Petroleum Hub : encore un mirage ou une opération louche qui sent le moisi ?

Lettre ouverte au Premier ministre

Faire de Port Louis un « petroleum hub » ? Est-ce un mirage ou encore une de ces idées qui ne servirait qu’à faire profiter certains vu l’investissement énorme que cela représente pour le pays et surtout pour la population ?Aujourd’hui le mot ‘HUB’ est à la mode. Après « Knowledge Hub » ou autre « IT Hub » ou « Financial Hub », qui sont encore loin de donner des résultats probants, voilà que le ministre des Finances Xavier Luc Duval, est en train de faire un marketing pour imposer l’idée d’un « Petroleum Hub ». Il nous revient que ce projet mirobolant sera le projet phare de la prochaine présentation budgétaire 2014. Le prétexte évoqué comme un « strong argument » pour convaincre le Cabinet, est que le Canal de Suez est bloqué et il existe le problème des pirates somaliens dans la région. Par conséquent, il existerait un potentiel «énorme» pour que ce soi-disant petroleum hub devienne réalité.

On fait croire dans certains milieux qu’une étude a été menée au préalable et que le nombre de navires qui pourraient transiter à Port Louis s’élèverait à 35 000 !!! Un nombre magique si l’on tient compte des réalités mondiales. Il suffit de se référer au site du World Shipping Council pour se rendre compte du nombre de navires conteneurisés qui opèrent dans le monde. Même le plus imbécile trouverait que ce nombre n’excède pas 10 000 avec environ 6 000 des navires conteneurisés et quelque 1 200 de RoRo (Roll on Roll Off) qui assurent pour la plupart le transport des véhicules.

Et si l’on se réfère au site Alphaliner, l’on se rendra compte que le port mauricien ne figure même pas parmi les cent premiers du monde en termes de volume (TEU) de marchandises embarquées ou débarquées. Les plus gros armateurs, notamment les compagnies APM Maersk ou Méditerranéen Shipping Company, qui opèrent à elles seules plus de 1 000 bateaux conteneurisés assurent les liaisons Europe-Asie-Moyen Orient en passant par le Canal de Suez. Or, très peu de bateaux viennent à Maurice pour se ravitailler uniquement en carburant.

Qui a commandité cette étude qui opte en faveur d’un Petroleum Hub ? Qui en a fait les frais de cette étude ? Est-ce la STC ou une firme privée importatrice de carburants ? Selon les chiffres officiels de la Mauritius Ports Authority, quelque 3 000 navires transiteraient à Port Louis dont 624 conteneurs, 851 navires de pêche et 1 859 autres navires qui comprendraient des bateaux de plaisance ou autres croisières de passage pour quelques heures à Maurice. A la lumière de ces chiffres, on est encore très loin des 35 000 navires – chiffre faramineux – qui transiteraient à Port Louis. Mirage, mirage !!!

Selon nos renseignements, une firme pétrolière aurait déjà obtenu le feu vert ministériel pour aller de l’avant avec ce projet. Cette compagnie compte opérer dans les eaux mauriciennes mais surtout dans les zones offshores, c’est-à-dire dans les eaux hors du contrôle de la Mauritius Port Authority, pour permettre aux navires de se ravitailler dans nos régions. Cela est au détriment des consommateurs mauriciens et surtout de la STC. La firme en question imposerait certaines conditions dont l’exemption des taxes sur ses opérations et cela, encore une fois, au détriment de la population mauricienne.

A ce jour, c’est la State Trading Corporation qui importe ces produits au taux de quelque 350000 tonnes annuellement pour ravitailler les navires. Cette opération permet à l’Etat d’engranger quelque Rs 300 millions annuellement. Est-ce qu’il y a des pressions de la part des Finances pour que la STC renonce à ces activités ? Qui a intérêt pour donner sur un plateau d’argent les gains de l’Etat à une compagnie privée ?

 

Suttyhudeo Tengur

Président – Association for the protection of the environment and consumers

 


* Published in print edition on 4 October 2013

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