Sydney Selvon

Pour résorber le chômage

L’alliance à faire, c’est avec le secteur privé

— Sydney Selvon

« Le secteur privé, toutes communautés confondues, peut mieux faire que le gouvernement, je crois, pour permettre la création de petites entreprises, dont les micro-entreprises, et permettre l’augmentation du nombre des ‘self-employed’. L’alliance avec le secteur privé dans les années 60 devrait être rééditée pour un nouveau miracle économique… »

Au Colonial Office britannique, au début du 19ème siècle, un fonctionnaire, J.R. Robinson, se référe, dans une minute datée le 30 mars 1911, à Sir Henri Leclézio comme le ‘the uncrowned King of M’tius.’ Il est réputé en tant qu’archi-conservateur et s’attire les foudres des dirigeants populaires qui réclament l’émancipation politique des masses réunies des ouvriers et des petits planteurs. Des années plus tard, un de ses petits-fils et ‘baron sucrier’ comme lui, Fernand Leclézio, fait sensation en s’alliant à la famille Gujadhur dans le business du sucre à FUEL.

Il en fait bien plus dans les années 60 en allant à la rencontre du Dr Seewoosagur Ramgoolam suite à un de ses retours de Londres en lien avec des discussions constitutionnelles. L’historien Mohindranath Varma cite une de ses déclarations : Ramgoolam ‘est le plus grand Premier ministre de l’île Maurice’. (A l’époque, SSR est « Premier » dans le jargon constitutionnel, mais la traduction est acceptable en français). Il fait non pas sensation, mais scandale, car le camp conservateur sur l’échiquier politique est très critique de son comportement. Il félicite Ramgoolam d’avoir enlevé du manifeste du Parti travailliste la nationalisation des compagnies privées.

C’est le plus grand bien que le jeune médecin fait au pays car c’est l’entreprise privée qui fait la prospérité du pays après l’indépendance. Notons que Sir Anerood Jugnauth fait de nouveau cette alliance et provoque le miracle économique dans les années 80 quoiqu’en disent certains esprits chagrins à son égard.

Leclézio s’exile en Suisse où il meurt à l’âge de 85 ans en 1989. Sa fortune est distribuée parmi plus d’une centaine de neveux, nièces et autres héritiers. Ainsi meurent beaucoup de « grands blancs », pour employer une expression courante, – mais que j’utilise d’une manière académique et non pas péjorative –, si on comprend ce que je veux dire… La loi de Darwin s’applique aussi à la compétition entre compagnies.

Dans des interviews de presse, Jacques de Maroussem et Sir Satcam Boolell ne tarissent pas d’éloges à l’égard de Fernand Leclézio. Le premier déclare que Leclézio est le précurseur d’une nouvelle île Maurice de par son alliance avec les Gujadhur. Le second, Boolell, président d’honneur du PTr, dit dans L’Express du vendredi 21 novembre 2003, en réponse à une question :

« Quels sont les chemins que vous avez croisés au cours de votre carrière et qui restent pour vous des références ?

« Seewoosagur Ramgoolam, Sookdeo Bissoondoyal, Bickramsing Ramlallah et aussi Fernand Le Clézio qui était un avant-gardiste. Je le rencontrais souvent. Il avait une grande ouverture d’esprit. Et puis, il y a Guy Rozemont. »

Pour l’historien, Fernand Leclézio, le conservateur, est un grand Mauricien, de même que René Mérandon du Plessis, l’homme de gauche qui milite avec le Dr Eugène Laurent et Manilall Doctor, auquel les Bissoondoyal vouent une grande admiration. Le grand mentor du Parti travailliste, le Dr K. Hazareesingh, rend un vibrant hommage à Mérandon à sa mort dans L’Express. Les historiens indépendants ne pensent pas que le racisme virulent, mais simpliste (propagé aujourd’hui sur les caisses de savon, et ce, plus que jamais auparavant dans l’histoire nationale), réussira à s’imposer au 21ème siècle.

L’apport de l’entrepreneur mauricien dans le développement du pays n’est inférieur, en aucune manière, tant en importance qu’en termes de qualité, à l’effort gouvernemental. Voila la raison pour laquelle sir Seewoosagur Ramgoolam ébauche une véritable alliance ‘win-win’ avec la Plantation House bien avant l’indépendance du pays en 1968. Et il fait de plusieurs « barons » du secteur sucrier, du tourisme et de l’industrie des chevaliers de Sa Majesté au fur et à mesure qu’ils investissent gros dans la diversification économique.

Le sucrier blanc, celui qui refuse de quitter le pays en deux fois, soit en 1810 après la conquête britannique, et en 1968 après l’indépendance nationale, est comme l’entrepreneur sud-africain qui reste dans son pays avec la bénédiction de Nelson Mandela après l’écroulement de l’apartheid.

L’apartheid est un système non seulement cruel, mais absurde dans la mesure où les Blancs sud-africains ont des ancêtres bien colorés venant de l’Inde, de Madagascar ou d’Afrique du sud. Tenez, le premier Mauricien né sur le sol de notre île est Simon van der Stel, fils du gouverneur Adrian Van der Stel, dont l’épouse est d’origine indienne. Simon devient un des grands gouverneurs de l’Afrique du sud et donne son nom à Simonstown, et une femme indienne, une belle brune et ancienne esclave mariée à un Blanc sud-africain, Angela van Bengalen, hérite de la grosse fortune des Van der Stel et de la plus belle propriété viticole d’Afrique du sud, dans le sillage des mariages des uns et des autres. On fait une princesse d’une ancienne esclave indienne en l’appelant Angela van Bengalen, ou Angela de Bengale…

J’écris un nouveau livre ces jours-ci sur l’histoire de l’entrepreneur mauricien et des compagnies, et de leur contribution au pays. Je trouve absolument ignoble l’idée d’une nouvelle campagne basée pour la énième fois sur l’ethnic politics. Je suis tout à fait d’accord avec le Premier ministre lorsqu’enfin il trouve le temps de dire qu’il ne faut pas avoir honte d’être riche. Mais encore faut-il savoir ce qu’il veut dire exactement…

Car il y a des gens qui sont riches et qui font travailler 5,000 à 25,000 personnes à la fois dépendant de l’envergure de la compagnie concernée mais qui ne sont pas moins patriotes que les autres. Ce sera encore une fois vers l’entrepreneur privé, à commencer par le plus petit « self employed », du pêcheur au marchand de rotis, et jusqu’aux CEOs et chairmen des boards de direction, que le pays devra se tourner pour faire son chemin avec succès dans le siècle présent.

Le Central Statistics Office devrait étendre son recensement des petits entrepreneurs à ces gens-là également. C’est l’endettement des Mauriciens qui est l’ennemi numéro un du gouvernement, pour la simple raison qu’il empêche la création de nouvelles entreprises pour la plus petite des dettes impayées et fait grossir l’armée des chômeurs. Il en est de même dans les grands pays occidentaux : l’endettement arrête le développement du petit entrepreneuriat.

Le secteur privé, toutes communautés confondues, peut mieux faire que le gouvernement, je crois, pour permettre la création de petites entreprises, dont les micro-entreprises, et permettre l’augmentation du nombre des ‘self-employed’. L’alliance avec le secteur privé dans les années 60 devrait être rééditée pour un nouveau miracle économique.

Sydney Selvon

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