Quelques Chantiers de 2014

Nous avons besoin d’un pays qui continue à progresser, de profiter de la reprise mondiale et du « feel-good factor », au-delà des soubresauts, des egos, des ambitions et des agitations de notre classe politique.

Que nous réserve 2014? Mettons de côté les boules de cristal de nos astrologues et celles de nos politiciens qui n’aspirent, après chaque élection perdue, qu’à renâcler et ruer dans les brancards, réclamant à cor et à cris de nouvelles élections anticipées, annonçant à chaque réveillon que l’année à venir sera décisive. On les comprend, car il faut bien garder la flamme chez les fidèles désabusés ou amers après une nouvelle défaite.

Le post-mortem, bien entendu, doit designer avec force les coupables : l’argent, le communalisme et, bien sûr, la MBC-TV, les trois boucs émissaires traditionnels. Et il faut se jeter avec gourmandise sur toute nouvelle configuration, tout nouveau jeu d’alliance, toute « winning formula » susceptible cette fois-ci de changer la donne. Les slogans déjà utilisés ne manquent pas dans les placards, depuis des glorieux « seul contre tous !» jusqu’au « everybody on board !», en passant par des « makes » et des « remakes » de toutes les couleurs.

Dans cette course contre la montre vers le « puvwar », tenter de débaucher quelque partenaire de l’alliance fraîchement élue et mandatée pour gouverner, forme partie du jeu « normal ». Ceux qui, pour un prétexte ou un autre, abandonneraient leurs responsabilités pour se jeter dans les bras de l’Opposition, seraient immédiatement enguirlandés et adoubés du titre de « Grands Patriotes méritants ». Dans la même foulée, ceux qui continueraient à vouloir travailler pour leurs mandants, au mépris des calculs politiques, seraient taxés de « transfuges ». On connaît cette chanson !

Alors, gageons que 2014 ne sera sans doute pas très différente des autres années, même si l’épisode querelleur des egos dans la basse-cour bleue, semble avoir ajouté un fort parfum pimenté au massala des calculs pouvoiristes et aux supputations de nos éditorialistes. Ces derniers y voient tout de suite, et sans recul, soit la fin des débuts soit le début de la fin ! Ils savent, eux, à quelle vitesse les amants d’hier peuvent devenir les amoureux éconduits de demain ! D’autres, après avoir régulièrement lamenté sur la politisation du 1er-Mai, s’y voient déjà, annonçant le vrai match des matchs du dernier furlong politique ! Cela les occupera quelques semaines ou quelques mois si le flou perdure; après tout, on entre bien dans l’année du cheval, au caractère imprévisible dit-on.

Un « feel-good factor » appréciable

Mais, revenons à des choses plus prosaïques, plutôt que de nous attarder sur ces agitations quasi-incestueuses de la classe politique; voyons les éléments qui pourraient démarrer, changer ou aboutir en cette année 2014. La première donne un peu nouvelle, après quatre longues années d’une crise profonde et même de récession en Europe, aux Etats-Unis et au Japon : l’économie mondiale semble reprendre un peu de couleurs en 2014 selon tous les spécialistes. Certes, ce serait une croissance un peu molle et poussive, mais, à bien voir, mieux vaut une croissance de 2% que rien du tout.

Certaines grosses pointures dont la Grande Bretagne, l’Irlande, l’Allemagne et les Etats-Unis pourraient même faire un peu mieux, de l’ordre de 3%. La Chine continuerait avec sa croissance qui, même ralentie, tourne à deux chiffres et l’Inde pourrait se ressaisir en maîtrisant son inflation. Ce début de reprise de différentes économies développées, et surtout, de nos marchés traditionnels en ce qui concerne le tourisme, le textile et l’habillement, la consommation, l’offshore et les services financiers, ne peut que donner un peu de baume à nos entrepreneurs et à l’économie en général. Un « feel-good factor » appréciable se fait déjà sentir dans ces secteurs clés et, ainsi, le pays aurait bénéficié d’un horizon politique stable plutôt qu’agité.

C’est une bonne nouvelle pour notre petite île, aux ressources très limitées, qui a dû sortir de la situation difficile léguée en 2005. Elle s’est remise en selle, dégageant suffisamment de ressources pour des investissements massifs en infrastructures qui, aujourd’hui, commencent à porter leurs fruits et font la fierté légitime de ceux qui travaillent, sans dépendre, soit dit en passant, d’une métropole maternisante. Et même si quelquefois nous donnons l’impression que notre arbre à palabres est le plus grand banyan du monde ! La reprise molle ou modérée dans le tourisme ne peut que se conforter par cet ouvrage remarquable, qu’est le nouvel aéroport, qui marque les esprits de tous les touristes qui y ont transité. Les opérateurs peuvent s’en réjouir. Il y a certainement des choses à améliorer au niveau de son fonctionnement quotidien ou de ses services, mais on a quand même l’impression d’avoir assuré pour les quinze ans à venir dans un secteur clé de l’économie et dans ce premier visage que nous offrons aux visiteurs. Nous ne sommes ni Dubai, ni Singapour, ni Hong Kong, ni meme Jo’burg, mais nous pouvons en être fiers sans la ramener.

La nouvelle autoroute permet déjà à tous les Mauriciens traversant ou allant à Port-Louis de souffler : on croit rêver, finis les bouchons interminables de la capitale. Avec sa jonction prochaine en 2014 vers Valentina, et Wooton par Côte d’Or, court-circuitant l’autre grand bouchon de Phoenix, le pays se sera offert un gain de productivité gigantesque, mesurable sans doute en milliards d’économies chaque année et dont les retombées seront multiples. Des hôteliers du nord, aux administrations et aux commerces de Port-Louis, c’est une véritable bouffée d’oxygène, mais, bien plus, c’est la découverte de paysages enchanteurs et une ouverture du centre du pays vers de nouveaux axes de développement.

Le pays s’est désenclavé d’une contrainte historique majeure, quand la Capitale s’était installée presque trois siècles de cela dans une cuvette balisée par des montagnes infranchissables, ne laissant que deux minces corridors à l’entrée sud et à la sortie nord. La fin de ces travaux en 2014 jalonnera d’une pierre blanche cette incontestable réalisation de portée tant historique qu’économique et le PM n’a pas tort d’assurer qu’aucun empiétement publicitaire ne viendra défigurer ses abords. Cela ajoute au « feel-good factor » dans le pays.

Le désenclavement total de la Capitale

Les autres travaux infrastructurels, dont les démarrages sont annoncés pour 2014, ne sont pas à négliger non plus. Un tunnel autoroutier à travers la montagne du Pouce, serait une percée extraordinaire qui compléterait le désenclavement total de la Capitale. Des années de parlottes, de comités, de procédures diverses, d’études techniques ou financières verront enfin leur aboutissement dans un avenir relativement proche.

A cette même aune, le fameux métro-léger, était devenu un sujet de dérision, un monstre du Loch-Ness, tant les indécisions, les comités et les rapports se sont succédé et empilé dans les tiroirs depuis bientôt vingt ans. Sa phase de mise en route annoncée nous propulsera d’ici deux ans vers de nouveaux horizons collectifs, augurant de multiples activités économiques et commerciales aux alentours. Pourvu qu’on évite des sagas de marchands fixes-ambulants opérant dans la poussière ou le brinquebalant au mépris des règlements ou de l’esthétique ! Les autorités prendront, on l’espère, dès la conception, toutes les mesures pour éviter la loi de la jungle ou que des caïds ne fassent régner leur propre loi. Comme au Waterfront, la modernité accompagnée de discipline ne fera que rejaillir sur la fierté nationale ; nous pouvons surmonter nos vieux réflexes tout en assurant une place structurée et normalisée, aux opérateurs.

La fin prochaine des inconvénients urbains des grands travaux de tout-à-l’égout, le désenclavement annoncé de Flic-en-Flac, la sécurisation de notre approvisionnement énergétique pour les vingt prochaines années dans un monde où le mazout risque à tout moment de s’emballer, la reprise future du Bagatelle Dam, sont d’autres éléments de satisfaction. On pourra toujours trouver à redire sur le plan des infrastructures, sur les surcoûts techniques ou les retards, mais il faut reconnaître que la gestion et le pilotage de tels chantiers gigantesques par le secteur public a de quoi requinquer notre confiance en nos modestes personnels, travaillant souvent sous les pressions les plus diverses et rarement à même d’y répondre.

Toutes aussi révolutionnaires sans doute dans leur potentiel d’impact sociétal, seront la parution prochaine d’un Livre Blanc sur la réforme de nos institutions et l’annonce de la mise en œuvre du « nine-year schooling ». La première devrait nous aider à participer aux réflexions fondamentales sur notre avenir commun, notre vouloir vivre ensemble dans une certaine harmonie, et sa traduction dans nos structures de gestion politique. Il est heureux que chacun qui se sent concerné puisse donner son avis sur les différentes questions que cela soulève.

Quant au « nine-year schooling » elle est porteuse des plus grands espoirs même si elle doit être soigneusement planifiée, documentée et expliquée. Ce sont deux chantiers tout aussi révolutionnaires que les infrastructures physiques pour 2014. Nous avons besoin d’un pays qui continue à progresser, à profiter de la reprise mondiale et du « feel-good factor », au-delà des soubresauts, des egos, des ambitions et des agitations de notre classe politique.

 


* Published in print edition on 10 January 2014

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