Opinion — Quels bouleversements sur l’échiquier politique d’ici 2019 ?

J’ai été le premier et seul journaliste à prédire en 2014 une victoire nette de l’Alliance Lepep aux élections générales devançant même DCDM.

J’avais expliqué en détail les raisons de cette victoire prédite dans une interview à la une du Mauritius Times. Cela alors que même les principaux journaux n’ont même pas cru dans leurs sondages pourtant annonciateurs d’une victoire écrasante de Lepep.

Oui, on peut prévoir, à plus de 50% de chances de ne pas se tromper, qu’il peut y avoir de profonds bouleversements de l’échiquier politique d’ici les prochaines élections générales.

La première raison en est que toutes les combinaisons d’alliance sont toujours possibles dans la course au pouvoir et surtout du poste premier ministériel.

Mais il y aura d’autres raisons qui s’y ajouteront. La deuxième raison sera, donc, si oui ou non, le gouvernement Lepep a créé un nouveau miracle économique producteur d’emplois massifs qui résorberaient le chômage qui a augmenté de 2014 à 2015 à presque 8% en moyenne. Et, selon Statistics Mauritius, parmi les jeunes âgés de 16 à 24 ans, il est remonté dramatiquement avec un taux de 26,3 % pour les hommes et de 32,7 % pour les femmes presque au même niveau qu’entre 2001 et 2005 comme le montre un tableau de la Banque mondiale.

Vache électorale sacrée: les classes moyennes

L’Alliance Lepep a un autre défi énorme concernant sa promesse d’un Marshall Plan contre la pauvreté et là se trouve la troisième raison. Mais la pauvreté n’est pas toujours là où les gouvernements mauriciens croient qu’elle se trouve. Un rapport de la Banque mondiale en date du 25 juin 2015 intitulé “Mauritius – Systematic Country Diagnostic” indique ceci sur les classes moyennes, la vache électorale sacrée qui fait et défait les gouvernements à travers le monde et qui s’appauvrit à vue d’œil:

“Income growth of the bottom 40 percent of the population has been disappointing and increased at an annual rate of 1.8 percent compared to 3.1 percent for the population at large. As a result, the middle class has shrunk and is increasingly vulnerable to falling back into poverty. The most important driver of poverty reduction is employment, and widening salaries across quintiles are the main explanation for the surge in inequality.”

Ensuite, comme quatrième raison et non la moindre, il y a les ‘affaires’ avérées ou alléguées qui entretiennent de plus une forte perception de ‘scandales’ multiples et d’actes arbitraires, anti-démocratiques et anti-égalité des chances ou ‘copinocratie’, comme ce fut le cas pour l’ancien gouvernement de Navin Ramgoolam. C’est une perception, justifiée ou pas, qui néanmoins explique la vague d’hostilité au gouvernement sur Internet, sur les radios libres, dans la rue et dans les commentaires des lecteurs de la presse mauricienne online.

La cinquième raison qui est la plus ‘grosse’ affaire est celle de MedPoint, du moins et, sur papier, tant que Pravind Jugnauth ne l’aurait laissé loin derrière bien avant la prochaine campagne électorale générale pour s’y présenter comme premier ministrable, et qu’une prochaine alliance électorale l’accepte comme tel et que son parti n’éclate pas dans la course au pouvoir.

MSM: quelle nouvelle orientation?

Pour tout commentateur indépendant de l’échiquier politique mauricien, le MSM se trouve dans une impasse avec la tournure prise par l’affaire MedPoint. La raison en est l’appel qu’interjette le Director of Public Prosecutions (DPP) contre le récent jugement innocentant le leader et aspirant Premier ministre officiel du parti.

Au cœur du débat, surtout dans la classe politique, ce qui suscite beaucoup d’attention, en particulier, est le prolongement de l’incertitude au sein du gouvernement et du principal parti au pouvoir. Cette incertitude se prolongera durant le temps que prendra la Cour suprême pour décider sur la demande d’appel au Conseil Privé demandé par le DPP qui pourrait même le faire directement du fait qu’un tel appel peut se faire ‘as of right or with leave of the Court’, comme c’est rappelé par la Cour suprême sur son site internet.

Si le DPP va jusqu’au bout et si l’appel est logé ‘as of right or with leave of the Court’ auprès des Law Lords à Londres, la période d’instabilité durera encore deux ou deux ans et demi jusqu’au verdict final.

Il y a désormais deux scénarios possibles, l’un avec le DPP abandonnant la partie après un rejet de sa demande d’autorisation à la Cour suprême, l’autre avec le DPP réussissant à un stade des procédures à entrer l’appel au Judicial Committee du Privy Council ‘as of right or with leave of the Court’. Le premier scénario mettrait fin à l’instabilité au sein du MSM et du gouvernement. Le deuxième la prolongerait au-delà de ce qui serait à la rigueur et tout au moins raisonnable ou politiquement permissible.

Toutefois, dans les deux cas, le MSM et le gouvernement auront besoin d’urgence d’une réorientation drastique tous azimuts. Et cela, pour sortir de l’impasse où l’ont mené les promesses encore en attente d’un miracle économique, de démocratie et de méritocratie élargis comme voulu par l’opinion publique et son propre électorat, et bien d’autres encore.

Quelle réorientation alors? Un leader par intérim le temps que durera le suspense, surtout si le deuxième scénario s’avérait exact. Ensuite, la tenue en trois ans de toutes les grandes promesses faites à l’électorat. Ensuite et surtout, un élargissement le plus tôt possible des piliers du miracle économique espéré qui ne repose essentiellement que sur les ‘Smart Cities’.

Ce miracle se fait à un moment où les premiers ministrables traditionnels et ceux au pouvoir et ailleurs en attente derrière la porte, et ceux encore à venir sur l’échiquier, se préparent à s’activer à fond sur l’échiquier politique. Pas moins de trois catégories de premiers ministrables ! A mon avis, il sera de plus en plus dur de maintenir son statut de premier ministrable tant que durera l’affaire MedPoint. Mais revenons à la question économique.

Les pays riches aussi tentent de réaliser un miracle économique à un moment où leurs économies et finances vont vers un avenir incertain. Ils multiplient les secteurs les plus porteurs et même, contrairement à Maurice, ils sont très réalistes et ont les pieds sur terre. Ainsi, comme le reconnaît l’Organisation Internationale du Travail dans un rapport publié depuis 2012, l’économie informelle y compris les PME, les ‘home-based businesses’, les ‘street vendors’ font réduire les taux de chômage, et sont bien gérés de mieux en mieux dans les pays riches surtout au niveau de l’économie urbaine et du tourisme. Maurice semble vouloir en faire tout le contraire et n’a même pas pu tenir sa promesse concernant le financement massif des PME.

Par ailleurs, les pays riches, au nom d’une bio-économie post-COP 21, vont même jusqu’à légaliser le cannabis non seulement industriel mais celui des consommateurs individuels de la même plante, dans le contexte d’une vaste agro-industrie faisant déjà des milliards de dollars en taxes et autres revenus en taxe. Cela dans le cadre du secteur bio-industriel qui voit la Chine porter à 1,5 millions d’hectares sa superficie sous cette plante que rien ne distingue du cannabis des fumeurs sauf leur teneur légalement autorisée à 0,3% ou 0,2% pour le Cannabis sativa L. industriel (USA, France) et, autorisé ou non, de 5 à 10% pour Cannabis sativa L. des fumeurs et buveurs de bhang et de l’industrie pharmaceutique à base de cette plante actuellement florissante en Amérique du nord.

Je ne cite que ces deux secteurs d’activités économiques qui montent dans le monde, mais je reviendrai plus tard avec plus d’une dizaine de secteurs économiques qu’on devra lancer ou relancer pour un miracle économique. On en reparlera.

* Published in print edition on 17 June 2016

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