“Il est évident que le rapport Domah est politisé dans son utilisation par le régime… Mais il n’est pas vrai de dire que c’est un rapport partisan”

Interview – Jacques Bizlall

* ‘Tout le monde veut devenir Premier ministre. Le problème est que quand l’opposition secoue le cocotier, les noix de cocos tombent sur leur propre tête’

* ‘J’attends que Bhadain produise un rapport critique sur le rapport Domah pour se ‘blanchir’. Il ne peut venir nous dire que c’est un rapport qui le vise en tant que politicien’


La démocratie est en danger à Maurice ! Cela fait des années que l’on entend cette rengaine. Et pourtant, les élections se suivent et se ressemblent, les scandales se bousculent, la cacophonie au Parlement devient intolérable et les esclandres semblent interminables. On croirait que la classe politique arrive au pouvoir non pour assainir le paysage local mais les uns les autres rivalisent en stratégies de compétition pour mettre à mal la démocratie déjà souffrante…Jack Bizlall s’exprime sur ce sujet dans l’interview qui suit…


Mauritius Times: Nous semblons aller de mal en pis quant à nos pratiques démocratiques fondamentales, et la dernière en date se rapporte aux propos du Speaker de l’Assemblée nationale à l’adresse de Rajesh Bagwan. Si les recours légaux sont limités, est-ce qu’il serait donc sage pour l’opposition de démissionner collectivement, comme semble le penser une partie des Mauriciens ?

Jacques Bizlall: Je ne crois pas qu’il soit raisonnable de démissionner en bloc pour pousser le Speaker au départ. Ce n’est pas le rôle d’un député de se protéger de toute attaque du pouvoir pour le museler. C’est le rôle des électeurs.

C’est une question politique qui exige une action politique et une action politique se construit dans la rue.

Dans le cas de Phokeer, une pétition est en circulation parmi d’anciens députés pour que le Speaker soit démis de ses fonctions. Ce matin j’ai rendu visite à Vidoula Nababsing en compagnie d’Alain Laridon et Bashir Khodabaccus pour faire signer cette pétition. Nous sommes 11 actuellement à avoir signé cette pétition pour demander le départ de Phokeer.

Le pays a connu plusieurs Speakers. Le premier Mauricien fut Harilall Vaghjee. Avant lui, ce fut Robert Stanley. Après lui, on a connu des Speakers comme Ramesh Jeewoolall, Alan Ganoo, Kailash Purryag, Razack Peeroo, Ajay Daby, etc.

Les deux seuls Speakers qui ont fait de leurs fonctions un bras agissant du MSM furent Maya Hanoomanjee et Sooroojdev Phokeer. Mais ce dernier est de loin le plus dangereux. Ses commentaires à l’égard de Rajesh Bhagwan sont inacceptables.

Pour moi, il doit partir. D’ailleurs j’ai écrit une lettre en date du 17 juillet 2021 à Arvin Boolell en lui faisant plusieurs propositions dont une pétition et des manifestations pour provoquer le départ de Phokeer. Dans quelques semaines, cette histoire va prendre des proportions d’agitation populaire.

* Nous savons que notre pays se bat depuis plusieurs mois pour sortir le plus rapidement possible de la liste noire de l’EU. Or, les régulateurs occidentaux sont particulièrement attentifs aux pratiques démocratiques. De ce fait, ce que nous voyons au Parlement participe-t-il à réduire nos chances de sortir de cette liste ?

Je suis outré par l’idéalisme de certains de croire qu’il suffit de changer les lois pour éradiquer la corruption, la fraude, le blanchiment d’argent, la dilapidation des ressources, le gaspillage et d’autres pratiques qui font que certains s’enrichissent au détriment des autres.

Ce problème est mondial. Peut-on appliquer la peine de mort comme en chine contres les fraudeurs ? Je dis NON. Je ne suis pas pour la peine capitale. Doit-on adopter des punitions corporelles comme dans les pays islamiques ? Je dis NON. Je ne sépare pas l’être et son corps.

Le paradoxe est que le plus nous avons de lois, le plus ces pratiques augmentent et font des dégâts encore plus graves. Une société a besoin d’une culture qui construit une civilisation qui ne permette pas des enrichissements inacceptables.

Si les ressources d’un pays sont équitablement distribuées et qu’il y a un rapport entre les revenus, tout enrichissement illicite et licite serait non seulement impossible mais surtout combattu. Il y a une limite à l’enrichissement.

Que voyons-nous ces temps-ci sinon des agissements crapuleux de nos dirigeants politiques et de nos bourgeoisies (Traditionnelles, économiques d’Etat) ?

Sans aucun besoin de sanctionner, il suffit que celui qui est riche explique tout enrichissement dépassant un seuil et il faut introduire une taxe importante quand vient le temps de partager ses biens entre ses héritiers. Une civilisation qui se respecte ne se construit pas sur les privilèges par la transmission génétique.

* Les scandales s’enchaînent et se succèdent. Le dernier en date est le rapport du juge Domah sur l’affaire Britam. Pensez-vous, comme peuvent le déclarer certains juristes, qu’il s’agit d’un rapport politisé ?

J’ai lu en partie le rapport Domah. C’est un rapport de 352 pages signés par S. Domah, S. Hajee Abdoula et I. Ramtohul.

Au chapitre 24, il est proposé 31 recommandations qu’il faudra analyser. Plusieurs de ces recommandations émanent du wishful thinking. Ce n’est pas grave puisque cela nous donne une perspective volontariste. D’autres sont réalisables.

Il est évident que le rapport est politisé dans son utilisation par le régime en place pour discréditer et abattre Bhadain. Mais il n’est pas vrai de dire que c’est un rapport partisan.

Mais Bhadain a eu ce qu’il mérite. Je lui ai dit de ne pas s’associer à la dynastie Jugnauth. Cette dynastie ne laisse à personne l’occasion de s’opposer à eux. Elle a utilisé et éliminé les Bissoondoyal, les Ramgoolam, les Mohamed, les Boolell, les Bérenger…

D’autre part, Bhadain est un expert : j’attends qu’il produise un rapport critique sur ce rapport pour se ‘blanchir’. Il ne peut venir nous dire que c’est un rapport qui le vise en tant que politicien.

Je l’attends. J’ai mon opinion. J’insiste sur ma position. Il faut qu’il se disculpe avec toutes les explications nécessaires. Puis-je vous dire que Domah a fait un jugement en sa faveur et que cela fait référence dans sa réclamation contre l’ICAC ?

Il ne l’a pas dit et je sais qu’il ne pourra pas critiquer Domah. La seule chose qui serait considéré comme crédible, c’est un rapport sur ce que Domah dit et la publication détaillée de ses revenus et de ses dépenses.

* Plusieurs rapports comme cela ont été publiés ces dernières années – comme le rapport Lam Shang Leen sur le trafic de drogue – mais, en fin de compte, rien ne semble être fait à la suite de ces rapports. Ces derniers semblent être comme des exercices de communication. Et on les enferme aussitôt dans des tiroirs une fois le buzz passé. À quoi servent-ils donc ?

Je crois que les mauriciens n’ont rien compris de la politique mauricienne. Trois questions :

  1. Comment un fils qui devient Premier ministre après son père pourrait-il soulever des manquements graves dans la gestion de son père comme PM ? C’est pour cela qu’il faut combattre les dynasties.
  1. Comment deux dirigeants qui ont constitué une alliance politique au pouvoir peuvent-ils s’entretuer et ainsi se discréditer mutuellement ? C’est pourquoi il faut revoir notre système électoral.
  1. Comment combattre un gouvernement au pouvoir par le biais des commissions d’enquête quand il faut l’assentiment du PM pour que le Président de la République institue de telles commissions ?

Il y a plusieurs raisons pour que nous soyons paralysés devant ce constat que vous faites…

De plus, les médias révèlent des dossiers graves et, ensuite, c’est l’oubli… Qui parle de Medpoint ou des moteurs de Saint Louis, par exemple ?

Quant au rapport Lam Shang Leen, il me semble que nous évitons de parler de deux choses. Que Maurice est une plaque tournante des drogues mortifères. Et, que le financement de ce commerce international est contrôlé par des financiers d’ici et d’ailleurs.

Nous combattons ces drogues mais, en même temps, nous permettons à des milliers de jeunes de se détruire avec des drogues synthétiques.

La solution, c’est la légalisation de la consommation du cannabis comme un médicament et comme un moyen récréatif.

* Un nouveau commissaire de police vient d’être nommé. Quelles seront les défis prioritaires qui l’attendent, selon vous ?

 Ah… Quand on me dit qu’un nouveau Commissaire a été nommé, j’ai l’impression que l’on insinue qu’il est un nouveau-né avec un nouveau comportement, de nouvelles pratiques, une ‘nouvelle’ honnêteté, de nouveaux assistants, de nouveaux policiers.

Malheureusement, non… Il n’y aura rien de nouveau sous le soleil.

Les problèmes sont toujours les mêmes – manque de sécurité, drogue, prostitution, vols, agressions sexuelles, problèmes de trafic routier… La liste est longue.

Ce n’est pas un homme qui peut changer les choses. C’est un système et surtout une société qui se construit avec un fond commun de civilisation… acceptable et acceptée de tous.

Je vois que, pour la sécurité, on introduit un système de surveillance vidéo. On veut contrôler l’Internet, on veut approprier la liberté de la personne humaine.

Je vais vous dire quelque chose du plus profond de mon être – aucun policier n’a des dispositions pour aider notre société à avancer sur le plan des droits et des libertés. Ils sont des marionnettes du système. Ils n’ont pas le droit de réfléchir…

Tant que l’Etat sera au service de la classe dominante, son système éducatif sera celui d’insertion et sa police sera celle de coercition.

* Cela fait des années que nous parlons de l’insécurité et du ‘Law and Order’ à Maurice. Encore une fois, il semble que nous sommes face à des situations qui continuent de se dégrader sans que la puissance publique ne puisse réagir. Dans le cas du nouveau commissaire de police, est-il raisonnable de s’attendre à une action ferme et efficace de sa part ou bien sera-t-il ralenti par les blocages institutionnels et politiques ?

On ne choisit pas celui qui va nous agresser dans les manifestations, ou qui va nous surveiller politiquement…

Un citoyen qui se respecte ne respecte pas une police qui est au service des nantis, des accapareurs et du droit au service des oligarchies, des dynasties…

Je dois vous dire que, d’une façon ou d’une autre, je suis un hors-la-loi par conviction et par l’orgueil de mes convictions.

Je n’ai pas de permis de conduire, j’ai conservé ma vieille carte d’identité, je ne me suis pas fait vacciner… et je préfère m’arrêter là. La liste est très longue.

Je n’ai jamais eu de problèmes avec la police, mais je reste un hors-la-loi dans la vie et dans l’âme. Un révolutionnaire n’est pas un anarchiste, mais il n’est pas non plus un adepte de la soumission volontaire ou de la soumission imposée par le système. En passant, aucune police n’est neutre.

* Le Gouvernement a pour projet la mise en place d’un organisme qui viendrait remplacer, à terme, la Mauritius Turf Club. Pensez-vous que c’est le moyen d’avoir un contrôle accru sur l’argent des paris sportifs ? Ou bien le Gouvernement ouvre-t-il une boîte de Pandore qu’il ne pourra pas contrôler ?

 Il y a beaucoup plus que ça dans les intentions du Gouvernement.

J’ai été et je suis le négociateur du syndicat des palefreniers. Ce fut un des premiers secteurs dont je me suis occupé à la GWF. L’organisation des jeux, n’importe lequel, est un moyen de s’enrichir sur la naïveté des autres… et, pour d’autres, un moyen de blanchir son argent. Les courses sont pourries.

Je me souviens de ce que feu Marc David m’avait dit un jour: “Je quitte ce sport pour deux raisons. Quand mon jockey me dit qu’il va gagner, il perd, et quand il me dit de ne pas jouer, il gagne. Mon écurie est championne et j’ai perdu beaucoup d’argent… Je pars et je ne retournerai pas.”

Ces derniers temps, un groupe de personnes, entre autres, Rama Poonoosamy, Vivian Gangaram, Jessika Rosun, Josian Boullé, Alain Offman, Kevin Meselliah, Shama Aboobakar, Jean Michel Giraud, Michel Glover, Sheila Seebaluck, et d’autres personnes ont pris position contre ces magouilles. Je crois qu’ils ont raison.

Je pourrais peut-être dire à Pravind Jugnauth et consorts… que leurs intentions ne seraient pas aussi pures qu’ils le prétendraient.

Je ne soutiens pas le régime dynastique des Jugnauth. Je n’ai rien à voir avec cette famille, et je crois qu’on se fait une illusion que le fils est meilleur que le père. La seule chose qui le lie avec son père c’est le pouvoir. Par ailleurs, c’est une vérité de La Palice, le pouvoir est un moyen de gagner de l’argent.

* Le Finance Bill est passée avec quelques amendements. Le texte de loi sur la CSG et les amendements à la ‘Workers Rights Act’ ont fait grand bruit. Comment réagissez-vous aux conséquences des changements qui vont intervenir dans les deux cas ?

Je pense que nous avons tout dit dans les deux programmes publiés par la FPU. Présentement, il faut sauver le secteur touristique, entre autres, Air Mauritius, Mauritius Duty Free Paradise, les Casinos et le secteur hôtelier. La situation s’améliorera et je pense que nous allons nous en sortir de la crise sanitaire sans grand fracas.

La CSG est la source d’une crise sociale qui va éclater un jour ou l’autre. C’est en fait une taxation qui est utilisée pour remplir les caisses de l’Etat. La pension qui sera payée à l’avenir n’a rien à voir avec les revenus de cette taxe. Cette taxe peut être augmentée comme elle peut ne pas être suffisante pour financer ce système de pension.

Il y aura donc deux groupes d’insatisfaits: les anciens qui sont régis par l’ancien régime, et les gros salariés qui vont faire valoir leurs droits à une pension en relation avec leur contribution.

Quant aux amendements à la ‘Workers’ Rights Act’, il faudra regarder les aspects pratiques. J’ai l’impression qu’il existe une dissonance entre le ministère de la Justice et le ministre du Travail. Il faudra rencontrer les techniciens du ministère du Travail pour en savoir plus.

* Le nombre de cas positifs à la Covid-19 dépasse quotidiennement les 50 cas depuis deux semaines. Est-ce que l’objectif d’une ouverture des frontières pour les vaccinés le 1er octobre pourra être tenu ?

J’ai écrit une lettre à l’OMS et une lettre au ministre de l’Education. Ces lettres seront ratifiées samedi et seront envoyées lundi. Dans cette lettre, je dis ceci :

Notre organisation s’insurge contre le silence de l’OMS par rapport aux nombreuses critiques contre des vaccins autorisés par elle. Il existerait des risques liés en rapport à d’autres virus et à d’autres vaccins. Principalement :

1) à la génétique et à notre système immunitaire ;

2) au système de reproduction ;

3) au système sanguin, etc., et

4) à notre système neuronique.

C’est incontestable. Les effets sont multi-dimensionnels.

Notre organisation vous demande de statuer sur ces risques et d’informer la population mondiale de l’ampleur des effets néfastes établis ou allégués tels que :

  • les problèmes urinaires (incontinence) ; La paralysie des membres inférieurs et facials (gauche et partielle) ;
  • 2) le syndrome Guillain Barré ;
  • 3) les problèmes cardiaques ;
  • 4) l’arrêt de la menstruation ;

5) les problèmes au rein et au foie ;

6) la thrombose ;

7) les anomalies dans la réaction hormonale touchant la croissance, l’humeur, la sexualité et le métabolisme ;

8) le déséquilibre diabétique ;

9) les douleurs musculaires ; et

10) les décès.

Dans le monde, il existe deux positions inacceptables.

  • Sur une chaîne de Canal Plus, tout est contesté d’une façon sauvage, populiste et anarchique. Je ne regarde plus CNews avec ses intervenants d’extrême droite comme Zemour.
  • A Maurice, tout est fait pour soutenir la politique du gouvernement en place. Tout va bien… Aucune contestation … Je ne regarde plus la télévision mauricienne.

Mes observations me poussent à conclure que les effets de la Covid-19 s’estompent d’une part et cela provoque une opposition assez sérieuse contre les vaccins qui ont des effets dangereux sur la santé.

J’ai analysé toute la situation et deux longues lettres seront adressées aux autorités.

Moi-même, je suis réticent à me faire vacciner non pas que je suis contre la vaccination mais il existe trop de dangers.

* Pour revenir sur le plan politique, l’opposition semble ne pas pouvoir secouer le cocotier, et nous voyons Nando Bodha afficher son ambition d’être premier ministrable. Vos commentaires à ce sujet ?

Tout le monde veut devenir Premier ministre. Le problème est que les électeurs se rendent compte que quand l’opposition secoue le cocotier, les noix de cocos tombent sur leur propre tête.

Il y a des décisions qu’il faut prendre :

1) Faire partir le Speaker 

2) Rédiger une nouvelle constitution pour l’instauration d’une nouvelle république

3) Faire partir la famille Jugnauth sans faire retourner Ramgoolam 

4) Adopter l’éducation d’assertion 

5) Mettre l’économie au service du social 

6) Nous débarrasser de tous les opportunistes, des populistes et des jouisseurs aux prochaines élections de 2024, et

7) Renforcer les droits et les intérêts de la masse des gens, pensionnés, travailleurs, femmes au foyer et au travail…

8) Développer une politique en faveur des producteurs et des travailleurs indépendants, bref élargir la classe sociale non liée au capitalisme pour préparer son remplacement.

Je suis dans le pouvoir extra-parlementaire et, croyez-moi, on peut faire beaucoup de choses.


* Published in print edition on 6 August 2021

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