“L’éventualité que le MMM, pressé par sa base, fasse cavalier seul n’est pas à écarter”

Rapport de Force Politique — Analyse Et Perspectives

… dans ce cas, pour survivre, le MSM n’aurait aucune autre porte de sortie sauf celle de s’accrocher au PTr”

“En cas de confrontation Remake face à une Alliance travailliste, ça va se jouer sur la capacité du MSM et du PTr à exploiter leur potentiel electoral”

 

 

Même s’il reste encore deux ans avant les prochaines élections législatives, le rapport de force politique sur l’échiquier mauricien intéresse un certain nombre de citoyens. Il se trouve que plusieurs événements fortement médiatisés ont marqué l’actualité ces derniers temps et, pourtant, les deux principaux partis politiques ont un électorat quasi-stable. Pour mieux comprendre ce phénomène, D.E.V. du Groupe ‘Opinion Research Analysis Consult’ (ORAC) jette un autre éclairage, sous forme d’une interview, sur le comportement électoral des Mauriciens, la place de l’ethnicité dans le processus d’adhésion aux partis et aussi le poids des alliances électorales.

Mauritius Times : L’analyse de ‘Opinion Research Analysis Consult’ (ORAC) effectuée en juillet 2013, c’est-à-dire à deux ans des prochaines législatives, démontre que sur la base des résultats des municipales de décembre 2012 et des sondages de DCDM-Politis le rapport de force politique sur l’échiquier mauricien reste figé avec le PTr et le MMM tournant autour de 40% respectivement, le MSM 2,5%, le PMSD 1,5%. La question qui se pose : le rapport de force politique restera-t-il ainsi jusqu’en 2015 ?

D.E.V. – ORAC : Nous n’avons aucun doute à ce sujet. Ces bases électorales, sur lesquelles peuvent compter de manière sûre les formations citées, sont stables. On peut même dire que cette stabilisation est devenue une cristallisation. Cela dit, ce qui importe dans la perspective des prochaines élections législatives, c’est l’analyse de leur potentiel électoral qui couvre l’ensemble de l’électorat susceptible de leur accorder leur voix, et leur capacité à convertir ce potentiel en soutien effectif. Bien entendu, cela est pertinent dans le cadre d’une confrontation Alliance MMM-MSM vs Alliance menée par le PTr. Pour le MMM, nous estimons son potentiel électoral à 44% dont 4% d’électeurs volatiles. Faute de concurrent direct, cette frange de l’électorat se rangera finalement du côté du MMM ou s’abstiendra en partie. L’ampleur de cette abstention pourrait s’avérer néfaste pour le Remake dans certaines circonscriptions urbaines serrées que ne pourrait compenser l’apport du MSM qui, au demeurant, ne pèse pas lourd dans les villes.

S’agissant du PTr, nous le créditons d’un potentiel électoral de 47%, dont 7% appartiennent simultanément au potentiel du MSM. La capacité pour le PTr et le MSM de convertir totalement ce réservoir en vote effectif sera déterminante.

* Un premier constat surprenant dans l’analyse d’ORAC : le PTr parvient à maintenir une constance par rapport à son socle électoral (40%) malgré les « affaires » et autres « scandales » répercutés à répétition et sur une base quotidienne par la presse, manifestement, de l’opposition. A tel point qu’on aurait pu croire que le PTr allait touché le fond avec les Varma et autres Jeannot, l’affaire MITD, l’accident de Sorèze, l’inondation… Allet, Issack. Pourtant ce socle-là lui reste fidèle ! Pourquoi ?

La forte résilience du PTr face à cette cascade de contrecoups démontre la grande solidité de son socle électoral. Il apparaît, en tous cas, plus solide qu’en 1982 où il était descendu à un niveau historiquement bas de 25%.

Toutefois, là où l’opposition peut grignoter quelques points décisifs, c’est dans la fraction volatile de l’électorat qui avait voté travailliste en 2005 et 2010. Mais, pour l’instant, rien sur le terrain n’indique qu’un transfert d’allégeance est en train de s’opérer au bénéfice du MSM missionné par le Remake à cette fin. En plaçant le curseur sur les seules « affaires », le MSM, perçu comme n’étant pas si « clean » que cela, et toujours impliqué dans le scandale MedPoint, a du mal à se montrer crédible et à convaincre. D’autant plus que l’alliance MMM-MSM n’a pas réussi à créer la même dynamique qu’en 2000. Pour preuve, la forte abstention des électeurs mauves lors des dernières municipales et l’échec relatif du rassemblement du 1er mai.

* Toujours, en ce qui concerne cette constance dans l’adhésion de la base travailliste au PTr et celle des militants au MMM, pourrait-on, ‘at the end of the day’ l’attribuer au variable ethnique ? Et, si tel est effectivement le cas, faut-il croire que l’ethnicité va demeurer pendant longtemps encore un facteur déterminant dans le processus d’adhésion aux partis politiques ?

Depuis 1967, le paradigme d’explication du comportement électoral à Maurice basé sur l’ethnicité a supplanté le modèle socio-économique. Le facteur structurant qu’est l’ethnicité est ainsi devenu le fondement de toute stratégie élaborée par les principaux partis politiques.

Parmi les plus grands « coups » relevant de cette stratégie, notons : l’effacement de Jules Koenig à la tête du PMSD dans les années 60 en faveur de Sir Gaëtan Duval dont le « profil » correspondait mieux à une section de l’électorat créole du Parti travailliste de l’époque; l’accession de Sir Anerood Jugnauth comme leader de l’opposition MMM en 1976 et comme Premier ministre en 1982, pour rassurer l’électorat hindou, alors que Paul Bérenger était le véritable leader du MMM; le désistement de Sir Satcam Boolell en faveur de Navin Ramgoolam en 1990 destiné à reprendre une fraction de l’électorat travailliste passée au MSM ; la désignation au poste de leader-adjoint du PTr de Rashid Beebeejaun, chargé d’aller piocher dans l’électorat musulman.

Si cette stratégie de la part des principaux partis entraîne effectivement des résultats probants du point de vue comptable et conforte leur domination politique, il y a le revers de la médaille. Cette démarche accentue le clivage ethnique sur le plan du comportement électoral. Elle rend extrêmement difficile la concrétisation de la volonté affichée par les deux principales formations d’être des partis nationaux, la porosité entre les « camps » étant très faible. Elle peut également encourager l’émergence de partis plus ou moins sectaires susceptibles d’influencer le paysage politique. A l’image du FSM, Hizboullah, que nous créditons à 2%, dont la forte percée à Port-Louis est en grande partie à l’origine du recul du MMM dans la capitale.

Nous ne voyons aucun changement à ce schéma ni dans le court terme ni dans le moyen terme, et ce, aussi longtemps que n’émergera pas une force majoritaire d’alternance ou d’alternative, comme le distingue Jack Bizlall. D’ailleurs cette nouvelle force devra proposer un programme prônant un changement radical de société et pas seulement un changement de pratique.

Cela dit, notons que nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. D’autres pays, ayant à peu près les mêmes caractéristiques que le nôtre, notamment celles de peuplement – Trinidad, Guyana, Fidji, etc., – sont peu ou prou dans cette situation. Mais c’est vrai, ce n’est pas une raison pour en rester là.

* Il ne faut donc pas se leurrer finalement, car c’est effectivement le poids qu’occupe l’ethnicité dans le processus d’adhésion aux partis (et qui demeure également figé) qui plaide en faveur, sinon force la mise en place des alliances politiques en vue de construire des gouvernements “forts”, capables d’assurer la gouvernance de l’Etat en toute sérénité ?

En effet, dès lors que les deux principales formations sont au même niveau en termes d’allégeance et incapables de capter des voix dans le camp adverse pour des raisons déjà évoquées, le jeu d’alliances sur fond ethnique est incontournable, non seulement pour accéder au pouvoir mais aussi pour gouverner plus sereinement.

S’agissant de « gouvernements forts », c’est davantage notre système électoral, en dépit de ses défauts sur d’autres plans, qui le permet. Et, heureusement d’ailleurs, car nous pensons que seul un « gouvernement fort », comme vous dites, est en mesure de faire avancer ce pays complexe et compliqué.

L’idéal, c’est qu’une telle alliance dégage non seulement un « gouvernement fort » mais aussi une majorité stable qui passe par une majorité parlementaire confortable pour un des composants de l’alliance au pouvoir. C’était le cas en 1983, 1987 et 2005, avec les effets bénéfiques sur la gouvernance qu’on connaît.

* En attendant, faute d’un arrangement entre les deux principaux partis politiques (PTr et MMM), l’un ou l’autre s’organise pour « take on board » des groupuscules tels que le MSM (2,5%) et/ou le PMSD (1,5%) pour se donner les couleurs d’un ‘gouvernement arc-en-ciel’ ? Le symbolisme a aussi sa place dans le jeu politique ?

Certes, le symbolisme a sa place dans toute alliance car les deux partis dominants entendent sincèrement projeter l’image d’une formation nationale. Mais pour un parti gestionnaire aspirant à gouverner, il s’agit de conclure la bonne alliance qui va avant tout remporter les élections — de préférence avec un partenaire plus petit ou pour empêcher que ce partenaire aille chez le concurrent. Et, pour cela, on va avoir recours à toutes sortes de stratagèmes.

Cette démarche a pris un véritable essor à partir de 2000 lorsqu’à la veille des élections une alliance improbable MMM-MSM avait été conclue avec à la clef un dispositif inédit et surprenant de partage du prime ministership. En 2005, le PTr avait rallié autour de lui groupuscules et personnalités divers et variés mais possédant une assise électorale certaine, pour affronter l’Alliance MMM-MSM. En 2010, le PTr en position de force dans des négociations séparées avec le MMM et le MSM, avait au final choisi le MSM comme partenaire.

Depuis le retrait du MSM de la majorité gouvernementale, c’est le MMM qui se trouve en position de force dans le jeu d’alliances. Il a bien joué le coup en concluant rapidement le Remake 2000 pour empêcher des défections des élus MSM et une réconciliation du MSM avec le PTr. Tout en poursuivant des « discussions » avec le PTr, sous diverses formes. C’est bien évidemment une position très favorable pour le MMM qui voit ainsi son « bargaining power » renforcé, et il ne va certainement pas s’en priver.

* Toutefois, il existe le revers de la médaille par rapport à ces groupuscules. S’ils s’avèrent indispensables lors de la construction d’une alliance gouvernementale, ils représentent en permanence un élément de fragilisation ou même de déstabilisation au sein de cette même alliance gouvernementale. C’est le principal facteur susceptible de réduire considérablement la marge de manœuvre d’un Premier ministre. Ce serait le cas pour le Premier ministre actuel, semble-t-il ?

Il y a trois cas de figure à prendre en considération.

Primo, l’alliance gouvernementale comporte un parti disposant à lui seul la majorité parlementaire. Dans ce cas, la marge de manœuvre du Premier ministre est très confortable. C’était le cas sous Sir Anerood Jugnauth de 1983 à 1995. Ce qui explique la raison pour laquelle il pouvait, par exemple, exercer sa prérogative de nommer et de remercier tel ou tel ministre… « comme bon lui semble » pour reprendre la formule consacrée. C’était également le cas sous Navin Ramgoolam de 1995 à 2000, et de 2005 à 2010. Il faut relever que la réussite de ces « prime ministership » est liée, en grande partie, à cette situation confortable.

Secundo, le parti dominant de l’alliance gouvernementale ne dispose pas de la majorité parlementaire absolue. Dans ce cas, la marge de manœuvre du PM issu de ses rangs est très mince. C’est la situation que Sir Seewoosagur Ramgoolam avait connue de 1967 à 1982. C’est le cas aujourd’hui : le PTr — avec 32 députés dont les 3 ex-MSM sur un total de 69 parlementaires — ne dispose pas à lui seul d’une majorité parlementaire. Certes, ce n’est pas dramatique en soi car le PM peut compter sur les 6 députés PMSD et MR mais il ne peut pas échapper aux contraintes liées à ce contexte.

Tertio, il y a une troisième configuration : le parti de l’alliance gouvernementale dont est issu le PM n’a ni de majorité parlementaire absolue ni de majorité au sein même de cette alliance. C’était le cas de Sir Anerood de 2000 à 2003, qui a eu par conséquent un rôle plutôt effacé dans la conduite des affaires. C’est une situation qui a de fortes chances de se reproduire en 2015, bien entendu dans l’hypothèse d’une victoire du Remake 2000 – si elle tient jusque-là – sous, le cas échéant, le « prime ministership » de SAJ.

* Dans de telles circonstances, c’est-à-dire lorsque le Premier des ministres — le « primus inter pares » –, se voit, en raison d’une marge de manœuvre étriquée, réduit à exercer ses pouvoirs uniquement sur une base quotidienne, il ne faut pas s’attendre à d’importantes initiatives politiques ou administratives ni même d’un quelconque remaniement ministériel de sa part ? Un tel Premier ministre ne peut pas gouverner « comme bon lui semble » ?

Dès lors que le PM ne dispose pas d’une majorité parlementaire absolue et confortable, il a « la main en bas roche », comme on le dit à Maurice. Il a l’épée de Damoclès, que constitue la motion de censure, suspendue au-dessus de sa tête de sorte qu’il doit composer avec les uns et les autres, y compris dans son propre camp, et ne pas les mécontenter outre-mesure. D’autant plus que ces derniers sont continuellement sollicités sans état d’âme par l’opposition. Voilà pourquoi on peut difficilement envisager un véritable remaniement ministériel dont l’objectif premier serait avant tout de donner un nouveau souffle au gouvernement, au-delà des considérations strictement politiques. A remarquer que les seuls remaniements d’ampleur répertoriés ont eu lieu soit dans le cadre d’un remplacement de ministres démissionnaires ou « démissionnés », soit dans le cadre d’une nouvelle alliance en cours de législature.

Dans le cas présent, il n’y a aucune nouvelle alliance prévue dans l’immédiat, ni d’éventuels départs volontaires ou forcés. Par conséquent un remaniement ministériel en profondeur est difficilement envisageable compte tenu de la faible marge de manœuvre dont dispose le PM. Le PM n’a qu’un seul maroquin à distribuer, celui laissé par Yatin Varma. Il va probablement l’utiliser pour renforcer sa majorité, dans le cadre d’un simple exercice de mutation interne au sein du Cabinet. Ce maroquin, étant évidemment très convoité, risque toutefois de représenter une opération délicate. C’est une position peu envieuse pour un Premier ministre. C’est la raison pour laquelle nous insistons sur l’aspect stabilité dans tout projet de réforme électorale.

* Venons-en à un autre constat surprenant dans l’analyse d’ORAC : le poids électoral du MSM sur l’échiquier, est estimé à 2,5%. Les dernières élections villageoises et municipales ont démontré, selon l’ORAC, que le MSM n’a pas réussi à convertir son potentiel électoral théorique en soutien effectif. L’allié du jour de ce parti en est conscient, n’est-ce pas ?

Pour l’instant, tout indique que le MSM reste scotché à 2-3%. Tout le monde en est conscient. Le MSM en premier, parce que c’est le principal concerné, compte tenu de la tâche qui lui est attribuée et qui consiste à aller piocher suffisamment de voix dans le camp travailliste.

Malgré les énormes efforts – physiques et financiers – déployés, le MSM n’arrive toujours pas à décoller de manière significative. D’autant plus que bon nombre de militants ne semblent pas déborder d’enthousiasme envers une alliance de leur parti avec le MSM, ce qui pourrait se traduire par une abstention protestataire ou un « split vote » de 2-3%, un comportement qui a déjà coûté quelques sièges au MMM en 2010.

Par conséquent, l’apport demandé au MSM par le Remake pour remporter les prochaines législatives est plus important. Il faut préciser que l’essentiel de la force du MSM se trouve concentré dans quelques circonscriptions rurales où le PTr dispose d’une certaine marge de sécurité.

Le MMM est également conscient de la difficulté que rencontre le MSM à percer, au vu en particulier des résultats des élections villageoises et des municipales de Vacoas-Phoenix. Ce qui explique que l’état-major mauve n’a pas totalement fermé la porte au PTr. L’état-major mauve est d’autant plus conscient qu’une nouvelle défaite pourrait entraîner des conséquences fâcheuses à leur parti déjà marqué par l’abstentionnisme protestataire constaté lors des dernières élections municipales.

* Le PTr est également conscient des difficultés du Remake 2000. Est-ce qu’il peut dormir tranquillement dans ce cas?

Nous avons étudié la situation telle qu’elle se présente actuellement, soit à deux ans des prochaines législatives. D’ici là, tout peut arriver. Certes, un remake de 2000 en termes de résultats favorables à une alliance MMM-MSM face à une alliance travailliste ne nous semble pas envisageable. Néanmoins, une défaite du PTr, même si l’écart est serré, est dans le domaine du possible. En tout cas, le PTr n’a pas intérêt à voir venir ou à miser sur une alliance avec le MMM ou même une « paix des braves » avec le MSM.

A ce propos, revoyons les chiffres concernant les socles électoraux comme ils se présentent en ce moment: le Remake 2000 est à 42,5% (40% MMM + 2,5% MSM), et l’Alliance PTr-PMSD et d’éventuels groupuscules est créditée de 43%.

Nous le répétons : en cas de confrontation Remake face à une Alliance travailliste, ça va se jouer sur la capacité du MSM et du PTr à exploiter leur potentiel électoral. En 2000, le MSM avait réussi à le faire en totalité. En 2005, le PTr l’avait récupéré en totalité également et il l’a conservé en 2010.

* Une « paix des braves » des Travaillistes avec le MSM, faute d’un accord avec le MMM ? Pas évident ?

Connaissant les renversements des alliances, les uns plus étonnants que les autres, je ne mettrais pas la main au feu sur une impossibilité d’un raccommodage PTr-MSM. Tout est possible en politique à Maurice, disait Sir Satcam Boolell. Certes, pour le MSM, l’alliance avec le MMM, dont les modalités de partage du « prime ministership » et de distribution 50-50 de tickets, est beaucoup plus intéressante que le « deal » que pourrait lui proposer le PTr.

Néanmoins, l’éventualité que le MMM, pressé par sa base, fasse cavalier seul n’est pas à écarter totalement. La réforme électorale que défend le MMM et qui vise à ramener le nombre d’élus davantage en adéquation avec le score réalisé va dans ce sens. Dans ce cas, pour survivre, le MSM n’aurait aucune autre porte de sortie sauf celle de s’accrocher à une autre locomotive, en l’occurrence le PTr.

* Au vu de la difficulté du MSM à exploiter son potentiel électoral pour se hisser jusqu’à 9,5% en termes de vote total, c’est bien mal connaître le sujet que de parler d’un quelconque « parfum de 1982 » dans l’air actuellement ?

Soyons sérieux. En 1982, l’alliance MMM avec le PSM (parti dissident du PTr) avait réalisé 65% des suffrages exprimés. Je ne vois pas comment le MSM qui n’arrive pas à dépasser les 3% pourrait, en alliance avec le MMM, siphonner la moitié de l’électorat travailliste pour rééditer (en alliance avec le MMM) la performance de 1982.

D’ailleurs, les conditions d’aujourd’hui sont loin d’être comparables à celles de 1982. A l’époque, le pouvoir travailliste était confronté à une conjugaison de plusieurs facteurs particulièrement défavorables. Entre autres : les « affaires », la division au sein même du PTr suivie d’une importante dissension, et surtout une situation économique catastrophique. Le tout face à une opposition au mieux de sa forme, munie de propositions sérieuses. De toute évidence, la situation aujourd’hui n’est pas la même.

On ne peut même pas parler de « parfum 2000 ». A cette époque, l’alliance PTr-PMXD était loin d’être prête à affronter l’alliance MMM-MSM conclue à la dernière minute, les prenant de court. Et surtout il faut se rappeler que lors des législatives précédentes de 1995, le MSM de SAJ avait recueilli 20% des suffrages exprimés. Depuis, il n’a cessé de péricliter à l’image de la trajectoire du PMSD.

– Un parfum de 1976 serait alors plus probable à envisager?

Si vous entendez par là un match serré entre les deux principales formations à la fois sur le plan des suffrages exprimés et en termes du nombre d’élus, la comparaison pourrait tenir. Il faut toutefois préciser qu’en 1976, il y avait un « three-cornered fight » unique en son genre depuis 1967. Le MMM avait réalisé 39%, le PTr 38%, le PMSD 16% avec 34, 28 et 8 députés respectivement, y compris les Best Losers. Et, en effet, SSR avait dû composer avec une majorité très restreinte dans le cadre de la coalition PTr-PMSD pour diriger le pays tant bien que mal jusqu’en 1982.

A l’examen des éléments d’analyse dont nous disposons à l’heure actuelle, notamment en ce qui concerne la stagnation du MSM, les prochaines élections législatives dans un schéma Remake face à une alliance travailliste s’annoncent ouvertes. Si le MSM ne décolle pas d’ici là, alors ce sera plus proche de 2005 ou 2010, avec un écart plus serré en suffrages et en élus. La progression – s’il y a — du MSM dans l’opinion devrait nous donner des indications plus précises sur la suite.

* Au-delà de la difficulté qu’éprouve le MMM, principalement Paul Bérenger lui-même, de travailler avec le fils de Sir Anerood Jugnauth, quel intérêt a le leader du MMM à rechercher un accord avec Navin Ramgoolam ? Ça dépasse sûrement le cadre des « bonnes vibrations » entre les deux hommes – et l’intérêt des deux leaders à partager le pouvoir ?

L’émotion a très peu de place dans les considérations politiques au sommet. Ce sont les intérêts politiques qui priment.

S’agissant des intérêts strictement politiques du MMM pour une alliance avec le PTr, je relève entre autres : 1- Le retour assuré aux affaires ; 2 – La réforme électorale, qui permettrait au MMM d’envisager de gouverner seul ou en coalition post-électorale, impossible sans majorité de trois-quarts – donc sans le PTr ; 3 – Le partage des pouvoirs dans le cadre d’une nouvelle République ; 4 – Le renouvellement et le rajeunissement du parti sans risques électoraux.

Pour le PTr, une telle alliance signifie une victoire certaine aux législatives, une réforme électorale éliminant l’élément « communaliste », un régime semi-présidentiel, le renouvellement du PTr.

Pour aller plus loin, en tant que groupe de réflexion et d’analyse mais aussi en tant que citoyens, nous pensons sincèrement, au niveau du Groupe ORAC, qu’une alliance PTr-MMM est la meilleure pour le bien de ce pays. Nous sommes parfaitement à l’aise en disant cela car nous l’avons dit et répété depuis 2008 dans le sillage de la crise économique internationale ayant entraîné de profondes mutations dont les répercussions allaient tôt ou tard se faire sentir ici même.

Entretemps, d’autres préoccupations d’ordre sociétal ont surgi. Je pense en particulier à la moralisation de la vie publique, au nécessaire choc des compétences, au projet lle Maurice Durable, au combat que mène Nita Deerpalsing, soutenu par Alan Ganoo en faveur d’un Etat « séculier », aux réflexions et appels citoyens qui inondent les réseaux sociaux. Tout ceci renforce notre conviction pour la constitution d’un gouvernement d’union nationale qui, au-delà des considérations partisanes, serait plus à même de répondre aux attentes du pays.

La feuille de route de ce G.U.N. (Gouvernement d’Union Nationale) devrait avoir comme fil conducteur, outre Prospérer, deux autres mots clefs en guise de leitmotiv : Moderniser, Nettoyer. Le premier est de Navin Ramgoolam, l’autre de Paul Bérenger. Deux mots simples, mais au fond c’est tout un vaste programme englobant énormément de chantiers.

S’ils veulent donner un véritable sens à leurs « vibrations », pour reprendre votre formule, alors qu’ils ne ratent pas cette occasion historique de faire avancer durablement ce pays !

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