Vina Ballgobin

Langue et culture 

 

Tolérance : Quelle importance en contexte multilingue et multiculturel ?

 

 

— Vina BALLGOBIN

 

La tolérance, c’est l’action de tolérer, de supporter ou d’endurer une situation difficile créée par l’Autre, involontairement ou stratégiquement. Un être humain tolérant fait preuve d’une très grande indulgence malgré tout ce que fait l’Autre, en face de lui pour le déstabiliser ou parfois même, le clouer au pilori.

 

 La tolérance en milieu multilingue et multiculturel, c’est l’action de faire des compromis pour maintenir une cohésion sociale tout en conservant un équilibre certain. Même si en face de soi, l’Autre utilise le mensonge comme une arme pour donner du poids à ses exigences, allant parfois jusqu’à la tromperie, le refus de voir et de dire la vérité, la propagation des contrevérités soit pour obtenir ce qu’il veut ou parfois pour se donner le sentiment de triompher. Dans ce cas, un être humain tolérant fait preuve d’une extrême bienveillance et d’une compréhension sans bornes, soit parce qu’il a appris à se comporter ainsi par son éducation parentale et familiale, soit par son instruction religieuse ou scolaire.

La tolérance, c’est la qualité des grands de ce monde : Gandhi, Martin Luther King, Mandela… C’est la capacité de l’être humain à s’intégrer au sein d’une population majoritaire sans déranger le système, sans s’imposer, sans rentrer en compétition avec la culture/les cultures d’autrui, sans blesser par des propos déplacés les opinions philosophiques, politiques, religieuses ou sociales d’un courant majoritaire. C’est la capacité de comprendre que chacun a sa façon de percevoir sa relation à une langue/culture, qu’il existe une hiérarchie des langues dans le courant majoritaire, qu’il s’agit de s’adapter à cette réalité même si elle est dure à accepter.

Par exemple, les Mauriciens de par le monde sont connus comme des humains tolérants. Ils s’intègrent parfaitement dans une société majoritaire tout en sachant conserver dans leur vie privée, leurs nombreuses langues et cultures, même si le système politique, social et culturel du pays d’accueil ne leur accorde aucune place formellement. La tolérance, c’est savoir ne pas être exigeant et ne pas réclamer plus de droits que le système ne pourrait offrir. Par ailleurs, les Mauriciens s’engagent rarement dans des confrontations avec le courant majoritaire dans leur pays d’adoption. Ils préfèrent la discrétion et la circonspection à l’entêtement ou à l’acharnement inutile (qui devient exaspérant tant par son impolitesse que par sa provocation inutile dans la durée).

Là où ils sont installés, en Australie, en France ou au Canada, les Mauriciens ne s’immiscent jamais dans le système scolaire du pays d’accueil pour faire avancer des pions sur l’échiquier politique, culturel ou social Ils sont capables de protéger leurs langues/cultures en-dehors de la sphère publique et institutionnelle. La tolérance, c’est apprendre à respecter la liberté de chacun et aussi à respecter profondément la liberté des autres.

La « tolérance poussée à l’extrême » : c’est la résistance de celui qui est attaqué envers l’Autre, l’attaquant, qui utilise la violence psychologique et verbale pour essayer de le déstabiliser. C’est souvent une attitude adoptée pour rester neutre envers des dérapages, débordant sur des propos et des accusations en tous genres, inventés et disséminés sans aucun autre fondement sauf que l’attaquant a envie de faire valoir ses désirs personnels, parfois datant d’une époque révolue, et il souhaite les ancrer dans le système sans justification valable.

La « tolérance-immunité » : A force de pratiquer la tolérance tous les jours (surtout quand l’attaquant persiste dans sa démarche), l’être humain développe la magnanimité et la générosité : il écoute et ne dit rien ; il comprend toutes les subtilités et les dessous d’une affaire mais il ne dira jamais rien à l’Autre. L’Autre confond souvent son silence avec l’acceptation du passif ou la passivité du faible ou la mollesse du peureux. C’est bien méconnaître l’être humain tolérant : il écoute par déférence et par bonté. Bien sûr, il attend avec une patience sans limites que l’Autre s’arrête et comprenne enfin qu’il ne peut pas se substituer au système, comme ça, uniquement parce qu’il a décidé d’occulter le courant majoritaire.

Dans certains pays, les êtres humains passent plusieurs tests de tolérance avec succès. Ils continuent, année après année, de persévérer dans cette voie. Quoiqu’il arrive, ils continuent à œuvrer pour le bien commun et non pas pour le bien d’une seule communauté en délaissant les autres communautés : ce n’est tout simplement pas le propre du tolérant : il ne pourra jamais se montrer cruel et inhumain envers l’Autre car l’être tolérant n’est pas ignorant. Au contraire, pour devenir tolérant et gérer des situations délicates avec aisance, il lui faut une certaine culture, une certaine décence, de la modération et de la probité.

Dans un pays multilingue et multiculturel, quand les langues et les cultures sont différentes, il faut non seulement apprendre la tolérance mais il faut aussi l’appliquer au quotidien, dans sa vie publique (sur son lieu de travail et ailleurs). Il est malvenu d’avoir recours à toutes sortes de stratégies malhonnêtes pour faire pression sur la population (toutes communautés confondues), pour imposer les désirs de quelques-uns (des lobbys), surtout quand leurs revendications dépassent (malheureusement) le seuil de la tolérance. Heureusement, la culture de la tolérance est bien ancrée dans certains pays multilingues et multiculturels, reconnus pour être pacifiques…

La tolérance, c’est aussi une constance dans la fidélité aux principes de non-violence. Espérons au moins que les « lobbys » se rendent compte de la chance qu’ils ont d’habiter à Maurice ! Dans d’autres circonstances, sous d’autres cieux, il y a certains qui n’auraient même pas eu l’occasion de s’exprimer avec si peu d’arguments scientifiques et tant d’interprétations subjectives et exagérées pour faire valoir des demandes si personnelles et si orientées (Cf. présentation powerpoint, Frédéric TUPIN, Professeur des Universités, Centre de Recherche en Education de Nantes — « Résultats de l’enquête sociolinguistique et sociologique — Plurilinguisme à l’école Mauricienne: Représentations, Pratiques, Enseignement », lors d’une conférence de presse du Bureau de l’Education catholique, le 30 juillet 2009).

Enfin, espérons qu’un jour ils comprendront que dans ce pays, la masse silencieuse cache un manteau de sagesse enrobé d’une épaisse couche de tolérance, infaillible à toute épreuve et totalement imperméable aux atteintes malveillantes !

Ceci dit, il ne faudrait pas que la tolérance se transforme en complicité politique en période pré-électorale ! Les lobbys n’ont aucun droit pour remplacer la voix de la majorité d’une population multilingue et multiculturelle. A Maurice, la masse silencieuse a toujours montré son respect et son appréciation de la richesse et de la diversité des cultures, des modes d’expression et des manières d’exprimer la qualité d’êtres humains des citoyens de la République. Maintes fois, différents lobbys ont fait preuve de discrimination et de marginalisation des uns par rapport aux autres. C’est l’application du principe de la tolérance qui a aidé la masse silencieuse à raisonner en termes éthiques pour lutter contre l’indifférence, le mépris, la faiblesse des convictions ou du caractère, le rejet du « tout ou rien » pour tendre résolument vers une pratique d’ouverture. La masse silencieuse a déjà sa façon de percevoir les langues. Elle les a hiérarchisées avec certaines fonctions spécifiques à chacune. Elle a déjà décidé et toute grande démocratie accepte, sans condition aucune, le verdict de la majorité des citoyens.

Si l’être tolérant prône la tolérance de manière délibérée et volontaire, il prend aussi son mal en patience, attendant que l’Autre quitte la relation du rejet pour entrer dans une relation de confiance. Il attend avec patience à ce que l’Autre découvre, d’une façon ou d’une autre, que certaines manières de penser et d’agir sont différentes du sien. La tolérance a des limites : elle ne peut pas accepter l’intolérance. Quand la « tolérance naturelle » tend à disparaître pour donner naissance à des lobbys intolérants, alors cela signifie que le milieu formel ou informel doit prendre le relais et promouvoir la « tolérance par l’apprentissage » pour le maintien de la paix et de l’harmonie dans la République. 

Vina BALLGOBIN


 

Commentaires sur la présentation Tupin, 30 juillet 09

 

« Résultats de l’enquête sociolinguistique et sociologique — Plurilinguisme à l’école Mauricienne: Représentations, Pratiques, Enseignement »

 

1. Le créole mauricien (CM) n’est pas une langue pour 44,4% du personnel enseignant et 46.2% de DHT, formés dans des cours de formation pour apprendre que c’est une langue. Ceci confirme une certaine résistance à cette langue, et il est possible de formuler l’hypothèse que cette résistance est encore plus forte dans la population (qui n’a pas de formation).

2. Le chercheur demande si le CM est une « langue première » et non pas une « langue maternelle ». Il y a bien une raison puisqu’à Maurice, la conception de la langue maternelle est complexe comme dans d’autres pays multilingues et multiculturels!

3. Le chercheur  demande si le personnel voudrait avoir recours au CM et 91.6% répondent oui mais il n’y a aucune précision sur le type d’usage souhaité (langue-support, medium d’enseignement ou matière). Mais ils ont majoritairement (93.5%) recours à cette langue pour expliquer une notion difficile ou incomprise (langue-support). Ils (78.5%) souhaiteraient avoir une formation en « Pédagogie du français et de l’anglais en milieu créolophone ».

4. Selon les tendances d’utilisation des langues en milieu scolaire, le français (FR) est largement favorisé au niveau primaire. [487 enseignants (171fr + 316 mix c-fr)  et 186 HT (87 fr + 99 mix cr-fr].

258/836 (31%) répondent que leurs enseignants leur parlaient en  français ; 415/836 (50%) ont connu un mix cr-fr avec plus de FR que de CM.

Quant au CM seul, il y a un usage limité : 78 enseignants et 20 HT, soit un total de 98 (12%). Pour le mix cr-fr avec plus de CM, le compte s’élève à 121enseignants et 26 HT, un total de 147 (18%). En additionnant les deux, cela fait 245/836 (29%).

Au niveau secondaire, le FR arrive en tête, 356 FR et 207 mix (67%), suivi de l’anglais 183 (22%) et uniquement 33 CM et  36 mix (8%).

 

La recherche Tupin confirme la préférence pour l’utilisation du français en milieu scolaire, ce qui corrobore avec d’autres recherches en cours dans d’autres institutions. Mais il n’est pas possible de se fonder sur ce genre de données pour débattre de l’introduction de la langue créole en milieu scolaire comme médium ou comme matière. C’est passer du coq à l’âne !

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