Vina Ballgobin

45 ans d’indépendance, Elections municipales & Local Government :

Où en est la bonne gouvernance ?

– Vina Ballgobin

45 ans d’indépendance. Alternance dans la majorité des Municipalités. Et que se passe-t-il lorsque l’euphorie de la fête est terminée ? Certains citoyens retournent à leur routine, ne sachant absolument pas ce qui est attendu d’eux, par la suite. Ils ne comprennent pas que le fait d’être des citoyens libres, cela implique le devoir suivant : prendre part dans les affaires du pays, notamment pour asseoir la conception de la « bonne gouvernance ».

Définition

« Gouvernance » : Cela concerne la manière de prendre des décisions, de formuler et d’implémenter les politiques locales, régionales et internationales. Il s’agit aussi de garder un œil sur le fonctionnement des institutions et des processus qui régissent l’action des acteurs de l’État, de la société civile et du secteur privé. C’est aussi la capacité à vérifier que les normes et valeurs qui guident la gouvernance sont bien respectées dans un contexte institutionnel donné.

« Bonne gouvernance » : Cette conception repose sur les droits universels de l’homme et les principes qui en découlent : autonomisation et participation (Empowerment), égalité des chances et non-discrimination (Equal Opportunities), transparence (Transparency) et responsabilité (Accountability). C’est la manière dont chaque gouvernement du pays – Central Government et Local Government — respecte ses obligations, s’acquitte des décisions prises et ratifiées au niveau international, régional et local, et implémente l’idéal du respect, de la protection et de la garantie de tous les droits de l’Homme sur le plan local.

Par conséquent, la « bonne gouvernance » c’est le savoir-faire des élus (hommes et femmes politiques du Parlement, des Conseils Municipaux, et des Conseils de Village). C’est aussi la capacité des fonctionnaires et autres employés sous la tutelle des élus de garder leur neutralité et de veiller à ce que les droits de chaque citoyen soient respectés.

La « bonne gouvernance » est synonyme de participation dynamique de la population dans les affaires du pays, et un sens accru de responsabilité des élus envers le pays et les mandants.

Lorsque les principes de la « bonne gouvernance » sont appliqués, il y a respect et protection de tous les droits de l’Homme et la garantie à tous d’avoir le même traitement auprès des institutions, et ce, sans aucune distinction de statut, de genre, d’âge, et d’appartenance ethnique, religieuse ou culturelle. A ce moment-là, il s’ensuit une réduction de la pauvreté, par exemple.

Dans ce contexte, même s’il y a financements des partis politiques, il y a séparation des pouvoirs. Les financeurs des partis ne s’imposent pas entre les élus et les citoyens. C’est un moyen de régler des conflits de manière constructive et non-violente et d’éviter au maximum les cas de corruption et de passe-droits au détriment de la majorité des citoyens.

Ainsi, au Canada, les financeurs des partis politiques sont connus du grand public. Leur nom et le nom de leur(s) entreprise(s) figurent sur un site-web officiel1. Ils sont connus sous l’appellation « lobbyistes ». Ils sont constamment sous les regards inquisiteurs des citoyens et des journalistes qu’ils ne financent pas, bien sûr.

Il est évident que dans ces circonstances, aucun financeur – peu importe ses sources de financements — ne peut être au-dessus des lois de la République, ce qui fait l’admiration des citoyens quand ceux-ci sont arrêtés ou que certains hommes et femmes politiques, proches d’eux, sont aussi arrêtés pour complicité, activités illégales et malversations en tous genres.

Les élus au Conseil Municipal, par exemple, ne sont pas tenus de paralyser l’institution parce que leur administration et la gestion des différents départements et sections de la Municipalité sont transparentes, performantes et centrées sur les citoyens. Bien entendu, cela indique une gestion si minutieuse des finances publiques que la lutte contre la corruption devient un processus permanent et inconscient.

Il paraît même que la communauté internationale tient compte de tous ces paramètres avant de venir en aide aux pays en voie de développement comme la République de Maurice. D’ailleurs, très souvent, la communauté internationale s’engage à œuvrer dans le sens du développement durable à l’échelle planétaire… Ça, les citoyens mauriciens peuvent en douter, ne serait-ce qu’en constatant les dépenses exponentielles et extravagantes pour les travaux de la Waste Water et de la RDA, par exemple.

Et la gestion des Municipalités après 45 ans d’indépendance ?

Pour comprendre la notion de « gouvernance », il faut se tourner vers le contexte culturel, écologique, économique, historique et social de chaque pays. La majorité des citoyens de la République de Maurice d’aujourd’hui sont issus d’une classe sociale pauvre, la classe des laboureurs et des ouvriers, des esclaves et des travailleurs engagés.

Après 45 ans d’indépendance, où en sommes-nous, les Mauriciens ? Nous avons bien des difficultés à faire comprendre aux autorités locales, par exemple, à la Municipalité de Belle-Rose Quatre-Bornes que la non-application de la « bonne gouvernance » porte atteinte à la dignité des votants, en premier lieu, et atteint au plus profond ceux qui cru en eux pour des années et des années, et ont voté pour le groupe majoritaire en place en ce moment même. Rappelons que la « bonne gouvernance » était un thème majeur des dernières élections municipales !

Par ailleurs, c’est une honte pour certains agents politiques qui ont travaillé pour faire élire des personnes qui, aujourd’hui, sont, tout simplement incapables de résoudre des problèmes. Peut-être ces élus n’en ont pas la volonté ou les compétences ou l’envie d’œuvrer pour le bien-être des habitants, ou alors il s’agit des trois manquements à la fois… Y aurait-il une autre raison – les élus considèrent que certains sont plus égaux que d’autres ? Ainsi, la « bonne gouvernance » serait un mot vide de sens pour la majorité au Conseil Municipal de Belle-Rose Quatre-Bornes ? Et l’opposition, est-elle toujours en vacances ?

Pourquoi cette Municipalité est-elle aussi paralysée ? Comment expliquer l’absence de réaction officielle à une lettre avec complainte déposée dans les locaux de la Municipalité le 18/03/2013 [Reçu No 0855] ? Comment expliquer l’absence de contrôle sur le terrain par les inspecteurs de la Municipalité ?

Admettons qu’à la Municipalité de Belle-Rose Quatre-Bornes, certaines complaintes disparaissent comme par un coup de baguette magique… Mais les élus ne lisent donc pas les informations de la presse locale et ils ne réagissent jamais en cas de problèmes ? Conclusion : les résultats attendus par la population ne sont pas atteints et encore une fois, certains citoyens déplorent les discours pré-électoraux vides de sens. D’autres regrettent déjà d’avoir voté l’alternance… ou vote panachée…

Dans plusieurs pays en voie de développement, certaines administrations publiques sont fortement politisées et gangrenées par les influences extérieures de certains qui sont plus égaux que d’autres, et par leur capacité à corrompre les employés des institutions, de gré ou de force. Pour cette raison, les objectifs fixés par la masse des citoyens en faveur de la « bonne gouvernance » ne sont pas atteints. Nous savons aussi que ces institutions parlent toujours de lourdeur administrative, et de règles et règlements aux coûts élevés.

45 ans après l’indépendance, où en sommes-nous, nous, les Mauriciens ? Nos élus se moquent-ils de nous ? Dans quelle mesure pourrait-on justifier la paralysie d’une Municipalité et le silence des élus et des membres de l’opposition sur une complainte envoyée aux services municipaux ?

Est-ce que la Municipalité de Belle-Rose Quatre-Bornes aurait le courage de rendre public toutes ses dépenses depuis l’arrivée au pouvoir des élus de l’alternance MMM-MSM ? Pourrait-elle rendre public tout ce qui concerne les procédures de « Tender », le nom de tous ceux et celles qui ont bénéficié de l’argent de la Municipalité pour une raison ou une autre ?

Mettons donc côte à côte leur courte période de gestion et comparons-la avec la Municipalité précédente PTr-PMSD qui s’était bien fait remarquer elle aussi … Ayons le courage de voir la vérité en face et analysons ceci : « Où en sommes-nous après 45 ans d’indépendance ? »

Les agents politiques après 45 ans d’indépendance

Parmi ceux qui bénéficient de passe-droits, on parle souvent des agents politiques et des financeurs. Les bruits courent que c’est comme pour la drogue : il y a les petits agents et les grands agents. Il paraît que les grands agents bénéficient de toutes sortes de protection et ils s’enrichissent à une vitesse phénoménale.

En revanche, régulièrement, l’on voit les petits agents se démener et se casser en quatre avant les élections, mais ils demeurent en situation précaire. Ils sont souvent obligés de gagner leur vie à travers des moyens illégaux, dit-on. Ils continuent de vivre dans le même milieu, souvent insalubre sur le plan de l’environnement physique et psychologique. Certains finissent même par se droguer ou deviennent alcooliques. On comprendrait mieux alors la raison pour laquelle ils changent de parti politique d’une élection à l’autre… Etre agent, c’est « un petit boulot » comme un autre… Un emploi précaire sur des sites souvent discutables…

Triste sort, donc, de ces agents issus des milieux précaires qui tentent leur chance à ce jeu et qui perdent lamentablement. Et triste sort pour les citoyens ordinaires qui observent la force de la corruption et la décrépitude des institutions.

Des solutions en vue

Si tout cela est vrai, alors les pays en voie de développement devraient obligatoirement dépenser une partie de leur budget pour former les jeunes à devenir des citoyens intègres. Grand chantier en perspective et pas impossible si le peuple le veut bien. Tout est dans l’attitude, la volonté et le combat contre l’ignorance sous toutes ses formes.

Cela faisait peut-être parti de la vision du Père de la Nation : constituer à travers l’éducation gratuite une chaîne humaine de citoyens patriotes qui œuvreront pour la deuxième phase de l’indépendance – l’indépendance des institutions du pays des forces occultes, et aussi le développement d’une attitude citoyenne, de jeunes hommes et femmes qui n’auront pas peur de donner tout ce qu’ils ont pour assurer la dignité de la masse.

Voilà dans le futur ceux qui (1) pourront appliquer à la lettre la « Equal Opportunities Act », (2) exigeront des élus municipaux de déclarer sur un site-web le nom et l’adresse de tous les nouveaux employés précaires de la Municipalité, (3) demanderont de rendre public toutes les dépenses de l’Etat et une sanction contre les élus si nécessaire (ils l’ont bien fait en Grande Bretagne),…

Notre île est minuscule. Bientôt, il n’y aura plus rien à prendre. Il est grand temps que les jeunes arrêtent de croire – à tort – que l’herbe est plus verte ailleurs. Ils doivent surtout se battre pour demander de renforcer les pouvoirs de l’ICAC et de rendre cette institution plus puissante que l’ancienne ECO et aussi performante que l’ICAC de Singapour.

Vina Ballgobin

1. Lobbyistes canadiens : Veuillez consulter le site suivant – http://www.elections.ca/scripts/webpep/fin2/summary_report.aspx

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