Dharma

Tree of Knowledge

Survol de l’hindouisme

Jusqu’ici nous avons compris que l’hindouisme est Vérité ou Loi Eternelle, Sanatana Dharma (sanatana veut dire éternel), que n’importe quel individu, à travers la discipline du yoga, peut et doit rechercher et découvrir pour lui-même, ce qui équivaut à obtenir la Connaissance Suprême ou paramgyan.

Dans ce volet, nous aborderons le dharma, un concept clé qui englobe plusieurs aspects, impossible de traduire en un seul mot.

Nous avons vu que le dharma forme partie des purusharthas ou quêtes que tout humain poursuit dans sa vie : dharma, artha, kama, moksha. Tout en cheminant vers le moksha ou libération spirituelle finale, que l’on obtient à travers la Connaissance Suprême, nous devons aussi survivre et vivre dans ce monde.

Notre vie dans ce monde

Notre vie est une lutte sans cesse pour :

1.       Obtenir ce dont nous avons besoin ou ce que nous désirons ;

2.       Eviter ou nous débarrasser de ce dont nous n’avons pas besoin ou de ce que nous ne désirons pas.

Ce que nous souhaitons avoir sont l’artha – la sécurité matérielle, et le kama – le plaisir.

L’Artha comprend trois dimensions : émotionnelle (par exemple, nos relations sentimentales avec les autres, à commencer par la famille), sociale (la paix), et économique (les finances).

Le Kama comprend trois dimensions également : les sens (ce qui relève de nos cinq sens – vue, olfaction, ouïe, goût, toucher) ; l’intellect (par exemple, résoudre un problème scientifique, jouer au sudoku/mots croisés) ; l’esthétique (jouir d’une bonne lecture ou contempler un coucher de soleil, etc).

Nous arrivons à combler nos besoins et nos désirs relevant de l’artha et du kama aux moyens des actions (karmas) que nous entreprenons à cette fin. Toutefois, contrairement aux animaux qui agissent presque totalement sous le contrôle de leurs instincts, en tant qu’humains, nous avons un choix dans l’action en nous fondant sur la raison, le savoir et l’expérience.

Par conséquent, nous avons la possibilité de bien réfléchir avant d’agir ou de réagir. Nous pouvons, en d’autres mots, choisir les moyens pour atteindre nos objectifs. C’est là qu’intervient le dharma, selon lequel les moyens que nous choisissons ne doivent pas causer de tort, ni à nous-mêmes, ni à tout ce dont on dépend pour mener à bien notre vie (notre environnement dans son ensemble comprenant les autres humains, la société, les plantes et les animaux, l’environnement physique).

L’éthique se réfère aux principes et règles qui nous guident à faire les bons choix de moyens dans l’accomplissement de nos actions.

Dharma signifie…

Le terme Dharma vient du sanskrit, la racine dhr– signifiant support, et ma- signifiant immensité. Dharma est la Vérité, et aussi la connaissance de la Vérité qui supporte ou soutient l’immensité de l’univers, comprenant toutes les choses qui s’y trouvent, non vivantes et vivantes, y compris nous – les humains.

Et puisque l’univers s’étend de l’infiniment petit à l’infiniment grand – du microcosme au macrocosme – il est entendu que le dharma s’applique à toutes les échelles.

Citant le Swami Ramdas, feu l’éminent indologue Jean Herbert a écrit que « c’est seulement à la lumière de cette connaissance que la vie d’un être humain peut être harmonieusement ajustée dans ses aspects les plus divers. Ainsi le but du dharma est d’infuser dans toutes les activités de la vie la splendeur, la béatitude et la paix de la réalité divine. »

De là, on peut déduire que du point de vue scientifique, le dharma est la propriété caractéristique d’une chose, sans laquelle il ne serait pas ce qu’il est – par exemple, la réactivité ou non-réactivité d’un atome, la chaleur pour le feu, le froid pour la glace, la lumière pour le soleil et autres étoiles, et ainsi de suite.

Du point de vue moral et légal, c’est le devoir ; du point de vue psychologique et spirituel, c’est la religion ; du point de vue général, c’est la justice et la loi ; mais par-dessus tout c’est le Devoir avec un D capital.

Partant de tous ces points de vue, l’on peut dire que dans le sens le plus large, dharma est l’ordre cosmique ou rta, qui émane de Brahman et qui régit sa création à toutes les échelles, comme on a noté plus haut. Avoir le dharma comme quête, cela signifie avoir une compréhension claire de son rôle dans l’univers, et aussi de ses implications dans le déroulement de notre vie.

C’est ainsi qu’il est dit, par exemple, dans le Ramayana : raghukulrit sada chali aye, praan jaye par vachan na jaye – c’est la règle, la loi, le rta, bref le dharma, dans le clan des Raghus, on peut donner sa vie s’il le faut mais on ne peut pas briser une promesse faite.

Chacun et chaque chose a sa place, jouant son rôle

Si, de sa signification universelle de l’ordre cosmique, nous en arrivons à l’application individuelle, nous arrivons naturellement à voir dans le dharma ce qui fait que chaque chose est à sa place et joue son rôle dans cet ordre – en d’autres mots, accomplit son devoir.

Et, si chaque entité, chaque individu accomplissait son devoir, il y régnerait l’harmonie qui serait pour le bien tout un chacun.

De là, on peut conclure que tout ce qui tend vers la paix et l’harmonie et qui constitue le dharma, est dharmique. A l’opposé, tout ce qui s’éloigne de la paix et de l’harmonie – et donne lieu au conflit — constitue l’adharma, et est adharmique.

Et, quand le monde se détourne vers l’adharma, que la paix et l’harmonie sont menacées, alors le Divin s’incarne pour éliminer l’adharma et rétablir le dharma. Ce que fait Krishna, l’avatar de Vishnu, dans la Bhagavad Gita.

Le dharma à chaque étape de la vie

Si nous nous penchons de nouveau sur à la vie de l’être humain, nous comprendrions très facilement que :

–        le dharma du brahmachari, l’étudiant, est d’aller en classe et d’étudier sérieusement : ce n’est pas le temps de chercher copain ou copine, ou fumer et boire, tandis que les parents travaillent dur pour subvenir aux besoins de leurs enfants ;

–        le dharma des parents, qui sont au stade de grihastha, est justement d’élever les enfants correctement et de protéger la famille ; et non pas de les abuser, un mal qui se répand parce qu’on a oublié le dharma.

Commence et s’établit aussi dans cette étape, le dharma de l’époux et de l’épouse, qui est l’épanouissement mutuel sans lequel il ne peut y avoir de stabilité et de bonheur dans la famille ;

le dharma du vanprastha, ayant accompli ses devoirs envers la famille, est de se mettre au service de la société ; et finalement,

le dharma de l’étape sanyasa est de renoncer aux choses matérielles pour se consacrer entièrement à la vie spirituelle.

Et puis, chacun dans son occupation doit respecter son dharma – swadharma –, par exemple, le dharma du professeur est d’enseigner, du médecin, de guérir et ainsi de suite.

Deux volets du Dharma

On pourrait, en résumé, dire que le dharma est à deux volets :

1. Le vishesh ou manav dharma – c’est-à-dire le dharma de l’individu relatif à l’étape de la vie dans laquelle il se trouve et à son rôle social ou profession ;

2.       le samanya dharma – ou le dharma auquel tout le monde doit se conformer pour maintenir l’ordre social, que l’on pourrait qualifier de conformité aux règles du jeu dans un cadre légal et moral.

C’est là où entre en jeu l’éthique qui, essentiellement, signifie ceci : dans la poursuite des objectifs de l’artha (sécurité matérielle) et du kama (plaisir), il faut impérativement que les moyens soient conformes au dharma, au maintien de l’intégrité tant individuelle qu’au sein de la famille et de la société, ce qui concourt au maintien de l’harmonie globalement.

Dans le Manusmriti, un texte de code social, il est dit que dharmo rakshati rakshitaha : celui qui protège le dharma est protégé par le dharma.

Dans le Karna Parva du Mahabharata (un des textes sacrés de l’hindouisme), le dharma est expliqué en ces termes :

Dharma soutient la société.

Dharma maintient l’ordre social.

Dharma assure le bien-être et le progrès de l’humanité.

Dharma est, assurément, ce qui accomplit ces objectifs.

Il y a un effort que tous les peuples doivent faire pour comprendre et mettre en œuvre le dharma, un facteur intégrant porteur d’unité, d’espoir et d’harmonie pour l’avenir de l’humanité.

Pour de plus amples renseignements, veuillez contacter:

ngopee@intnet.mu

 


* Published in print edition on 28 March 2014

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