sur le système électoral avec son ami et leader du MMM ?

La population subit ce qu’elle a décidé en 2010. Pas toute la population. Il y a des dizaines de familles qui ont bénéficié de la politique de laisser-faire de Ramgoolam. J’ai déjà souhaité que Ramgoolam parte de son plein gré sinon cela va mal tourner pour nous tous.

Quant à sa réflexion sur un nouveau système électoral, je crois que c’est à Rézistans ek Alternativ de réagir. Cette organisation a tiré les draps de son côté, au point où elle s’approprie du lit aussi… J’ai personnellement demandé que l’on passe à une nouvelle Constitution et à la Deuxième République.

D’autre part, l’initiative de modifier la Constitution concernant le système électoral aurait dû venir de l’Assemblée nationale à travers le Speaker et non de Ramgoolam. Ce n’est pas une affaire partisane ou d’un homme.

Je vais attendre la publication de son White Paper et je laisserai le soin à Résistans ek Alternativ et à l’opposition parlementaire de réagir avant de donner mon opinion personnelle. Mais le Mouvement Premier Mai agira certainement sur ce document. Je ne sais jusqu’où l’amitié entre voisins va influencer la politique à Maurice. Il faudrait peut-être demander cela aux habitants de River Walk et aux policiers qui surveillent leur résidence.

* Au fait, il n’y a rien qui presse pour le leader du PTr : alors que le leader du MMM démontre des signes d’impatience par rapport à la réforme électorale surtout depuis que son allié du jour, le MSM, s’est aligné à 100% sur les propositions du MMM, Navin Ramgoolam lui n’a aucune échéance électorale particulière à observer de si tôt, et il ne semble pas que le ‘Remake 2000’ lui donnerait des soucis. Qu’en pensez-vous?

Je ne m’intéresse pas au comportement du MMM et des tractations d’alliances. Je n’ai jamais voté pour ces alliances.

Je crois que personne ne se rend compte du fait que le système électoral soit lié au pouvoir politiquement parlant surtout dans une société qui entre dans une fracture sociale. J’affirme, à partir de mon constat de la situation sur le terrain, de ce que j’entends et de ce qui se passe, que nous serons tous choqués des résultats des élections de 2015.

Il existe dans le pays un clivage entre les bénéficiaires de la politique de Ramgoolam et des exclus. Le vote de la population représentera la fracture sociale. Nous traversons plusieurs formes de crises.

Bérenger ne réalise pas que, dans le cadre actuel des choses, associer réalisme économique et justice sociale relève de l’impossible. Le réalisme économique est ce que Ramgoolam et Duval ont mis en place. Croyez-vous que s’ils pouvaient appliquer la justice sociale, ils ne l’auraient pas fait ? Il faut tout repenser. Ce que Bérenger propose, c’est du «social-capitalisme». Ce que Ramgoolam impose, c’est de l’ «anarcho-capitalisme».

* Par ailleurs, on voit difficilement le PTr et sa base électorale soutenir une réforme électorale telle que prônée par le MMM et qui vise à ramener le nombre d’élus davantage en adéquation avec le score réalisé et à permettre éventuellement au MMM d’envisager de gouverner seul ou en coalition post-électorale. Paul Bérenger doit en être conscient, mais il persiste. Se pourrait-il qu’il soit en train de faire une mauvaise lecture de la force électorale du PTr ?

Voilà où nous en sommes. Votre question nous conduit vers une idéologie «pouvoiriste». Je ne vous critique pas par refus de répondre à votre question. Je fais tout simplement un constat que si vous avez raison dans votre analyse, nous allons tout droit vers quelque chose de stupide en matière politique.

D’abord, quelle est la force réelle du PTr ? Le sondage de DCDM-Politis nous dit qu’elle est de 35%. Dans les faits, plus de 65 % de la population ne soutient pas le PTr. Plus de 75 % de la population ne soutient pas le MMM. A partir de là, quelle est l’analyse possible, sinon qu’il y aura forcément une réaction apolitique de la population dans les mois à venir ? Si la MBC était une station indépendante, la révolte serait à notre porte.

Quand Bérenger parle uniquement de moralité, je me demande s’il est en mesure de jauger cette crise. La moralité est un terme cosmétique et même académique, sans originalité. Parlons carrément de crise morale et faisons une analyse des structures qui poussent à des actions anti-sociales.

Quand la Mauritius Commercial Bank a fait un détournement des dépôts de la NPS, au nom du réalisme économique, Bérenger n’a pas jugé bon de sanctionner cette banque. Peut-il aborder ce qui s’est passé au Board of Investment ?

* Le sondage de DCDM-Politis nous apprend aussi que le PTr parvient à maintenir une constance par rapport à son socle électoral malgré les « affaires » et autres « scandales ». Navin Ramgoolam arrive toujours à dominer l’échiquier politique en tant que « Premier ministre préféré » des Mauriciens. Ces deux constats vous surprennent-ils ?

Je crois que les dirigeants des partis politiques n’entendent pas les injures qui leur sont adressées chaque jour. Le pays en a assez des accaparements, des crimes, des fraudes, des arnaques, des accidents… Il existe une crise morale aiguë dans notre société.

Par ailleurs, la MBC joue un rôle négatif et conditionne la population. Elle présente un pays différent de ce qu’il est en réalité. La MBC est un outil entre les mains de Ramgoolam. Enlevez la MBC et Ramgoolam tombera de son piédestal. Il n’est rien sans son nom, sans la MBC et sans ses suiveurs.

Dans le passé, son père a connu un échec cuisant. Jugnauth aussi. S’il ne part pas, il tombera comme les autres. Il ressemble beaucoup à Mancham des Seychelles ou à Gaëtan Duval. Les deux ont connu des échecs autant cuisants.

* Autre constat intéressant à relever : la cote de popularité du Dr Arvin Boolell. Eu égard à notre contexte ethno-politique, il aurait peut-être intérêt de se rappeler du conseil de Virgil: “… fear the Greeks even when they bring gifts”. Le pensez-vous également ?

Quand la société dans laquelle vous vivez vous tient à cœur, vous avez l’obligation de ne pas souhaiter que les choses virent au pire. Le Parti Travailliste, le MSM et le MMM doivent changer.

Le MSM doit se transformer en parti politique républicain et ne pas rester la propriété de la famille Jugnauth. Maurice n’est pas la propriété des Jugnauth.

Le MMM ne doit pas commettre l’erreur d’émuler le MSM. Emmanuel Bérenger doit suivre sa voie et ne pas considérer le MMM comme un héritage. Le poste de leader du MMM doit conséquemment être aboli.

Arvin Boolell est effectivement populaire dans sa circonscription où on ne le délogera pas en 2015. Il a une indépendance politique, il est à l’écoute des gens et il est accessible. C’est bien que les Travaillistes cherchent une voie autre que ce que Ramgoolam impose. Le problème du Parti Travailliste est qu’il est totalement soumis à Ramgoolam et ses dirigeants actuels ne sont pas des Travaillistes.

Ce que je reproche à Arvin Boolell, c’est son absence de prise de position par rapport aux grandes contradictions qui affectent plusieurs pays. Notre politique étrangère n’est pas à la hauteur de notre rôle aux Nations Unies. Il doit faire un effort dans ce contexte. Le MMM aussi. Il doit visiter autant de pays que possible pour faire un constat de visu et rencontrer les gens et les dirigeants.

Quand Bérenger parle d’internationalisme et réduit ce concept à une prise de position ressassée depuis voilà des dizaines d’années, je suis outré. Il n’est pas étrange, en effet, que l’Internationale socialiste soit en crise, parce que ses membres ont perdu la notion de l’internationalisme depuis presque un siècle. Créé en 1889, cet international va se briser sur la guerre en 1914. Il n’en reste qu’un résidu. Le MMM et le PTr en sont membres. Si je ne me trompe pas, le PMSD aussi.

* Vous évoquez sans doute la situation sur le plan international, sur le plan de l’internationalisme et de la mondialisation du capitalisme ?

Ce qui se passe en Russie (par rapport aux libertés et à l’accaparement), en Chine (pas uniquement par rapport au Tibet), en Corée du Nord (situation dangereuse), au Sri Lanka, en Birmanie, en Tunisie, en Lybie, en Égypte, au Soudan, en Irak, en Afghanistan, le sort des Palestiniens, en Syrie, au Soudan, au Nigéria, etc. tout cela doit nous interpeller. L’ «accord» sur Diégo aussi qui est techniquement «renouvelable» en 2016. Il faut bien comprendre le rôle des États-Unis dans le monde et ne pas se laisser berner par Obama.

L’internationalisme repose sur le précepte «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous». Dans le cadre de cet adage, il faut suivre ce qui se passe en Grèce, au Brésil, en Espagne, en Uruguay (bien important), en Amérique Latine dans son ensemble, en Afrique du Sud (le bouchon va sauter), à Cuba, au Liban, etc.

Il faut absolument repenser la mondialisation du capitalisme avec ses effets sur les échanges, sur le secteur financier dans son ensemble, sur le climat, sur les nouvelles sources énergétiques, sur les nouvelles recherches et les nouvelles découvertes.

Il nous faut des Historiens du futur et nous n’avons que des charlatans du passé pour nous guider. Il faut comprendre ce qui se passe dans le monde. Un exemple : l’islamisation de certaines régions du monde. Questions : Est-elle irréversible ? Est-elle monolithique ? Quelle différence faisons-nous entre le terme fondamentaliste et le terme intégriste ? Quel est le contenu de l’Islam ? Quels sont les similitudes entre l’Égypte et la Tunisie, entre la Syrie et le Liban, etc ? Quelles sont les grandes différences entre le sunnisme et le chiisme ? Existe-t-il des droits de l’Homme selon la perspective islamiste ? Les réponses à toutes ces questions, en termes de faits, sont disponibles. Il faut une perspective d’analyse.

* Au-delà des calculs politiques des principaux leaders, sur le plan social, il y a de nouvelles formes de crime qui font surface et qui doivent nous interpeller: ‘kidnappings’ et meurtres les plus atroces, violence sexuelle à l’égard des mineurs et des personnes âgées, délinquance des adolescents… Malgré les statistiques par rapport à la criminalité, cet état de choses a le potentiel de nous éloigner indubitablement de l’image-‘postcard’ de Maurice.

Il y a également ‘l’industrie-triangage’ qui, paraît-il, se porte très bien : des Ponzi schemes aux fraudes alléguées dans l’importation des berlines, des enquêteurs de l’Icac-organisateurs des paris aux policiers-courtiers des arnaqueurs… Votre opinion?

Il me semble que la population est en train de prendre conscience de l’état de situation de notre pays. Vous avez entièrement raison. Nous vivons mal cette situation. Notre image se ternit à une vitesse exponentielle.

Le temps n’est plus aux jérémiades. Il faut agir. Dans un texte publié dans le journal Le Mauricien, j’ai fait dix propositions prioritaires.

1) Adopter une Nouvelle Constitution, et 2) passer à la Deuxième Constitution 3) offrir une maison à chaque famille qui n’en a pas et créer un National Housing Fund à cette intention : 4) appliquer un salaire social pour ceux qui travaillent et une allocation de subsistance à tous ceux qui ne travaillent pas ou qui ne trouvent pas de travail : 5) mettre l’économie au centre du social ; 6) introduire un Ministère du Plan et arrêter la politique du laisser-faire anarchique et prédateur; 7) confier à l’Assemblée nationale la responsabilité d’enquêter sur tous ceux, individus et compagnies, qui d’une façon illicite, abusive ou prédatrice se sont enrichis. Sans la restitution de ce que les familles et les institutions ont accaparé au détriment de la population, aucun changement n’est possible ; 8) appliquer des droits universels (avec le transport public gratuit) et l’accès aux services sociaux et engager les secteurs libérés dans la stabilisation de la société que nous voulons construire ; 9) reconstruire notre judiciaire et reformuler nos lois pour que nous ayons de vrais organismes de contrôle qui soient vraiment performants, et 10) redéfinir le concept actuel de propriété pour changer profondément notre mode de production et nos rapports entre classes sociales.

Il faut répondre à plusieurs questions et passer à l’action.


* Published in print edition on 23 August 2013

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