Vina BALLGOBIN

Summer School : Mieux Vaut Tard Que Jamais

Vina BALLGOBIN

Depuis quelques jours, 600 enfants ont la chance de se rendre à la Summer School dans un établissement scolaire de leur choix. Dire que depuis plus de dix ans, les travailleurs sociaux et pédagogues parlent d’absence d’encadrement de ces jeunes avant, pendant et après les vacances !

Il était temps que les instances gouvernementales définissent un plan d’action pour les enfants ZEP. Maintenant, c’est fait. Nous y voilà : 600 jeunes bénéficient d’un encadrement au moins pendant les vacances. C’était indispensable. Les petites gens secondent et appuient sans aucune réserve cette initiative louable. Espérons que ce sera suivi par des actions sociales pour l’encadrement de ces mêmes enfants avant et après les vacances ! Sinon, ce serait du « colmatage » inacceptable.

 

Certains déplorent l’effet d’annonce de cette mesure dans le budget et croient en une absence de préparation en bonne et due forme. Pour les ti-dimounes, dans un premier temps, la dimension humaine est plus importante que la dimension pédagogique. C’est simple : mal encadrés, nos enfants du milieu ZEP n’ont ni un cadre de vie approprié ni un cadre de travail adapté et, par conséquent, toute proposition purement pédagogique est vouée à l’échec. Il est normal de résoudre d’abord les problèmes humains, surtout quand nous connaissons l’âge de ces enfants… Les résultats scolaires suivront et découleront du bon fonctionnement de l’encadrement humain et non pas l’inverse… Le ministère de l’Education a souvent mis la charrue avant les bœufs et c’est bien que l’on ait – enfin – appris des erreurs du passé et que l’on ait rectifié le tir.

Pour ceux qui connaissent la dure réalité de vie des enfants ZEP, aucune explication n’est nécessaire pour justifier notre prise de position. Pour d’autres, toutes confessions religieuses confondues, ce monde est culturellement si éloigné du leur qu’ils ne peuvent même pas imaginer ce qui s’y déroule. En vérité, la Summer School ne représente qu’un début de solution pour 600 enfants sur environ 4,000 qui vivent dans de telles conditions au quotidien…

Ca fait longtemps que les pédagogues ont relevé le fait que les enfants ZEP vivent dans la culture de la pauvreté. Plongés dans cette culture, il leur est difficile de trouver et de comprendre qu’il existe des voies alternatives. Bien avant la mesure proposée par le gouvernement, un certain nombre de directeurs des écoles primaires et d’instituteurs des écoles ZEP de toutes confessions religieuses avaient travaillé ensemble de manière anonyme pour alléger le fardeau de ces enfants tant sur le plan alimentaire que sur le plan psychologique. Le projet « public-private partnership » mis en place par les politiciens, avec un changement d’appellation de SSS à ZEP, est uniquement une pâle imitation de ce que faisaient en silence ces petits fonctionnaires pour aider les enfants de la République… Aujourd’hui encore, plusieurs de ces enfants n’ont qu’un seul repas par jour et certains se rendent à l’école pour le pain scolaire, non pas pour lire et écrire… Qui peut leur en vouloir et leur jeter la pierre ?

La culture de la pauvreté, c’est aussi la présence de la violence domestique dans un lieu de vie étouffant. C’est le passage d’un cadre familial à un autre car les adultes y vont et y viennent sans cesse et les relations de couple se font et se défont en un clin d’œil. A un moment donné, plusieurs de ces enfants perdent la trace de leurs parents biologiques. Voilà des enfants dont le milieu familial immédiat est rempli de violence qui se décline sous toutes les formes possibles et imaginables, de la petite claque sur la joue à la brûlure par cigarette, de la caresse inoffensive à l’attouchement et la violence sexuelle, voire la prostitution infantile… Ajoutons aussi les effets de l’alcool et de la drogue au quotidien qui déciment leur lieu de vie. Voilà le mélange explosif dans lequel naviguent ces enfants tous les jours. (Et dire que cette culture se propage à une vitesse grand V dans la société mauricienne, malheureusement…)

Puis, il y a les vacances en avril, août, mi-octobre, novembre et décembre … Pour les enfants qui vivent dans la culture de la pauvreté, les vacances scolaires ne représentent jamais un moment de plaisir. C’est l’instant où leur vie bascule dans le noir total parce qu’ils perdent leur petit paradis quotidien : leur école primaire, ce lieu où ils sont nourris correctement, ils y sont en sécurité, aucun adulte ne les agresse et ils ne souffrent pas de violence physique ou sexuelle… Bien sûr, tout n’est pas rose dans les écoles primaires ZEP que fréquentent ces enfants et il existe la violence entre jeunes, les difficultés à lire et à écrire… Certains enseignants subissent le choc culturel et alors ils dépriment et rejettent – pour ainsi dire – leur métier, l’établissement et les enfants en bloc, incapables de s’y faire à ce monde si éloigné du leur et si rempli de violence physique et psychologique. Qui peut leur en vouloir et leur jeter la pierre ?

Quand on ne connaît pas le milieu où la culture de la pauvreté trône en seigneur absolu, il est bien difficile de faire face à toute cette violence imposée sur des petits sans défense… Plusieurs enseignants, eux-mêmes tombent vraiment malades car la violence émanant du monde des enfants rejaillit sur eux et les affecte psychologiquement et émotionnellement. Ils sont contraints de partir en congé maladie tant ce monde scolaire leur est hostile. Malgré tout, pour ces enfants, l’école primaire demeure un espace plus sécurisant que la maison d’où l’importance de l’école de la République et du transport gratuits, d’où l’importance de la scolarisation pour tous sans exception, d’où l’importance de la Summer School, et nous le répétons encore, nous espérons que ce n’est qu’un début, un projet-pilote qui dépassera le cadre des vacances scolaires pour garantir un véritable encadrement à ces enfants, sinon les résultats scolaires ne suivront pas…

Pour les ti-dimounes, la Summer School est une mesure attendue depuis très longtemps. Les commentaires des uns et des autres dans la presse sont intéressants puisque cela démontre à quel point certains sont éloignés de la réalité des petites gens et l’on observe aussi la politisation à outrance et l’utilisation de ces enfants issus de la culture de la pauvreté à des fins personnels. En vérité, c’est bien la première fois que sans tambour ni trompette, une mesure sous la forme d’un encadrement scolaire est arrivée par le biais du ministre des Finances, le ministère de l’Education et tous leurs partenaires.

La grande majorité des Mauriciens attendaient que le CSR soit employé pour l’encadrement des jeunes mais nous avons bien compris : certains ne donnent qu’aux riches et souhaitent à n’importe quel prix maintenir les ti-dimounes dans la culture de la pauvreté. Les petites gens ne peuvent compter que sur la République et l’argent des contribuables mauriciens. Ainsi soit-il ! La Summer School aidera certainement des jeunes à se réconcilier avec l’école tandis que pour d’autres, ce sera tout simplement l’entrée dans la culture scolaire, deux étapes importantes de la vie de tout enfant en situation d’échec scolaire. Les apprentissages fondamentaux auront lieu à travers des méthodes qui correspondent aux différents types d’intelligence et ainsi les jeunes développeront plus facilement leurs compétences. Enfin, la Summer School représentera la rencontre interculturelle si nécessaire dans notre société multilingue et multiculturelle.

Il serait important que l’on se penche maintenant sur quelques autres problèmes épineux que se posent les travailleurs sociaux et pédagogues.

(a)    Plusieurs jeunes fréquentant les collèges préprofessionnels ou « prevoc » vivent dans la culture de la pauvreté. Pourrait-on prévoir le même type d’encadrement pour ces adolescents ? Ou auront-ils à devenir « petits dealers » de drogue pendant les vacances ?

(b)   Quel encadrement prévoit-on pour les parents des enfants en milieu ZEP et préprofessionnel afin qu’ils développent une certaine acceptation de la culture scolaire ?

(c)    Quel type d’aides prévoit-on pour les enseignants afin qu’ils puissent canaliser les jeunes avec des problèmes divers pendant toute l’année scolaire vers les institutions requises comme les SENS et d’autres ONGs de même nature ?

(d)   Et qu’en est-il du soutien psychologique aux enfants et aux parents ; de l’écoute et de l’orientation de ceux qui en ont bien besoin vers des centres de désintoxication ou vers des « shelters » ?

Tout reste à faire… et le ministère de l’Intégration sociale pourrait s’y mettre dès maintenant avec la modestie et l’humilité qui ont caractérisé le ministère des Finances dans le souci de préserver le respect et la dignité des petites gens.

Beaucoup de jeunes disent aussi qu’il faudrait monter une formation pour les chômeurs qui souhaiteraient se professionnaliser dans le secteur Summer School, c’est-à-dire un lieu où l’on enseigne et l’on apprend autrement…

Vina BALLGOBIN

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