Consommation et épargne – le juste équilibre

Les travers de la consommation. Je consomme, donc je suis…

By Nita Chicooree-Mercier

Supermarché cherche clients. A la vue d’une publicité ambulante affichée par un centre commercial sur le flanc des autobus du Nord : Vous nous manquez. Revenez, vous êtes les bienvenus.

Le coup de sifflet donné pour signaler la fin du confinement a été un soulagement, mais a nullement provoqué une ruée vers les centres commerciaux dans les villages. Bon signe !

« En dilapidant des milliards tirés des fonds publics en toute opacité dans les investissements hasardeux, en se contentant de la rentabilité des secteurs économiques limités, et en affichant grand train de vie de la haute sphère étatique, les équipes successives ont donné le mauvais exemple, et ont entraîné le public dans une spirale de consommation et de dettes… »


Où va votre argent?

Si par votre mode consommation, vous rajoutez quelques milliers de roupies chaque semaine dans les caisses des supermarchés multimillionnaires, il est temps de tout revoir.

Les supermarchés n’ont pas hésité à augmenter les prix de certains articles en toute impunité. A titre d’exemple, les bas salaires entre Rs 10 et Rs 15 mille, et même ceux de la petite classe moyenne qui consomment une marque de lait en poudre importée : ils ont été obligés de débourser Rs 214 au lieu de Rs 185, une hausse de Rs 34 du jour au lendemain. Le lait importé en brique est passé de Rs 38 à Rs 44.

Même scénario pour les conserves, sardines, thon, saumon, tomates pelées, etc., et bien d’autres articles alimentaires. Montée en flèche des légumes. L’absence de prix de certains produits a gêné les clients mais pas la direction des supermarchés. Les deux mois et demi de confinement a été une manne en or pour eux.

L’Etat a, contre toute logique, payé la moitié des salaires de leurs employés ! Tout cela n’exprime qu’une chose : la logique du profit à tout prix, se faire « du pognon » en profitant d’une situation sociale difficile.

Une exploitation et un abus dans le plus grand mépris des consommateurs. Les poches se sont vidées, et les clients ont déserté les couloirs de certains supermarchés.

Et maintenant ?

Une prise de conscience s’impose. Il serait raisonnable et juste d’acheter dans divers types de commerce afin de faire vivre d’autres personnes que les super riches. Les supermarchés ont l’avantage d’offrir une concentration de produits divers, proposés parfois à un prix inférieur.

  • En favorisant le commerce de proximité, laboutiks et moyennes épiceries, on économise l’essence et le temps du déplacement.
  • Le nombre des vendeurs de légumes a augmenté devant les petits magasins et les domiciles des particuliers avec une offre plus intéressante que dans les grandes surfaces.
  • Les ‘demi-gros’ et autres détaillants de la capitale valent la peine d’une visite plus régulière.
  • Les marchés de viande sont suffisamment garnis.

C’est au pied des débarcadères que les villageois et habitants des régions côtières ont l’avantage de s’approvisionner en poissons frais.

  • Produits d’entretien, boissons, vaisselle, etc., il y a moyen aussi de diversifier les visites vers d’autres points de vente.

On accroît la concentration des richesses entre les mains d’une poignée d’individus et de sociétés commerciales en achetant tous les besoins en un seul lieu. Mais vu que le client-roi a été obligé de patienter dans les longues files d’attente comme un mendiant pour s’approvisionner et se faire plumer comme un pigeon, il est en droit de se poser des questions.

Hier, c’étaient les riches qui pouvaient se permettre d’acheter de la viande. La tendance actuelle dans les pays riches montre que les pauvres restent accros à l’alimentation à base de viande tandis que les riches se tournent davantage vers d’autres sources de protéines, les produits bio, les légumes, les céréales, le quinoa, etc.

Quoi qu’il en soit, l’ère de la consommation de masse est terminée. L’heure est à consommer moins mais mieux. Du moins dans les pays avancés.

Statut social fondé sur les acquis matériels ?

C’est une vanité qui confère un sens erroné de supériorité. On ne devient pas quelqu’un en poussant un caddie bien rempli pour impressionner les autres aux rayons de supermarché ou en se jetant sur n’importe quel nouveau gadget importé pour appâter le porte-monnaie. Mettre la main sur la voiture rutilante dernier cri ou s’attabler inutilement dans les cafés étalant glamour et luxe sous les feux des projecteurs dans les centres commerciaux : nouveauté qui donne l’illusion d’une prospérité comme ailleurs ou comme exhibée au cinéma et à la télé. Pour avaler ou se goinfrer d’aliments quand l’estomac ne crie pas urgence.

La publicité, corollaire de la consommation de masse, a eu pignon sur rue à la radio ces derniers temps. Pousser à acheter comme la voisine, un slogan maintes fois répété, sans aucune gêne.

Faute d’un public à épater pendant l’isolement car chacun est resté cloîtré à domicile, les tenants des illusions éphémères ont dû faire le ménage dans les méninges.

Sars covid-19, une minuscule bactérie attaque princes, gouvernants, célébrités, simples salariés, riches et pauvres sans discrimination, et impose l’égalité devant la mort.

 Le virus conserve sa toute-puissance faute de vaccin, mais il faut se réjouir s’il a aidé les uns et les autres à être vaccinés contre le superficiel et l’image illusoire.

La culture de l’épargne est restée vivante ?

Quand bien même un matraquage incessant sur les panneaux publicitaires et dans les médias vise à vider le porte-monnaie, la culture de l’épargne est restée bien vivante. Elle gagnerait à être renforcée par une réduction des dépenses inutiles et une anticipation plus consciente des temps difficiles.

Consommation de ménage est le mot d’ordre du libéralisme, et tout écart sèmera un vent de panique dans le milieu des affaires et les rangs des gouvernants. Or, les gens ne se définissent pas à priori comme des machines à consommer…

Les décideurs politiques ont du grain à moudre. Pendant des décennies, ils ont choisi la voie de la facilité pour les lobbys des affaires, et pour eux-mêmes d’une manière indirecte. La nécessité de diversifier et de produire localement ce qui est possible s’impose comme une évidence. La masse des travailleurs ne demande qu’à acquérir un savoir-faire, des nouvelles techniques et une compétence dans les nouvelles technologiques pour déployer leur potentiel. Vaste chantier.

En dilapidant des milliards tirés des fonds publics en toute opacité dans les investissements hasardeux, en se contentant de la rentabilité des secteurs économiques limités, et en affichant grand train de vie de la haute sphère étatique, les équipes successives ont donné le mauvais exemple, et ont entraîné le public dans une spirale de consommation et de dettes.

A l’insouciance de la cigale s’ensuivent les vertus de la fourmi. Il n’y a pas de choix car le plus dur est devant nous. Mais la situation suscite aussi de nouvelles vocations, stimule l’ambition et le désir de relever les défis, et aguerrit l’esprit de combat qui caractérisera toujours le Sapiens.


* Published in print edition on 12 June 2020

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