Survol de l’hindouisme

Tree of Knowledge

Dans le contexte des célébrations de la Maha Shivratri cette année, la MBC-TV a diffusé, entre autres, une série de causeries par le Dr R. Neerunjun Gopee.

Nous avons adapté ces textes que nous publions dans cette rubrique à partir d’aujourd’hui, avec un léger changement de la séquence aux fins de publication. L’auteur tient à signaler que le contenu de ce qui va suivre est dérivé des enseignements dispensés par feu les Pujya Swamis Sivananda et Chinmayananda, et de Swami Dayananda Saraswati, le fondateur et Chef Spirituel de l’Arsha Vidya Gurukulam, qui est basé à Coimbatore dans le Tamil Nadu au sud de l’Inde.

Les fêtes dans l’hindouisme

Nous venons de célébrer la fête Maha Shivaratri et l’occasion est propice pour faire quelques réflexions en général sur les fêtes dans l’hindouisme, qui sont ou religieuses ou, souvent, d’inspiration religieuse – c’est-à-dire puisant dans les grands préceptes de l’hindouisme.

L’hindouisme considère que c’est un privilège d’être né humain. Donc la vie humaine est non seulement précieuse, mais cela nous confère la responsabilité de la mener au bien, et de la vivre dans la joie.

En somme, dans le calendrier hindou, il y a quelque chose à célébrer presque chaque jour. Cela ne doit pas surprendre, étant donné que l’Inde – pays originaire de ces fêtes – est si vaste et si ancien, et comporte beaucoup d’Etats chacun ayant sa/ses propre/s langue/s et ses coutumes en matière, par exemple, d’habillement et de nourriture – et qui sont des variations sur un fonds commun.

En même temps, certaines fêtes sont plus populaires dans certains Etats ou régions. Toutefois, il y a des fêtes majeures, communes à travers l’Inde, que nous célébrons aussi à Maurice.

En sanskrit, le terme pour désigner le divertissement est manoranjan. Mano vient de manas, esprit, le mental. Donc, manoranjan signifie un divertissement pour l’esprit. C’est un point important à apprécier : « divertissement » associé à une fête ne signifie nullement « manger-boire », ou satisfaire uniquement les besoins du corps humain.

Normalement, nous prenons des vacances pour briser la routine quotidienne au travail et à la maison, en allant le plus loin possible. Hélas ! Au retour, on sombre de nouveau dans la même routine, et on a entendu dire qu’il faut un congé pour récupérer des vacances !

Pour répondre en partie à ce besoin de changement et de divertissement, il y a dans l’hindouisme plusieurs occasions spéciales au long de l’année, dont celles de nature religieuse, des utsav.

Il ne fait pas de doute qu’il nous faut de la discipline dans notre vie, mais l’excès ou la rigidité nous étoufferait. Les utsav nous présentent des moments où, tout en suivant une rigueur dans leur déroulement, nous pouvons aussi chanter et danser, déguster des mets spéciaux, rire et dialoguer – en d’autres mots, assouvir nos sens et régaler notre esprit d’une façon saine et joyeuse, sans que nous n’ayons besoin d’aller loin ou de changer radicalement d’environnement.

Mais de quelle manière un utsav est-il différent d’un simple amusement ? C’est qu’après un utsav, nous ressentons une légèreté, une joie. Nous nous sommes divertis, certes, mais nous avons aussi profité de l’occasion pour prier et renforcer notre lien avec Brahman, notre source intarissable de joie.

Non seulement nous rechargeons notre batterie pour faire tourner notre corps, mais plus important, nous élevons aussi notre esprit vers une meilleure compréhension du vrai sens de la vie, et ainsi nous consolidons notre puissance intérieure, notre shakti.

Le résultat en est un renouvellement de notre enthousiasme pour vivre notre vie pleinement, dans l’harmonie, sans conflit. Et si nous arrivons à avoir des problèmes, nous sommes armés de notre shakti accru pour y faire face.

Prenons l’exemple de la fête Holi: populaire dans le nord de l’Inde. Elle est célébrée au printemps, quand la nature est en fleurs. Et quand nous répandons les couleurs, c’est pour refléter cette explosion colorée et pleine de gaieté de la nature. Mais, en même temps, nous nous rappelons Krishna Bhagavan, dont l’un des passe-temps favoris était de jouer avec les couleurs.

D’autres fêtes sont associées à la moisson, par exemple, Onam ou pongal dans le sud, lohri ou baisakhi dans le nord, bihu dans l’est, makar sankranti dans l’ouest, et ainsi de suite. L’abondance de la moisson est symbole tant de prospérité matérielle que de richesse spirituelle.

Sont aussi célébrés les anniversaires ou jayantis des avatars : un avatar, c’est Bhagavan lui-même qui assume une forme humaine, comme Rama et Krishna, pour nous montrer le bon chemin, celui du dharma, de la voie juste.

Dans sa vie, Rama Bhagavan nous démontre comment vivre une vie idéale dans la société, en bonnes relations à commencer par la famille, avoir de l’amour et du respect pour les parents, suivre les pratiques et coutumes de la tradition qui mènent au succès et au bonheur, comment tenir parole, comment un leader devrait gouverner un pays et combler son dharma envers le peuple, parmi tant d’autres aspects de la vie.

Tout cela est basé sur la perspective globale des Vedas, les textes fondateurs de l’hindouisme. C’est bien de cela dont il s’agit dans la Bhagavad Gita, ou Bhagavan Krishna fait la lumière sur les trois questions fondamentales que se pose tout humain à un moment ou à un autre de sa vie : Qui suis-je ? Pourquoi suis-je sur cette terre ? Et que m’arrive-t-il après la mort ? Quand nous célébrons la Krishna Jayanti en chantant les louanges de Krishna, nous partageons et réfléchissons aussi sur ses enseignements qui peuvent transformer notre vie pour le meilleur.

Le Thaipoosam Cavadee et la Maha Shivaratri sont la célébration à la gloire de la famille divine de Shiva, et nous connaissons bien l’ampleur de la préparation, de la ferveur et de la dévotion qui accompagnent ces deux fêtes.

Certaines célébrations concernent de grands maîtres, tels que Ramakrishna, Tiruvalluvar, Swami Dayananda – le fondateur de l’Arya Samaj. D’autres encore honorent les grands leaders qui ont défendu le dharma, comme le grand guerrier Maratha, Shivaji.

Les dates des utsav sont basées sur le calendrier hindou, selon lequel les mois sont divisés en deux quinzaines de 30 jours lunaires, qui correspondent à 29 ½ jours solaires. La première quinzaine débute avec la nouvelle lune.

Pour toutes les célébrations, nous nettoyons la maison et la cour de fond en comble et nous prenons un bain tôt le matin avant de nous rendre au mandir/mandiram ou au kovil, portant des vêtements neufs en certaines occasions. Nous pratiquons le jeûne pendant un certain nombre de jours et nous faisons des prières adaptées pour certaines occasions spécifiques. Ne pas oublier les douceurs, en particulier pour le divali, et les plats spéciaux, tels que les ‘sept carris’.

Automatiquement, quand tout notre être – corps et esprit – est affairé dans les préparations et les prières, nous n’avons pas de temps pour les mauvaises pensées et actions. Si nous tombons dans l’erreur, ce n’est pas la faute des utsav : c’est notre manquement et nous en sommes les perdants.

Par contre, si nous participons aux utsav avec dévotion et rigueur, nous avons tout à gagner tant au niveau personnel qu’au niveau collectif, et ce, pour le progrès et le bien-être de la société en général.

Réfléchissons et agissons en conséquence avec cet état d’esprit comme guide.Pour de plus amples renseignements, veuillez contacter:

ngopee@intnet.mu

 


* Published in print edition on 7 March 2014

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