Electeurs, électrices c’est l’heure du sanzman

Tribune

Nous sommes arrivés à la fin d’un cycle. Le signal d’alarme a été tiré depuis un moment déjà. Ce n’est pas que nous ayons honte de notre parcours depuis 1968, mais c’est surtout une grosse déception par rapport au potentiel gaspillé. Aujourd’hui, “république”, “miracle économique” et “réforme” nous renvoient, à travers notre vécu, au sentiment d’avoir été bernés par des faussaires. Nous sommes déterminés à ne pas subir l’humiliation.

Nous avons tous contribué à générer la richesse, mais nous n’avons récolté que des miettes. Parallèlement, des opportunités d’affaires et des contrats taillés sur mesure dans l’opacité la plus totale ont axé la distribution de l’essentiel de la recette à un réseau de “sponsors”. Le drame est justement là : les facilitateurs, et bénéficiaires partiels eux-aussi, émanent des partis mainstream, tous bords confondus.

On nous a offert des alternances provenant d’un même moule corrompu. Même si, dans leur délire, ils se considèrent créatifs, avec les fonds dérisoires du Corporate Social Responsibility, ou empathiques, avec la possibilité quasi-illusoire “gratifiée” aux citoyens vampirisés de se remplir les poches à travers des mises, nous n’avons pas totalement perdu notre faculté de discernement pour distinguer les véritables improductifs et autres assistés. Pendant trop longtemps, c’est le manque d’alternatives crédibles qui a contribué à perpétuer cette imposture.

La bouffée d’air frais, c’est l’émergence d’autres voix pour rejoindre l’engagement citoyen de Lalit. Valeur du jour, Ensam semble être le seul parti réunissant certains éléments qui restent à être affinés et étoffés pour gagner en pertinence et punch, capables de se positionner en challenger futur des partis mainstream actuels.

Entre-temps, Lalit nous dessine la voie à suivre: intégrer le Parlement en opposition aux accapareurs et rentiers issus de l’alliance perverse entre politiciens et une poignée d’opérateurs économiques.

Etant donné que les partis mainstream actuels opèrent comme une mafia pratiquant l’omerta, la vigilance parlementaire se retrouve fatalement anéantie. Ils continueront donc de former les gouvernements pendant un certain temps encore. C’est regrettable que Roshi Bhadain, Nita Deerpalsing et Adeel Meeah ont choisi de monter à bord de ce bateau ivre. Sauraient-ils se ressaisir afin d’incarner ceux qui, de l’intérieur forcément, réinventeront les partis mainstream ? Saluons quand même cette rare initiative progressiste, de proposer une woman of substance, de surcroît sans couleur politique affichée, à la Présidence de Maurice.

Franchement, que tirons-nous des étiquettes gauche, droite ou centre si ce n’est que braquage intellectuel et partisan ? Les promesses et le bilan dans la fourniture d’eau sont, paradoxalement, des exemples probants de mépris et d’incompétence.

Ce que nous recherchons désespérément, c’est un gouvernement ayant les aptitudes à répondre aux enjeux qui nous guettent et qui nous guetteront, et ce, avec des plans stratégiques et des objectifs chiffrés, en synergie avec tous les stakeholders sains mais résolument sans l’“expertise” médiocre de la Banque mondiale, par exemple.

Dans l’immédiat donc, nous pouvons contribuer à refaire respirer la démocratie en votant pour l’entrée au Parlement d’une authentique opposition composée de, entre autres, Georges Ah Yan, Jack Bizlall, Sheila Bunwaree, Lindsey Collen, Roshni Mooneeram, Ashok Subron, Nathalia Vadamootoo et leurs amis.

Ce n’est plus uniquement une question d’avenir et de survie, il y va de notre dignité.

 

* Published in print edition on 5 December 2014

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