Shakuntala Boolell

La peine de mort et la femme mauricienne

 

— Shakuntala Boolell

 

Faut-il rétablir la peine capitale ? L’éventualité de cette forme de condamnation a déclenché un certain tollé dans les milieux politiques, culturels et religieux. C’est une question qui fait surface à la lumière des événements inadmissibles — meurtres en série, Subutex, fuite trop facile des criminels — dans notre société.

 

 

Rien que l’idée de rétablir la peine de mort semble être un message clair à la population. Message aussi au meurtrier qui jouit peut-être encore de sa liberté. Ne serait-ce que l’idée en soi, bien que l’annonce se soit faite brutalement, cela a un effet intimidant, sinon un effet préventif.

 

La Mauricienne prend position 

Dans la presse Véronique Le Clézio, Monique Dinan et Nandhini Bhautoo-Dewnarain ont donné leur point de vue sur la peine de mort. La position abolitionniste va dans le sens des droits humains les plus fondamentaux qu’il ne faut pas violer ou même de la barbarie de la mise à mort d’un criminel qui ne l’est peut-être pas. Pourquoi ne pas revoir les problèmes d’éthique et de morale ?

Il y a aussi les failles dans la structure pénitentiaire qui ne trompent pas. De plus en plus de jeunes femmes pensent que chaque accusé est un cas. Comme la loi ne donne pas beaucoup de moyens d’action, il n’y a comme choix que deux peines infamantes: condamner à mort le criminel ou bien prison à vie pour l’inculpé. La société est confrontée à ce choix. Et tout crime appelle une sanction. Nos prisons semblent dépassés, au vu des problèmes d’homosexualité, de violences et toutes sortes de trafics.

Les pauvres femmes et autres essaient de comprendre les choses sans comprendre vraiment. Et c’est bien dommage que nos femmes parlementaires n’aient pas saisi cette opportunité pour se faire entendre. N’est-ce pas nos femmes qui sont les premières victimes ? Comptabilise-t-on ces victimes ? Ou bien les a-t-on enterrées en attendant d’autres ?

Dans quel genre de société veut vivre la Mauricienne?

Les délits commis, les crimes perpétrés contre la femme ne se comptent plus sur les doigts. Malheureusement tous les crimes majeurs n’ont pas fait l’objet d’un encadrement répressif par les représentants de la justice. Les sanctions varient d’un cas à un autre : liberté sous caution, ordonnance de non-lieu ou tout bonnement pas de cas de poursuite ! La femme a de quoi être dégoûtée et en conclure : « péna justice ; mo tifi fine perdi so la vie. »

Dans le cas de la jeune femme tuée par son mari, étudiant à l’université, de Vanessa Lagesse tuée avec une violence inouïe dans son bungalow, de Nadine Dantier massacrée en plein air à Albion, des belles-sœurs Ramlagun qui tombent sous 47 coups de couteau à Lallmatie, d’une prostituée éventrée et tuée sauvagement au Jardin de la Compagnie et tant d’autres rouées de coups jusqu’au dernier souffle, la peine de mort n’aurait-elle pas purgé la société de ces brutes ? Mais on persiste à croire que ce mode d’exécution des criminels est barbare.

La façon dont les criminels s’attaquent à ceux qu’ils veulent voler ou violer est-elle moins barbare ? Que les masques tombent une fois pour toute ! Trop d’hypocrisie parmi les bien-pensants ! La Mauricienne a peur de la rue et devient traumatisée par ces drames presque quotidiens. La Mauricienne ne veut pas d’une société où le crime est devenu un acte gratuit, permis.

Pour quand un débat national sur la peine de mort ?

Il faut certainement une structure de réflexion sur la peine capitale. Ces 10 dernières années bon nombre de pays ont aboli la peine capitale. Parmi l’on note l’Afrique du sud, le Canada, la Grèce, la Côte d’Ivoire, le Chili, Népal, etc. Il y a aussi d’autres pays où la peine de mort – par lapidation — est appliquée à la femme en cas d’adultère, à l’homme qui a tué sans penser qu’il offense Dieu, qu’il fait souffrir des familles.

Dans une société comme la nôtre il ne suffit pas de dire : Ah ! Moi, je suis opposé à la peine de mort avec conviction profonde et militantisme affiché. Il est ridicule aussi de penser que tous les crimes devraient automatiquement faire penser à la loi de talion — œil pour œil, dent pour dent. Tant qu’on n’analyse pas en profondeur les implications des crimes, des trafics de drogue, des récidives, des traumatismes et suicides, ce serait difficile de justifier le rétablissement de la peine de mort. Il y a aussi des risques de dérapage médiatique sur la proportion des crimes et sa représentation sur le plan ethnique.

L’opinion est loin d’être partagée à 50%-50%. Des femmes réclament des sanctions radicales contre les criminels, surtout ceux qui tuent des citoyens innocents comme le récidiviste qui avait poignardé un homme à Rose Hill. Mes étudiantes, dans la grosse majorité, sont en faveur de la peine de mort. Elles ont raison de dire qu’elles ont envie de vivre et non pas d’être agressées sexuellement, défigurées, tuées et jetées dans un canal, un terrain vide…

Tous les jours, sont modifiées les relations entre les citoyens, les sexes ou les partis politiques et sont remis en question les droits acquis, les moralités d’une attitude et d’un acte criminel ou non. Ce qui fait que la part que la justice prend dans l’équilibre de notre société est plus faible qu’autrefois à cause des changements en cours. A cause de ces changements il faut revoir la justice et assainir notre société.

Shakuntala Boolell

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